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Le parcours secret d’une toile mythique

Léonard Gianadda l’espérait pour «Monet, Hodler, Munch» sans y croire vraiment mais «Impression soleil levant» sera bien à Martigny du 10 mai au 11 juin.

Parmi les 345'000 visiteurs annuels du Musée Marmottan à Paris, nombre d’entre eux y viennent pour voir «Impression soleil levant» de Claude Monet.
Parmi les 345'000 visiteurs annuels du Musée Marmottan à Paris, nombre d’entre eux y viennent pour voir «Impression soleil levant» de Claude Monet.
Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images

Dans le vaste monde des tableaux, ne voyage pourtant pas qui veut… Ainsi, lorsque l’Olympia de Manet quittait pour la première fois sa France natale – munie de l’autorisation de François Hollande et moyennant une contrepartie financière – c’était pour rejoindre à Venise la Vénus d’Urbin du Titien, prêtée par les Offices de Florence, mais interdite de quitter le territoire italien. Depuis, Olympia a encore respiré l’air russe entre Moscou et Saint-Pétersbourg, faisant sûrement des jalouses parmi les autres belles. La Joconde, par exemple! New York en 1967 et la Russie en 1974 ont eu droit à son sourire, mais depuis, le Louvre repousse toutes les demandes. L’interdiction de voyage frappe aussi Les demoiselles d’Avignon de Picasso conservées à New York ou son Guernica rentré de la Grande Pomme en 1981 sur Madrid pour y rester. Officiellement, les institutions se retranchent derrière la fragilité des œuvres, mais ces icônes sont aussi des têtes d’affiche: comment se priver, ne serait-ce quelques jours, d’une Joconde qui voit défiler les 10 millions de visiteurs annuels du Louvre?

«La seule différence, c’est qu’il y aura un gardien devant»

C'est dire si Léonard Gianadda ne voyait qu'en rêve Impression, soleil levant de Claude Monet accroché à ses cimaises de Martigny. Rien de moins que l’icône du Musée Marmottan, que l’œuvre que ses 345 000 visiteurs annuels veulent absolument voir, que LA toile devenue un jalon de l’histoire de l’art en donnant son nom à l’impressionnisme. Pourtant, cette vue du port du Havre sera à Martigny dès le 10 juin et jusqu'à la fin de «Hodler, Monet, Munch», ou l’exposition des résonances aussi vibrantes qu'inédites entre trois contemporains qui ne se connaissaient pas mais qui ont chacun fait de leur art un acte de liberté. Liberté de perception, d’expression. Liberté d’exploser des codes centenaires. A Paris, qui a eu la primeur de ce choc entre ces trois chasseurs de l’impalpable – la neige miroitante, l’eau en mouvement, le vent, le soleil éblouissant –, Impression, soleil levant et un Lac de Thoune de Hodler nouaient alors un dialogue entre forces tranquilles… «Franchement, glisse Léonard Gianadda, je l'espérais mais sans trop oser y croire, et il y a eu ce téléphone de Patrick de Carolis. J'étais à Paris, on s'est vu et c'est là qu'il m’annonce qu'Impression, soleil levant viendra à Martigny pour le dernier mois de l’exposition. C’était tellement inouï que j’ai immédiatement demandé s’il y avait une contrepartie, et même pas. La seule différence, c’est qu’il y aura un gardien devant.»

1985. Des braqueurs décrochent des cimaises de Marmottan neuf toiles dont le cultissime Monet. Les regards se tournent vers le Japon, elles seront retrouvées en Corse cinq ans plus tard: personne n’avait pris le risque de s’offrir des œuvres si connues. L’histoire date mais, «par superstition», Patrick de Carolis n’aime pas «trop en parler. C'était une autre époque! Mais, c’est vrai, c'est arrivé chez nous et pas à l'occasion d'un prêt. Nous n'exigeons rien lorsque le tableau part, c'est aux institutions qui le reçoivent de prendre leurs précautions.» Comment voyage-t-il, dans quel écrin, par où, sous quelle surveillance? Les questions peuvent être posées mais, sécurité oblige, il n’y aura pas de réponse. Et pas davantage au moment d’évoquer les coûts! Le sourire complice de l’ancien journaliste et figure de l’émission télé Des racines et des ailes passe même à travers le téléphone: «La valeur assurance? C’est le receveur qui l’honore. Si on parle de centaines de milliers ou de millions? Ah, les chiffres…»

Savoir prêter

La dernière sortie d'Impression, soleil levant date de l'année dernière au Japon, la suivante aura lieu cet automne au Havre, là où il a été peint, probablement d'un seul jet. «Nous ne le laissons jamais sortir plus d'un mois, explique Patrick de Carolis. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre l'envie de faire voyager l’emblème de l’impressionnisme et de notre musée sans priver trop longtemps notre public de la présence d’une œuvre demandée en permanence. Mais si nous pouvons le faire, c'est aussi parce que son carnet de santé est bon.» Impression, soleil levant, 145 ans d'âge, ne souffre d'aucune fragilité, ni d'aucun décollement de peinture. Une fois tous les critères pondérés – en plus d’un jugement sur la qualité de l’institution qui reçoit le prêt – le directeur de Marmottan s’est fait une religion: «Quand on a une toile qui est un marqueur de l’histoire de l’art, il faut aussi savoir la prêter pour servir la cause de l’impressionnisme, et Léonard Gianadda fait un travail remarquable à Martigny, vous auriez dû voir sa joie quand je lui ai dit que je lui prêtais Impression, soleil levant, c'était très touchant .»

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