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Le monde imaginaire de Michael Golz devient réel à l’Art brut

L’institution lausannoise lance deux accrochages temporaires en parallèle, une découverte et un retour sur Anna Zemánková.

Michael Golz au milieu de la carte topographique du «Pays d’Athos», il porte les cheveux longs comme les êtres qui l’habitent.
Michael Golz au milieu de la carte topographique du «Pays d’Athos», il porte les cheveux longs comme les êtres qui l’habitent.
COLLECTION DE L’ART BRUT – CATHERINE BORGEAUD PAPI

Le jusqu’au-boutisme créatif a trouvé son maître! Extraordinaire… la capacité imaginative de Michael Golz, 60 ans, n’a pas de limites, pas de frontières, pas plus que le Pays d’Athos, l’œuvre de sa vie, son monde qui se métamorphose et s’étend tous les jours un peu plus et que la Collection de l’art brut à Lausanne matérialise dans une exposition. Des centaines de dessins. Déjà onze classeurs en regroupant des centaines d’autres. Et… une carte topographique de 17 mètres sur 14, gigantesque puzzle de techniques mixtes sur papier, arpentant – attestant? – les reliefs, villes, bourgades, voies d’eau ou de circulation de cette contrée parallèle.

Plus qu’un univers rêvé, plus qu’une fuite dans une utopie, l’immersion est totale, construite, réfléchie, il faut la vivre comme un geste de démiurge. Michael Golz travaille le détail jusqu’au numéro des bus sillonnant son pays, jusqu’à la vision d’ensemble de cette vaste contrée, il positionne les magasins – boulangerie comme sex-shop –, investit les habitants d’une existence personnelle et les dote même d’une potion magique. «Grâce au PMA (produit miracle d’Athos), plus aucune pensée méchante ne peut nous traverser l’esprit, on ne tombe plus malade, on vit éternellement. La police n’est presque plus nécessaire, car dans tout le pays d’Athos et les environs il n’y a, annonce-t-il, plus que des gens gentils. Les excréments ne sentent plus mauvais, se dissolvent tout de suite dans l’eau et sont aussi bons que les boissons et les aliments normaux.» Tout est prévu. Codifié. Même verbalisé dans un idiome propre aux Ifichen, nom de baptême des habitants du Pays d’Athos que Michael Golz – et il insiste – a créé avec son frère.

Le jeune Allemand souffle ses premières bougies lorsqu’une infection virale déclenchée par un vaccin change le cours de son existence. «Cinq jours de grosse fièvre ininterrompue ont transformé le garçon éveillé, vif et passionné par son environnement en un autre enfant. Il était, raconte sa mère, enfermé en lui-même, son moi lui avait échappé.» Aujourd’hui en habitat protégé après avoir tenté une insertion professionnelle comme jardinier, le créateur creuse et organise les sillons d’une terre de libertés. Entre les trains qui passent quand le besoin est là, les robots qui font le travail et les piscines omniprésentes, il y aurait – l’homme ne se voile pas la face – quelques indices malfaisants. Il faut bien les chercher! Le Pays d’Athos, ses Memisiermänner (hommes aux cheveux longs), ses Brötschviecher (créatures qui font de grosses vagues de chaleur), ses Brucktiere (animaux qui sauvent des vies) vibrent avant tout de bonheur et de légèreté entre la nostalgie des années 60 et la promesse d’un avenir en construction permanente.

Michael Golz l’élabore sur trois niveaux parallèles avec une impressionnante vision d’ensemble défiant l’immensément grand comme l’infiniment petit. Géographe extrêmement scrupuleux, il trace les contours topographiques; réalisateur humaniste, il façonne des êtres, les met en scène et décline leurs tranches de vie dans un story-board et, bâtisseur effréné, il zoome ou dessine en vue aérienne des coins de pays. Trois rôles titanesques pour un seul homme, mais peut-être pas pour un libre-penseur fécondant un univers aussi complexe que le nôtre mais où le bonheur de l’insouciance l’aurait emporté.

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