Tout le monde l'appelait Palézieux!

ExpositionDans une exposition généreuse d’un travail intérieur, le Musée Jenisch réveille l’œuvre du graveur et dessinateur cent ans après sa naissance à Vevey.

Gérard Palézieux (1919-2012) a travaillé pendant plus de 60 ans développant une pratique de plus en plus libre.

Gérard Palézieux (1919-2012) a travaillé pendant plus de 60 ans développant une pratique de plus en plus libre. Image: MONIQUE JACOT

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il faut le chercher, là, au fond… presque informe dans le reflet du miroir de la salle de bain. Mais la silhouette au chandail bleu, à la chevelure ébouriffée, c’est Gérard de Palézieux. Et cette aquarelle puisant ses références dans la tradition du Nord, de ses natures mortes et de ses intimités, est un autoportrait. L’une des rares présences humaines dans l’exposition «Palézieux», au Musée Jenisch, à Vevey, et même l’un des rares personnages parmi ses 1200 dessins et tout autant de gravures. «La figure humaine est quelque chose qui m’attire, confiait l’artiste face à la caméra de Marie-Noëlle Guex en 1998, mais c’est d’une difficulté telle pour moi que souvent j'abandonne. Alors... je me repose sur des objets.»

Il faut donc toujours aller chercher ce discret Vaudois, né en 1919, mort en 2012, qui a fait de la présence silencieuse un art de figurer la vie, ses vibrations comme ses vétilles, ses généralités comme ses non-sujets. Une sardine. Des groseilles. Des râteaux et draps de foin. Un bouquet de laurier. Ou encore des paysages enneigés. Les intérêts de l’artiste se fixent tous azimuts, curieux de tout. Et une fois déposés sur la feuille, leurs contours semblent surgir d’une profondeur, dessiner une épaisseur et assumer une mémoire.

«La figure humaine est quelque chose qui m’attire, mais c’est d’une difficulté telle pour moi que souvent j'abandonne. Alors... je me repose sur des objets»

Fils de banquier, Palézieux assurait avoir toujours voulu être artiste. En le devenant, s’il a perdu son prénom, il a gagné une empreinte mémorable. Cet univers graphique propre qui habite les salles du Musée Jenisch. On prend son temps, les formats l’exigent, comme la vie qui semble murmurer quelques-uns de ses secrets éparpillés sur une table entre les paniers de fruits et les flacons ou perdus dans la nature et ses immensités évanescentes. En plus de choisir ses papiers avec un vécu — parfois, ils sont même déjà froissés —, le Vaudois met ses énergies dans la matière dessinée ou gravée, il éprouve toutes ses ressources, son élasticité, son velouté ou encore sa plasticité comme autant de filtres temporels. Et peu importe qu’il grave ou dessine des points de vue, des bouquets, des villages, l’intériorité de cette nature toute-puissante l’emporte sur l’apparence.

Palézieux figure. Dans le documentaire de 1998, «Palézieux, un regard hors du temps», il certifie «ne pas pouvoir se laisser aller librement et avoir besoin de copier», mais il n’est pas dans la représentation, même si ses traits révèlent une redoutable maestria. Il y a quelque chose d’abstrait dans ses pages, comme cette «Barque sur la lagune» de 1993, synthèse en quelques traits d’une atmosphère poétique. Il y a quelque chose de supérieur, une force invisible, même dans la précision réaliste de grappes de haricots. La nature? Le pouvoir de sa simplicité? Lorsqu’il choisit de rentrer d’Italie, Palézieux le Vaudois part en Valais — lui-même soulignait ce transfuge! Et c’est là, à Veyras, où ses parents l’emmenaient en vacances, qu’il disait avoir retrouvé ce qu’il avait aimé en Toscane.

Un projet de longue date

«Il parlait très peu, au point qu’il était très difficile de lui arracher des mots, sauf lorsqu’il s’agissait de s’enthousiasmer pour l’exposition d’un artiste. Il devenait alors bavard, confie Florian Rodari, commissaire de l’exposition veveysanne. Mais je sais qu’il avait des moments presque primitifs avec la nature, nous avons des photos de lui se baignant nu dans des lacs de montagne. Et il adorait marcher dans ces paysages qu’il disait «beaux de couleurs». Mais ce n’était pas un analytique, plutôt un intuitif.» Très généreuse de ce travail sur papier qui n’a plus été vu depuis de nombreuses années, l’exposition traverse les différents temps de Palézieux. Le paysage et ses contours de plus en plus libres. Les petits arrangements entre objets, fruits et fleurs. Les quelques figures. Les carnets de dessin. Il y a aussi le temps du collectionneur, alors qu’à l’étage le Pavillon de l’estampe s’arrête sur l’œuvre de l’illustrateur au service de plumes amies et admiratives, celles de Gustave Roud, de Philippe Jacottet ou encore de Maurice Chappaz. «On avait parlé de ce projet de son vivant, glisse Florian Rodari. Il faut savoir que c’est quelqu’un qui n’aimait pas trop exposer, quelqu’un qui disait se sentir un peu isolé, probablement dépassé par cette époque. Il vivait totalement au ralenti par rapport à la vitesse qui est la nôtre.


Vevey, Musée Jenisch
Jusqu’au 10 mai, ma-di (11-18h), je (11-20 h)
www.museejenisch.ch

Créé: 17.02.2020, 14h29

Palézieux a fait plus de 1200 gravures, dont «Nature morte au soupirail», eau-forte de 1982 (245x235 mm). (Image: CABINET CANTONAL DES ESTAMPES, FONDATION WILLIAM CUENDET & ATELIER DE SAINT-PREX)

«Barque sur la lagune», aquatinte de 1993 (195x135 mm). (Image: CABINET CANTONAL DES ESTAMPES, FONDATION WILLIAM CUENDET & ATELIER DE SAINT-PREX)

«Bouquet de lauriers», 2000, autographie (245x190 mm). (Image: CABINET CANTONAL DES ESTAMPES, FONDATION WILLIAM CUENDET & ATELIER DE SAINT-PREX)

En dates

1919 Naît à Vevey dans une famille de banquiers.

1935 Entre aux Beaux-Arts, à Lausanne.

1939 Suit les cours de l’Académie de Florence et rencontre Giorgio Morandi, qui va beaucoup l’inspirer.

1943 S’installe à Veyras, au-dessus de Sierre.

1946 Épouse Madeleine Suter.

1955 Commence une série de séjours à Venise et en Toscane.

1977 Contribue à la création de la Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex.

1989 Expose au Musée Jenisch, à Vevey.

1994 Reçoit le prix de l’Hermitage, à Lausanne.

2000 Vernit une rétrospective à la Maison de Rembrandt, à Amsterdam.

2012 Meurt à Sierre le 21 juillet.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.