En lice pour être remarqués à Angoulême

Bande dessinéeLa tenue du plus grand festival européen permet de revenir sur la production de l’année écoulée. Parmi les livres en course, un choix forcément subjectif.

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Le Festival de la bande dessinée d’Angoulême ouvre aujourd’hui. Il permet de se retourner sur la production de l’an passé. Pour lâcher ses «Fauves», entendez décerner ses prix, le festival publie quatre sélections de titres: officielle, jeunesse, patrimoine et polar. En voici trois extirpés des 35 de la première. Trois livres pour lesquels nous brûlons… un peu, beaucoup, passionnément.

«Julio», d’abord, parce que traverser un siècle ne laisse pas indifférent. Et aussi parce que l’éditeur, Atrabile, est genevois. Passeport américain pour Gilbert Hernandez, l’auteur, considéré avec son frère Jaime («Love Rockets») comme des valeurs sûres de la BD indépendante. Pour traduire ce pari – cent ans de la vie d’un homme en 100 pages, on est proche de Garcia Marquez –, Daniel Pellegrino, l’éditeur lui-même.

«Je n’ai personne à payer.»
«Je parle anglais et ça me démangeait. J’avais envie de m’approprier l’œuvre davantage. J’ai été secondé par un pro de la traduction, un Belge rencontré il y a quelques années à Angoulême. Je me suis pris au jeu et je signerai d’autres traductions. Il y a des raisons pratiques, les auteurs me sont proches, c’est agréable à faire. Et, bien sûr, des raisons financières: je n’ai personne à payer.» Daniel Pellegrino, qui tiendra stand à Angoulême avec cinq ou six auteurs, ne cache pas que la situation reste dure pour les petites maisons d’édition comme la sienne.

Dans un noir-blanc sensible et percutant, «Julio» se lit à l’aide d’une planche qui permet de reconnaître une quinzaine de personnages au fil du temps. Celui-ci reste en filigrane. Le lecteur se rend compte de la progression par des événements mondiaux (souvent des guerres) qui touchent le microcosme qu’on lui dépeint. Normale, dévastatrice, cruelle, drôle, inattendue, la vie de quelques-uns touche alors à l’universalité. Le Prix du meilleur album? Atrabile l’avait eu, en 2011, pour «5000 km par seconde» de Manuele Fior.

La même année, le Flamand Brecht Evens avait décroché le Prix de l’audace pour «Les noceurs». «Panthère» montre que sa patte graphique et sa liberté de narration restent acérées. C’est l’histoire d’une petite fille très affectée par la mort de son chat qui voit sortir d’un des tiroirs de sa commode une panthère extraordinaire. Avec elle, elle va vivre des moments fous proches du conte, entre rêve et cauchemar. Brecht Evens est un plasticien hors pair. Son jeu de l’aquarelle déploie les ruses du félin. La mise en scène est très inventive. Ça se croque tel un dessert.

Attendu à Lausanne
Blutch, à l’honneur à BD-FIL cette année, a présidé Angoulême en 2010. Si vous avez raté «Lune l’envers», plongez dans ce titre qui attaque la BD frontalement. Un auteur au succès planétaire tombe en panne. Son éditeur souhaite le remplacer. Les candidats glissent leurs mains dans de curieuses machines qui produisent sans leur consentement… Une jeune fille échappe curieusement au temps. Fantasmatique, drôle, évoquant Forest par le dessin et le scénario échevelé, ce livre frappe par son à-propos.

«Julio», Gilbert Hernandez, Ed. Atrabile
«Panthère», Brecht Evens, Ed. Actes Sud BD
«Lune l’envers», Blutch, Ed. Dargaud

Angoulême, jusqu’au di 1er février
Rens.:0033 5 45 97 86 50
www.bdangouleme.com (24 heures)

Créé: 29.01.2015, 09h03

Charlie et la grogne au Festival

Deux faits inattendus s’invitent cette année au Festival d’Angoulême. La tuerie de Charlie Hebdo et la grogne des auteurs. Cette dernière va prendre corps à travers des états généraux, dès demain matin. La question centrale repose sur la paupérisation croissante des auteurs. Trop de livres publiés amènent une baisse des ventes par titre et donc une chute des revenus. Sur cette situation morose concernant l’ensemble de la profession – accompagnée aussi d’un questionnement des modèles économiques à cause du numérique – se greffe une situation française explosive.

Les bédéastes de l’Hexagone ont vu leurs prélèvements obligatoires s’envoler. Ils disent perdre près d’un mois de salaire. Une marche dans les rues de la ville samedi après-midi pourrait perturber les sacro-saintes séances de dédicace.

Pour revenir à Charlie, le Festival a décidé de créer un (nouveau) Prix Charlie de la liberté d’expression. Le premier devrait revenir au journal satirique et, à l’avenir, il visera un dessinateur «dont l’œuvre incarne une forme de résistance de pensée face aux idées reçues et/ou à la censure et/ou à l’oppression». Une exposition des couvertures de Charlie prendra place dans les rues de la ville et le Musée de la bande dessinée retracera l’histoire du journal depuis les années 1970.

Sont toujours en lice pour le Grand Prix (choisi désormais à travers le vote des auteurs): le Japonais Katsuhiro (Akira), l’Anglais Alan Moore (Watchmen) et le Belge Hermann (Jeremiah).

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