Portrait de la création suisse en dix artistes

Art contemporainLa galerie genevoise Ribordy Thétaz réunit stars et jeunes talents helvètes pour un accrochage réjouissant aux Pâquis.

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On l’avait quitté dans un mouchoir de poche au quartier des Bains. Le voici très confortablement installé au 12 de la rue De-Monthoux, dans un vaste espace au charme industriel qu’on pourrait rêver new-yorkais. Depuis janvier, Stéphane Ribordy, désormais associé à Laetitia Thétaz, tient galerie aux Pâquis. Ce qui était un garage est devenu un lieu d’exposition de 330 mètres carrés, muni de lumineuses verrières, de murs immaculés et d’un sol en béton brut.

Pour son quatrième accrochage sur la Rive droite, l’enseigne a choisi de réunir des artistes suisses «dont la pratique s’inscrit entre dialogue et contraste». «Nous voulions inviter des personnalités avec qui nous n’avons pas collaboré, mais qui nous sont proches, soit par leur travail, soit parce que ce sont des amis, explique Stéphane Ribordy. L’idée d’une exposition 100% helvétique au cœur de Genève, insérée dans notre programmation plutôt internationale, nous séduisait.» Intitulée «Swiss made/Invitation, Chapter I», la proposition fait se rencontrer des plasticiens qu’on ne présente plus et de jeunes talents. Sylvie Fleury et John Armleder y côtoient Urban Zellweger, Fabrice Gygi y fraie avec Damián Navarro ou le duo Yarisal & Kublitz. Les galeristes ambitionnent de décliner l’expérience une fois par an.

Clan Piaggio ou galaxie Maxi Puch

C’est un vélomoteur blanc qui joue les drôles d’hôtesses d’accueil. Ce «Ciao N° 11» de Valentin Carron renvoie immédiatement le visiteur aux années 80, durant lesquelles on appartenait, irréductiblement, au clan Piaggio ou à la galaxie Maxi Puch – le modèle du Valaisan se ralliant au premier. L’objet n’est pas tout à fait un «ready-made», puisque l’artiste a pris le soin de le faire entièrement restaurer. Deux monochromes de Sylvain Croci-Torti semblent offrir un arrière-plan aussi radieux que minimaliste à ce symbole de liberté des classes populaires d’il y a trente ans. On s’attend à ce que commence le tournage d’un film, en résistant à l’envie d’ôter à la mobylette son statut d’œuvre d’art pour l’enfourcher sur le mode Cinecittà.

Non loin, les «Mass effects ships» de Mathis Gasser évoquent, eux, une tout autre technologie: la contemplation de ces vaisseaux spatiaux catapulte dans l’univers du jeu vidéo. Peints à l’huile sur fond virginal (une nouveauté graphique pour le trentenaire zurichois, qui inscrit usuellement ses objets cosmiques dans un champ noir), ils hésitent entre aéronefs futuristes et créatures extraterrestres. Leurs silhouettes pointues trouvent un écho formel dans les shaped canvas de Damián Navarro. Ces toiles architecturales, issues de la série «Streched Museum» et inspirées par une sculpture de Robert Smithson, comportent des genres d’ailes et rappellent tour à tour l’origami, Goldorak ou une frimousse de chat.

Gracieux postérieurs en céramique

Ces lignes aiguës sont radicalement réfutées par les courbes sensuelles des «Booty» de Ronnie Yarisal et Katja Kublitz. Les gracieux postérieurs en céramique patinée transportent dans le royaume du féminin, où règnent aussi les pièces de la Genevoise Mai-Thu Perret, comme ce panier plein de pommes d’un vert acidulé qu’une sorcière aura laissé traîner là. L’atmosphère onirique du conte exsude également des tableaux d’Urban Zellweger, né en 1991 à Zurich, où figure un arbre gracile empruntant une échelle vers le ciel ou une jeune personne se vêtant d’un paysage comme d’un pull.

L’exposition offre encore un trio de stars genevoises. Avec un large quadrillage à l’aquarelle noire, Fabrice Gygi ramène à la rigueur géométrique; au dessin répond le motif en grille des «Euxidies», trois sculptures cubiques en bois clair. Le propos s’avère pareillement vertical chez Sylvie Fleury, qui a notamment installé au mur trois «Crash test», monolithes rectangulaires en tôle d’acier laqués de peinture de carrossier scintillante et déformés par des impacts. Bien que John Armleder soit, de fait, le patriarche de la bande, il paraît s’amuser le plus. Il a joyeusement éclaboussé une toile de couleur puis ajouté de petits animaux marins en plastique, des guirlandes de Noël et même des bonbons.



«Swiss made/Invitation, Chapter I» Jusqu’au 17 novembre chez Ribordy Thétaz, rue De-Monthoux 12, Genève ribordythetaz.com

Créé: 09.10.2019, 14h47

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