Le MCBA montre enfin ce qu’il a dans le coffre

EvénementL’exposition inaugurale plonge dans les réserves du musée vaudois pour tracer un parcours inédit du don.

Catherine Lepdor, conservatrice en chef du musée, présente quatre oeuvres ayant présenté quelques défis techniques lors de leur installation.
Vidéo: Catherine Cochard

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Un Soulages historique de 1956. L’impressionnant «Luce e ombra», sculpture de Giuseppe Penone, qui accueille désormais les visiteurs du nouveau musée. Mais encore «Die Rheintöchter, 1982-2013» choisi avec Anselm Kiefer dans son atelier des environs de Paris. Lorsqu’en 2017 la mécène lausannoise Alice Pauli offrait ces trois œuvres au Musée cantonal des beaux-arts (MCBA), le conseiller d’État Pascal Broulis sortait la calculette: «Cela représente quinze ans du budget d’acquisition!» Une enveloppe qui, même avec des ambitions revues à la hausse dans la perspective du nouveau musée, venait de passer des 270'000 francs annuels à 400'000 francs (sur un budget total oscillant désormais entre 8 et 9 millions).


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Comment faire évoluer sa collection avec ces quelques milliers de francs sur un marché où le record pour Félix Vallotton, l’un des peintres les mieux représentés, culmine à 3,5 millions de francs? En 1889 déjà, l’institution – alors quinquagénaire – devait recourir à une souscription publique pour réunir les 50 000 francs nécessaires à l’acquisition du «Déluge» de Charles Gleyre, autre figure tutélaire dans l’histoire de l’art vaudoise. «Atlas, cartographie du don», l’exposition inaugurale à découvrir dès samedi dans les murs de Plateforme 10, n’est autre que l’expression de cette impossibilité, une fascinante traduction faite de rendez-vous parfois sensuels, d’autres intimes, sémantiques et d’autres encore improbables mais curieusement si parlants.

Tout les sépare, la provenance, le style, mais les rondeurs des nus d’Ernest Biéler trouvent pourtant un écho dans ce tondo de Plinio Nomellini encerclant une nature déchaînée. Dans une autre salle, la gestuelle de la douleur rassemble une femme pliant sous la souffrance et une autre le regard levé au ciel. Dans une autre encore, la batterie de Vincent Kohler, muette, laisse l’espace sonore au rythme d’une canne frappant une barrière, bande-son d’une vidéo de Francis Alÿs. Et les exemples consolidés par 80% de dons se multiplient à l’infini dans ce parcours qui a réussi à prendre possession sans aucun complexe des immenses espaces à disposition.


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Une nouvelle histoire édifiée sur une exposition vue par son commissaire Bernard Fibicher comme «immense merci» à tous ces donateurs, mécènes, collectionneurs, fondations et tous ces artistes qui ont fait la richesse du MCBA. Elle aussi se mesure dans l’accélération des chiffres: en 2011, l’inventaire de l’institution vaudoise comptait 9000 numéros, en 2016, il passait le cap des 10'000. On parle désormais de près de 11'000 pièces. Bernard Fibicher a dû choisir! Pour garnir les onze chapitres de son atlas, il en a retenu 349. La profusion est manifeste, délibérée, elle est à voir et… à revoir. Des signatures historiques (Gleyre, Courbet, Hodler, Vallotton, Rodin, Balthus, Dubuffet), des piliers de la scène contemporaine (Kiefer, Baselitz, Soulages, Penone, Kapoor, Dumas, Hirschhorn) comme des noms qui comptent aujourd’hui. Mais aussi des inédits avec la délicatesse d’une «Femme à la mappemonde» surprise en pleine séance de rattrapage. Jamais la toile peinte par Philippe Mercier vers 1760 n’avait été exposée, elle fait l’affiche d’«Atlas, cartographie du don».

La contemporanéité domine avec quelques incursions dans le passé, les géographies se dessinent sans frontières, courant jusqu’en terres aborigènes, les territoires ratissent large – la douleur, l’histoire, les flux, les forêts, la carte du tendre, la musique… Les artistes avancent avec leur point de vue sur le monde; les œuvres avec leur ADN. Comme «L’homme au serpent» de Rodin, dont il n’existe qu’un seul exemplaire en bronze. Et il est à Lausanne, cadeau d’un donateur anonyme. Ou encore comme «Le massacre de la Saint-Barthélemy» de François Dubois qui illustre la page Wikipédia rappelant ce 24 août 1572 et devant lequel Jude Law s’arrêtait au début des épisodes du «Young Pope» de Paolo Sorrentino. Tous se croisent dans ce butinage éclairé, se toisent ou se mêlent, guidés par l’audace ambitieuse du commissaire.


Visite guidée du MCBA avec son architecte, Fabrizio Barozzi

Créé: 01.10.2019, 21h31

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