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ExpositionLe MCBA habité

Le Musée cantonal des beaux-arts n’avait plus montré de vue d’ensemble de ses collections depuis les années 40. Ouverte le 13 mars, fermée le soir-même, l'exposition revient dès mardi 12 mai.

L’exposition permanente (ici «Le marteleur», bronze de Constantin Meunier et «L’aurore» de Steinlen) sera reformulée tous les trois à quatre ans.
L’exposition permanente (ici «Le marteleur», bronze de Constantin Meunier et «L’aurore» de Steinlen) sera reformulée tous les trois à quatre ans.
FLORIAN CELLA

Qui n’a jamais baladé un regard rapide, juste par acquit de conscience, dans les salles de l’exposition permanente d’un musée? Moins valorisées qu’une affiche temporaire, hétéroclites par la force des choses et souvent en mode exercice imposé, la réputation qui leur colle aux cimaises n’est pas si facile à combattre. Mais toutes ne se ressemblent pas, le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne (MCBA) va en donner la preuve dès le 12 mai, en plus d’avoir fait un grand saut dans l’inconnu! En 2008-2009, on avait vu la pluralité de ses Steinlen déployant une rhétorique de l’image engagée. En 2015, c’est le «Taureau dans les Alpes» d’Eugène Burnand qui beuglait, roi du paysage, dans «Paris, à nous deux!» Alors qu’en 2013, l’institution sortait ses Vallotton – le plus grand fonds muséal de l’artiste – pour nouer un dialogue avec l’étrange quiétude du toujours très vivant Alex Katz. Mais depuis les années 40, jamais le MCBA n’avait vu ses trésors accrochés dans une vue d’ensemble!

En plus des 200 pièces jalonnant ce premier accrochage des collections à Plateforme10, il y a comme une ardeur qui plane dans l’air, en même temps qu’une certaine fierté qu’au moment de la présentation mi-mars (sans imaginer que le lendemain les musées seraient fermés sur ordre du Conseil fédéral), le directeur, Bernard Fibicher, ne tardait pas à traduire avec des mots: «Enfin! C’est un nouveau départ dans l’histoire du musée, un moment extrêmement important attendu par les politiques. La possibilité de montrer les collections patrimoniales du canton étant la raison principale qui a validé la construction de ce musée.» Le petit musée cantonal, lancé sur des bases encyclopédiques en 1818, doté d’un nouveau toit en 1841 par le peintre Marc-Louis Arlaud et finalement déménagé à Rumine en 1906, entre avec cette exposition permanente dans son rôle de musée cantonal.

Avec 11'000 pièces à l’inventaire – le cap des 10'000 date de 2016 – il a fallu faire des «choix drastiques, assumait ce jour-là la conservatrice en chef, Catherine Lepdor. Mais nous avons été guidés par la spécificité de Lausanne, capitale d’un canton paysan, dont l’intérêt pour les arts visuels est relativement tardif. Ce qui fait qu’au-delà d’un ensemble assez fort d’œuvres des écoles italienne, française et du Nord, l’institution s’est beaucoup intéressée à ses propres artistes, ce qui signifie aussi une ouverture à l’international puisque, poursuivait-elle, les Jacques Henri Sablet, Abraham-Louis-Rodolphe Ducros et Charles Gleyre ont fait carrière en France, en Italie et en Orient.»

Le choix est aussi temporel, le parcours aurait pu démarrer avant, mais les conservateurs ont pris le XIVe siècle comme point de départ avec une «Naissance de la Vierge» peinte par Francesco da Rimini. Une petite huile offerte en 1929 par un politicien catalan reconnaissant au musée d’avoir hébergé une partie de sa collection pendant la Seconde Guerre mondiale! Les cimaises bleu velours, les cadres dorés, quelques grandes machines, on se sent comme dans un petit Louvre pour suivre le fil tendu par les conservateurs.

Souple, il ne se fie pas qu’à la chronologie, mais sinue entre les thématiques comme les portraits, les scènes de vie et ce sens de la nature toute-puissante qui a fait la notoriété des peintres suisses à Paris au XIXe siècle. Ce fil égrène encore des séries, relie les stars de la collection comme «Le déluge» de Charles Gleyre – dieu vivant pour les Vaudois au XIXe siècle – comme la monumentale «Eau mystérieuse» d’Ernest Biéler ou comme encore ces deux Rodin, dont l’unique exemplaire au monde de «L’homme serpent». Et surtout, ce fil sait surprendre, en déroulant plusieurs rythmes. L’audace d’une minirétrospective de Vallotton ponctuée par un gros plan sur des fesses féminines. La subtilité du dialogue entre les énergies célestes de la «Prière sacerdotale» d’Eugène Burnand et celles, cosmiques, du jeune homme nu de Ferdinand Hodler perché sur son rocher dans «Blick ins Unendliche». Fondés sur un rappel de couleurs, une symétrie d’attitudes ou de formes, ces exemples se multiplient, le rythme est tenu, soutenu. Le temps file.

Au deuxième étage, les cimaises désormais blanches annoncent la couleur… contemporaine: on est déjà dans les années 50 pour vivre la diversité des pratiques, les imaginaires sans limite, la pluralité des techniques. Asger Jorn, Jean Dubuffet, Pierre Soulages, Jannis Kounellis, Daniel Spoerri ou encore Bruce Nauman, il y a un petit air de Centre Pompidou! La collection est riche, elle témoigne des acquisitions des différents directeurs – les artistes suisses et les pionniers de l’art vidéo pour René Berger, les œuvres sur papier pour Erika Billeter – comme de l’apport des collectionneurs, Alice Pauli, Alain et Suzanne Dubois, Mireille et James Lévy qui ont fait entrer de grandes signatures au MCBA. Et le fil tendu entre ces œuvres, plus souple encore qu’au premier étage, façonne et entraîne dans une histoire récente de l’art où les artistes suisses croisent la scène internationale, où Pierre Keller et l’Écal comptent et où les femmes ont pris la parole. L’accrochage ne les a pas oubliées!

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