«Celle qui peint» fait bien plus

Art singulierIndivisible, l’univers de Danielle Jacqui risque une entorse réussie dans une exposition à la Ferme des Tilleuls à Renens.

L'univers foisonnant de Danielle Jacqui se donne à voir en pièces détachées à la Ferme des Tilleuls à Renens, une autre expérience de cet art si singulier.

L'univers foisonnant de Danielle Jacqui se donne à voir en pièces détachées à la Ferme des Tilleuls à Renens, une autre expérience de cet art si singulier. Image: PATRICK MARTIN

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Sûr qu’elle sait exactement quelle œuvre s’est momentanément éclipsée de chez elle, ce fief provençal de Roquevaire, cette maison-atelier où même une puce n’aurait aucune chance de se dégourdir les pattes! Sûr que ces peintures, sculptures, broderies, bas-reliefs, tentures partis illustrer l’imaginaire de l’inoxydable créatrice dans une exposition à la Ferme des Tilleuls, à Renens, font remarquer leur absence dans ce puzzle autofécondé depuis plus de quarante ans par la spontanéité d’une autodidacte.

Danielle Jacqui, 85 ans depuis le 1er janvier, n’a jamais fait mystère de son côté louve, très possessive avec ses créations. Elle doit se faire violence pour en laisser partir certaines chez les collectionneurs ou pour les quitter le temps d’une exposition. Comme ce «Lampadaire» tentaculaire si vivant dans son habit sculpté de mosaïques et de fragments de céramique. Comme cette «Mariée» dont la stature et le sort sont cousus d’un joyeux enchevêtrement de cordes, de tissus, de fils de laine et de silhouettes de poupées. Ou comme, encore, ce paravent grouillant de mille et une vies peintes à l’encre de Chine. Mais, si tous se sont éloignés du centre de leur univers dans les Bouches-du-Rhône, c’est à dessein. Ils l’ont fait en hérauts du «Colossal d’art brut».

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L’installation magistrale dans l’œuvre totale, dix ans de la vie d’une figure de l’art singulier surnommée «Celle qui peint» ou 36 tonnes d’une mythologie très personnelle incarnée dans la céramique. Danielle Jacqui la voulait en habit de la façade de la gare d’Aubagne, ça ne s’est pas fait. Renens et son site métissant les cultures ont su la séduire, c’est donc dans l’Ouest lausannois que l’acte de naissance du «Colossal d’art brut» sera signé. Bientôt!

Mais en attendant les présentations définitives, l’exposition de la Ferme des Tilleuls se charge de créer l’envie en avançant quelques pions de l’échiquier Danielle Jacqui. Un diptyque exhalant la sacralité des icônes sans exclure l’étrange. Un patchwork de créatures additionnant leur histoire dans une intrigue à tiroirs. Des habits de lumière, une chaise peinte… ces pièces claironnent leur diversité autant que leur ascendance, la même que celle du «Colossal», cette appartenance à l’indivisible univers de la Française, antiquaire dans une première vie avant que l’achat d’une boîte de couleurs et d’une toile n’emplisse la seconde.

Une expérience différente

Difficile donc d’amadouer l’abondance fusionnelle de ces tableaux, sculptures, assemblages qui composent une parade existentielle en même temps qu’ils crient leur réalité individuelle dans une orgie de formes et de couleurs. Ils sont mémoire, histoire, ils sont autant de traces espérées indélébiles par Danielle Jacqui. L’œuvre est prolifère, elle submerge, emporte ailleurs tout en laissant entendre l’appel de son insécable identité. L’opportunité d’isoler une pièce dans cette multitude en constante croissance depuis bientôt un demi-siècle se discute, tant l’envie de l’appréhender dans son ensemble et de le vivre dans sa magie native est forte.

Mais finalement, l’exercice de l’exposition offre une immersion différente, une sorte de respiration! Il donne le temps du détail, celui d’une architecture intrinsèque à chaque fragment de ce tout, et ouvre sur l’observation des particules d’un monde dont l’apparence n’est plus cette somme d’innocences enchevêtrées. Des licornes, des poupées, des peluches densifient cet univers, les tonalités empruntant leur vivacité aux peintures mexicaines l’enluminent, mais la rencontre avec l’une ou l’autre de ses parties révèle sa complexité autant que sa profondeur, «Celle qui peint» croisant les faces féériques et grimaçantes de sa société. (24 heures)

Créé: 08.01.2019, 10h33

Un «Colossal d’art brut» en attente

C’est en pièces détachées – 4000, arrivées d’Aubagne dans une procession de camions conteneurs – que le «Colossal d’art brut» a posé son premier pied à Renens, en mars 2016. Le pas est significatif, il lance une nouvelle ère pour la magistrale «sculpture poétique». Car si Danielle Jacqui l’a créée et façonnée dans la céramique pendant plus de dix ans, l’œuvre n’est pas encore née! Comprenez que le puzzle fourmillant de créatures et de figures imaginé pour la façade de la gare de la commune des Bouches-du-Rhône n’a jamais été assemblé dans son ensemble, vaincu sur le ring politique français par une série de réticences. Les 600 m2 et 36 tonnes de formes multiples ont donc pris le chemin de l’exil, direction Renens et sa Ferme des Tilleuls, avec la perspective d’attirer, au plus vite, plus de 20'000 visiteurs. Si cet horizon reste à circonscrire, une série d’études a déjà permis notamment de définir l’emplacement idéal, l’érection en trois dimensions ayant finalement été préférée à l’habillage de la façade de l’annexe.



Estimé à 2,4 millions de francs pour la matérialisation de cette pièce unique, le budget global est lui aussi sous toit. Et si certains postes ont déjà été couverts (déménagement, diverses études), la Municipalité de Renens a mis en discussion un chèque de 200 000 francs fin 2018 devant son Législatif, mais le débat ayant été nourri, le préavis a été retiré pour revenir dans une nouvelle version. Du côté de la Fondation de la Ferme des Tilleuls, les premiers contacts avec des mécènes et des partenaires ont déjà été pris, «mais avant d’aller plus loin, souligne sa présidente, Marianne Huguenin, nous attendons d’être fixés sur les différentes procédures politiques et administratives en cours». Une première bonne nouvelle vient de tomber, le squelette de 13 mètres de hauteur sur 14 de largeur et 20 de longueur – dessiné par l’architecte lausannois Jean-Gilles Décosterd – sur lequel Danielle Jacqui disposera son «Colossal d’art brut» offert à la fondation en 2015 n’a suscité aucune opposition.

Infos pratiques

Renens, Ferme des Tilleuls
Jusqu’au di 20 janv., finissage avec une visite guidée (14 h)
Du me au di (divers horaires)
www.fermedestilleuls.ch

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