«Le prix ne fait pas la qualité de l’œuvre, ni celui de l’émotion»

Foire d'art«Lausanne Art Fair» revient à Beaulieu pour sa 3e édition avec plus de 80 galeries à l’affiche entre jeudi et dimanche. Confiante, la manifestation tient à son créneau et à sa diversité.

En 2018, plus de 15 000 visiteurs se sont pressés à Beaulieu lors de la 2e édition de «Lausanne Art Fair».

En 2018, plus de 15 000 visiteurs se sont pressés à Beaulieu lors de la 2e édition de «Lausanne Art Fair». Image: LAUSANNE ART FAIR

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Alternative à la Bourse, ses yoyos et sautes d’humeur, le marché de l’art a livré fin 2018, le bulletin de santé d’un sportif d’élite galvanisé par l’euphorie. Il y a bien sûr les records – dont le coup de marteau à 450 millions pour le «Salvador Mundi» de Léonard de Vinci – et les gros titres qui suivent. Mais au-delà, c’est une autre tendance qui ressort du rapport annuel d’Artprice. L’art se vend, il se vend même très bien et pas forcément très cher, puisque la moitié des transactions réalisées en Occident ne passent pas la barre des 1000 francs! Autrement dit, l’art «abordable».

L’Angleterre lui a consacré une foire dès 1999, l’«Affordable Art Fair». Un événement proposant des œuvres en dessous de 5000 francs devenu aujourd’hui international avec des antennes à Hambourg comme à Singapour, à Milan comme à New York. Soleure lui dédie une fois par an, un «supermarché» aussi rafraîchissant que couru, avec des prix s’échelonnant entre 99 fr. et 599 fr. Et le directeur Serge Beninca en a fait un credo autant qu’un créneau, essaimant ses foires d’art entre Muhlouse, Luxembourg, Paris, Gand qui va vivre sa première édition et Lausanne sa troisième, ce week-end. L’affaire roule, les galeries reviennent, le public n’a pas boudé l’opportunité – 15'317 visiteurs à Beaulieu en 2018 – et, fait rarissime dans un monde plutôt discret sur le sujet, même le nombre de ventes conclues sur quatre jours est connu: soit 912. La preuve, pour le directeur, que «le prix ne fait pas la qualité de l’œuvre, ni l’émotion qu’elle suscite. Ici, avec des premiers prix à 300-400 francs pour des petites choses, les achats peuvent se faire sur un coup de cœur.»

Un drôle de caddie

L’époque s’y prête avec une cote d’amour en hausse des expositions d’art et la popularisation de l’envie de posséder de l’art. Conscient de surfer sur cette double tendance, Serge Beninca se défend par contre de considérer l’art comme un bien comme les autres, malgré le caddie de supermarché débordant de marchandises choisi pour illustrer l’affiche 2019 de ses foires! «C’est à la fois un clin d’œil mais aussi cette envie de bousculer un peu les préjugés, plaide-t-il. Même si ça dérange une certaine élite, l’art n’est pas réservé qu’aux amateurs dotés de gros moyens. Et aujourd’hui, on s’en rend de plus en plus compte.» Sur le nombre impressionnant de visiteurs, combien de personnes achètent à Art Basel ou à la FIAC, à Paris? s’interroge encore le directeur. «Pour la majorité des gens, ces deux grandes foires sont des musées. Ils ne s’y rendent que pour admirer des œuvres, dans l’impossibilité totale de les acquérir.»

Pour prendre le contre-pied, «Lausanne Art Fair» se vend «décomplexée», elle se veut aussi «décomplexante» et à Beaulieu, elle a 6000 m2 d’exposition pour le prouver, en plus d’un programme ludique et gustatif. La foire s’appuie encore sur sa propre définition de l’art contemporain qui «se débarrasse du discours et du symbole au profit des artistes vivants et de l’émotion que susciteront leurs œuvres». Des peintures. Des sculptures, des céramiques. Et des photographies.

Parmi les artistes, beaucoup de descendants du pop art, tout autant de créateurs tentés par une veine bédéphile ou inspirés par le street art et quelques abstraits. «Parler de l’art comme d’un produit de consommation peut heurter, c’est vrai, admet Serge Beninca, mais nous voulons le faire entrer dans les foyers en le rendant accessible à tous grâce à une gamme moyenne de prix allant de 3000 à 15'000 francs. N’oublions pas que ce sont des pièces uniques!»

Et… parmi elles, quelques signatures connues et même phares du marché de l’art, certaines galeries annoncent les figurations libres de Robert Combas à leurs cimaises, d’autres des sculptures de Jean Tinguely, de Niki de Saint Phalle ou de César. Et d’autres encore, des lithos de Picasso, Miro, Chagall, Vasarely.

Un long débat

Ce brassage de genres et de tendances, cet effet patchwork correspond à l’idée-force d’un tel événement et à cette nécessité d’ouvrir le spectre le plus large possible. Dans la philosophie d’une manifestation comme «Lausanne Art Fair», le vocable «abordable» n’est pas réservé uniquement à l’aspect financier, il dit aussi beaucoup de la réception de l’œuvre, sur la nécessité d’être touchée et surtout sur le besoin de comprendre. D’ailleurs, Serge Beninca insiste sur l’achat coup de cœur, un peu moins sur la responsabilité prescriptive d’une foire d’art: «On pourrait discuter de la qualité dans chacune d’elles, même à Art Basel ou à la FIAC à Paris, c’est un très long débat.»


Lausanne, Palais de Beaulieu
Du je 2 au di 5 mai (divers horaires)
www.lausanneartfair.com

Créé: 02.05.2019, 08h16

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