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Le photographe à la tête de chien

William Wegman, hôte d’honneur des Rencontres d’Arles, livre sa vision très braque dans «Être humain». Interview.

«Lolita», 1990. «Batty», 6 mois, une enfant prodige! Une star sexy, comique, comme une Carole Lombard, raconte William Wegman. Tellement à l’aise qu’elle semblait tomber en narcolepsie!»
«Lolita», 1990. «Batty», 6 mois, une enfant prodige! Une star sexy, comique, comme une Carole Lombard, raconte William Wegman. Tellement à l’aise qu’elle semblait tomber en narcolepsie!»
WILLIAM WEGMAN

Il y a près de vingt ans, William Wegman se pointait aux Rencontres d’Arles, fameux rendez-vous photographique où il revient cette année en hôte d’honneur. «J’en garde un souvenir affreux! Quand j’ai vu mon exposition en 1996, avec une horrible bande musicale redondante, surjouée sur mes images, j’étais furieux. Croyez-moi, l’injure d’être incompris m’a longtemps traumatisé!» Le photographe ne le cache pas, il est susceptible, hypersensible. L’Américain est resté «Will The Artist», comme on le surnommait gamin, dans un Wisconsin à la Norman Rockwell. Ses péchés d’orgueil l’amusent désormais.

«À mes débuts, fin des sixties, je voulais me démarquer du pop art, me faire voir parmi ces créateurs ennuyeux de body art, poseurs conceptuels, minimalistes etc.» Man Ray débarque alors dans son quotidien de jeune homme fauché en Californie. Ou plutôt son avatar, un noble chiot, braque de Weimar. De là, l’artiste ne cessera de suivre la piste, inspiré par une dizaine de «dog-models».

Que serait-il advenu s’il avait adopté un cocker ce jour de 1970? «Mon destin aurait été bouleversé, c’est sûr! Je ne connaissais pas cette race de Weimar. Je cherchais un dalmatien à poil ras. J’ai été fasciné par sa classe, l’élégance de la peau beige. Depuis j’en élève. Même si ce sera ma dernière portée, vu mon âge.»

A 74 ans, l’artiste se souvient avoir été ému de voir ses photos et vidéos repérées par l’intelligentsia, les galeristes, de New York à Düsseldorf. «À l’époque, je voulais juste devenir populaire, être publié dans les magazines, passer à la télévision. Ça légitimait mon travail et me rassure encore. Même aujourd’hui, dès que j’ai une idée, je file la montrer à mon épouse Christine. Je n’ai rien d’un introverti. C’est pour ça que j’adore bosser pour les enfants. Avec eux, je suis en connivence.»

Car Man Ray subjugue en poses anthropomorphiques quand il rentre dans le cadre. Dans «Être humain», monographie et expo passionnantes, William Ewing, ancien patron du Musée de l’Élysée à Lausanne, s’interroge sur la paternité de l’œuvre. Revient-elle à ces «associés» canins, à leur alter ego humain? Pour Wegman, la démarche part de l’inconscient. «J’entends ces gens qui considèrent leurs chiens comme leurs enfants. Quelle blague! J’ai un fils, une fille, je connais la différence. Il m’est arrivé d’être invité à des expos canines à New York. Je ne m’y sentais pas du tout à ma place.» Il pouffe. «Pour tout dire, je ne suis même pas végétarien!» Le mystère vient d’ailleurs, d’une osmose parfaite captée dans l’instant d’un Polaroïd.

Mais sous la simplicité de l’approche grouille la complexité de minuscules décalages. Ainsi du lien avec Man Ray et sa suivante, la sublime Faye Wray. Après ce couple, Wegman ne nommera plus jamais ses braques du nom d’artistes réels. Il dit encore ne leur avoir jamais appris les injonctions habituelles, «assis», «couché» etc. «J’adorais l’écouter en silence, le regarder attraper les odeurs, les sensations. En fait, les propriétaires de chiens ne dressent que leurs propres pensées.»

La magie se reproduira. «Sans conteste, certains chiens excellent, question de photogénie déjà! Après Man Ray, j’ai eu Faye Wray. Beaucoup plus belle mais sérieuse, sévère, quand je la photographiais, c’était ma Greta Garbo. Sa fille Batty, était au contraire une pure superstar charismatique qui la jouait comique, sexy, une Carole Lombard!» Wegman peut les décrire pendant des heures, encore amoureux. Tel un Harpo Marx aux frisures de caniche, le photographe mord avec ironie dans l’absurdité de l’existence. «Marcel Duchamp reste mon héros absolu.» Se sent-il enfant du mouvement dada? «J’adore leur interactivité sociale.» D’où quelques malentendus.

«Être méjugé, c’est l’histoire de ma vie! À différents degrés d’ailleurs. Quand j’ai commencé, j’ai été accusé d’exploiter mes chiens. Puis dans les années 1980, quand je les habillais avec des vêtements féminins, j’étais jugé sexiste, antiféministe etc. Alors que moi, j’y voyais plutôt un commentaire satirique de la société contemporaine. Enfin, vers 1990, j’avais mon propre studio, je ne résistais jamais à un défi, c’est vrai. À force de faire le show, je passais pour commercial, récupéré.» William Wegman soupire. «C’est délicat de se défendre. Mais je n’ai jamais manipulé mes animaux. Ce serait plutôt le contraire, je leur appartiens!» Et de bonne guerre. «Mes chiens s’impliquent tellement dans le travail. Des muses ne m’en auraient pas donné autant!»

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