Des projets, des idées, toujours plein la tête

La rencontreFormé par Peyo, admirateur de Jijé et de Franquin, Derib qui règne en vieux Sioux sur la bande dessinée vaudoise et suisse se retrouve sous les projecteurs de BDFIL à Lausanne.

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Il dessine professionnellement depuis plus de cinquante ans et les projets se bousculent sur son bureau et dans sa tête. On est venu le chercher afin de marquer les 100 ans de la mort de Ferdinand Hodler en bande dessinée. Le Boéland Derib va apporter une suite à Tu seras reine (2012) en s’attaquant à la Patrouille des Glaciers. Le jour du silence, 39e tome de Yakari, sort le 14 octobre, mais une version noir et blanc, produit de AS’Créations, la maison d’édition que la famille Ribaupierre a mis sur pied, est disponible à BDFIL. Le festival lausannois où la rétrospective consacrée au plus neuvième art des Vaudois ne laisse personne indifférent. «Je suis très touché et très heureux», confesse le bédéaste.

Une journée idéale, c’est quoi pour vous?

Pouvoir travailler, pouvoir dessiner. Faire un découpage (ndlr: une planche), le réussir et réaliser qu’il est en train de s’inscrire dans le déroulement de l’album. Il faut entre un an et parfois trois ans de travail pour y parvenir. La continuité est capitale. C’est la magie de la création, elle vient ou non. Notre technique peut nous sauver dans des moments particuliers, mais nous restons les premiers surpris devant ce que nous produisons. Il faut séduire par le dessin. Je dois avoir du plaisir à l’exécuter, sinon il y a peu de chances que le lecteur en ait. Pour clore cette journée, peut-être une partie de tennis, et puis c’est retour à la planche à dessin jusque vers minuit. Je profite du calme des soirées.

Y a-t-il des jours sans dessin?

Non, pas vraiment.

Quand avez-vous commencé?

A 6 ou 7 ans, sans doute en voyant mon père, peintre, le faire. Sur son conseil, j’ai appris l’anatomie du corps humain avec la méthode du Dr Paul Richer. Tous les jours en rentrant de l’école, je réalisais une planche d’anatomie. A 12 ans, avec un copain d’école, on s’est juré qu’on ferait de la BD. Lui a renoncé dès le lendemain, et moi j’ai continué. Mon prof de dessin au Collège de Vevey m’a dit en commentant un dessin libre qu’il nous avait demandé le premier jour où il a rencontré la classe: «Toi, tu dessines mieux que moi!» Vers 14 ans, j’ai réalisé Plume blanche, ma première BD, avec un Indien et un petit ours. Je pompais Jijé à fond, comme je le fais encore (il éclate de rire). Je regarde du Jijé tous les jours. Dans mon bureau, j’ai des originaux de Jijé et de Franquin, et je suis comblé.

N’avez-vous jamais été tenté d’abandonner la bande dessinée?

Non, jamais, jamais, jamais. Et il n’en est pas question. Une seule chose a changé depuis Tu seras reine, je fais davantage d’aquarelles et de tableaux sur des grands formats. Ça m’amuse depuis trois ou quatre ans.

Vous sentez-vous plus à l’aise avec un scénariste?

Pas forcément, mais ça sécurise. Je ne me suis jamais fait de souci pour un prochain Yakari. Je savais qu’on allait le faire avec Job (ndlr: qui a passé?la main après quarante-cinq ans d’une collaboration amicale et fructueuse). Je suis très content que Joris Chamblain ait repris le scénario, car cela me donnerait peut-être trop de responsabilités. Je préfère projeter sur mon scénariste ce que j’ai envie de dessiner. Lorsque je travaille tout seul, il faut que ce soit passionnant. J’y pense un ou deux ans auparavant. Prenons le projet sur lequel je travaille autour de Ferdinand Hodler. Je me demandais quoi faire. Et puis je me suis rendu compte que mon père a subi des influences de sa part. J’ai lu une biographie et je l’ai vu graphiquement: un vrai personnage de BD. Il est extraordinaire, Ferdinand Hodler! Puis j’ai trouvé une bonne anecdote: la veille de sa mort, une amie l’a photographié dans une balade en calèche sur le pont du Mont-Blanc. J’ai utilisé ces photos et je le fais se raconter au cours de cette balade.

La vache d’Hérens, le cheval des Franches-Montagnes, pourquoi ce regain d’intérêt pour les valeurs suisses?

C’est plutôt une passion pour les animaux! Après vingt ans de travail glauque, le sida, la prostitution, la violence, l’alcoolisme, la drogue, j’en ai eu un peu marre, et j’ai eu envie de me détendre en dessinant un album sur les vaches d’Hérens. Lorsque j’en ai parlé au président d’Evolène, il s’est montré très enthousiaste. Par la suite, les autres présidents de la vallée ont tenu à coproduire le livre. Un ancien vétérinaire?jurassien l’a lu et m’a proposé une histoire sur le cheval jurassien. Ces reportages fictions – tous les personnages y sont réels – me procurent un grand plaisir et permettent de trouver des sponsors.

Aimeriez-vous voir un de vos personnages adapté au cinéma par un acteur?

Oui, Buddy Longway avec Robert Redford. Mais je sais que les adaptations engendrent aussi des frustrations. Les dessins animés de Yakari, après les avoir regardés une fois, je ne voyais plus que les défauts. Heureusement, la nouvelle série est bien meilleure, avec une grande qualité des couleurs. Sans ces dessins animés, nous n’aurions pas connu le succès que nous connaissons en Allemagne. Une cinquantaine de produits dérivés, un mensuel et une comédie musicale engendrent d’importants droits d’auteur. Il existe d’ailleurs un projet de long-métrage pour Yakari en dessin animé et un autre avec des acteurs réels.

Comment se fait-il que vous ne vous soyez jamais rendu aux Etats-Unis?

Je ne me déplace que pour des raisons professionnelles. Par deux fois, des projets ont capoté. Mais je suis allé, il y a une dizaine d’années, à un festival de bande dessinée à Ottawa, au Canada. Je ne souhaitais pas me rendre dans une réserve d’Indiens en touriste, et cela ne s’est pas fait. Mais je suis allé dans un parc où j’ai vu des bisons, des wapitis et des ours. Je me rendrai aux Etats-Unis si j’adapte le roman L’hiver du fer sacré de l’écrivain sioux Joseph Marshall III. Lorsque je l’ai lu, je me suis dit que j’aurais dû l’écrire. A travers mes filles qui résident aux Etats-Unis, nous sommes en tractation avec l’auteur.

Créé: 17.09.2016, 10h56

Biographie

1944 Claude de Ribaupierre (Derib de son nom d’artiste) est né le 8 août dans la maison construite par son père (peintre) à La Tour-de-Peilz.
1964 Entre en bande dessinée, à Bruxelles, dans le studio de Peyo, créateur des Schtroumpfs.

1967 Sur un scénario d’André Jobin (dit Job), prépublication des Aventures de Pythagore dans Le crapaud à lunettes (hebdomadaire édité par Pro Juventute).

1972 Premier Buddy Longway en tant qu’auteur complet (scénario et dessin), prépublié dans le journal Tintin.

1977 Epouse Dominique, qui est aussi dessinatrice. Actuellement illustratrice, elle?a été la coloriste de la série Yakari, dès?le 3e?album et jusqu’à l’avant-dernier, La tueuse des mères.

1979 Naissance d’Arnaud, son fils.

1981 Naissance de sa fille Diane.

1985 Naissance de sa deuxième fille, Noémie.

1991 Parution de Jo, bande dessinée didactique sur la problématique du sida.

2014 L’aventure d’un crayon pour ses 50?ans de carrière aux Editions (familiales) AS’Créations, premier album en collaboration avec son fils.

La dernière fois...

La dernière BD que vous avez lue?

Le cercle des rois, du Genevois Daniel Koller, qui traite de la lutte suisse.

Votre dernière cavalcade à cheval?

L’an dernier, pour Passe-moi les jumelles, j’ai fait le Galop du silence, un parcours de plusieurs kilomètres autour de Saignelégier.

Vos dernières larmes?

A Bruxelles dernièrement, en rencontrant Véronique Culliford (ndlr: la fille de Peyo). Evoquant sa mère, à un moment je ne pouvais plus parler.

Votre dernier fou rire?

Je ris tous les jours. Lorsque nous travaillions ensemble avec Bernard (ndlr: Cosey), on riait plusieurs heures par jour.

La dernière fois que vous vous êtes dit: c’est raté?

Ce matin, en grattant au moyen d’une lame de rasoir une patte de vache qui était mal positionnée sur mon encrage. Je le fais davantage qu’avant.

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