Avec une piquouze du grand Topor, le cerveau se détord

DessinUne exposition parisienne et son catalogue nous replongent dans la riche productivité de l’artiste.

Voici Roland Topor, l'homme de théâtre, humoriste et dessinateur français (1938-1997), ici lors d'une exposition de ses dessins à la Galerie Humus à Lausanne.

Voici Roland Topor, l'homme de théâtre, humoriste et dessinateur français (1938-1997), ici lors d'une exposition de ses dessins à la Galerie Humus à Lausanne. Image: CURCHOD JEAN-CLAUDE

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Avec Topor, on est dans le fort. Les images frappent. Les visages se déchirent ou se décomposent, se transforment en godasses ou en terrains de construction. Et les corps, ah, les corps!, ils peuvent perdre la raison, montrer le cul ou dévoiler l’intérieur. Avec Topor, le confort s’évapore. Le regardeur est prié de voir différemment, comme ce portrait de De Gaulle avec le pif transformé en bouche de crocodile, de laquelle pend un bras. Son rire grince. Sa mélancolie réconforte. Son onirisme emporte. Et son talent s’étend du dessin aux mots jusqu’à grimper sur scène, envahir grand et petit écrans, sans perdre l’humour, plutôt noir. Le vilain a même créé pour les enfants.

Roland Topor (1938-1997) fait les beaux jours de la Bibliothèque nationale de France jusqu’en juillet. Dans le catalogue de l’exposition, l’homme du journal Hara-Kiri et du mouvement Panique donne la mesure de ses obsessions et révèle sa force de travail aussi profuse que féroce. Bertrand Tillier rappelle ce qu’en disait Cavanna en 1960: «Encore un solitaire, mûri dans un coin, ayant tâté de toutes les influences et les ayant recrachées, sadique jusqu’à l’insoutenable, mieux que méchant: inquiétant.» Philippe Garnier cite l’artiste: «Que je dessine beaucoup, que j’écrive un peu ou beaucoup (…), dans tous les cas, je reste à la maison et je travaille comme si j’avais été puni, pendant que les autres sont dehors.»

Topor a croqué le calendrier 1984 de la Banque Veuve Morin-Pons. On le savoure dans une publication pour Optalidon des laboratoires Sandoz. Au mitan des années 60, il invente, pour Citroën, avec la complicité de Jean Suyeux le Topsychopor, un jeu de société composé de six tableaux et treize figures détachables.

«Un jeu qui cache son jeu», lit-on dans ses règles. Il s’est amusé avec le plasticien suisse Daniel Spoerri. Ces divagations intestinales marquent l’esprit. Il a illustré Marcel Aymé, Vian ou le Pinocchio de Collodi. Il ne craint pas le cru, se fiche de la bonne impression. Topor a le venin généreux. Il nous mord et ça nous fait dire: «encore». (24 heures)

Créé: 27.06.2017, 14h51

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