Passer au contenu principal

Pully brosse le portrait en creux de Zao Wou-Ki

En exposant la collection personnelle de l’artiste décédé en 2013 à Nyon, le musée d’art éclaire l’homme, son vaste réseau d’amis comme ses cercles d’influences cosmopolites.

L'exposition du musée d'art de Pully cerne l'homme et l'artiste à travers ses diverses amitiés.
L'exposition du musée d'art de Pully cerne l'homme et l'artiste à travers ses diverses amitiés.
AFP

Et si l’on commençait par compter le nombre d’artistes gravitant autour de Zao Wou-Ki, collectionneur – le profil du peintre que dessine le Musée d’art de Pully dans une exposition à la fois grisante et exigeante? L’idée pourrait paraître bêtement mathématique, indigne ou alors terriblement stérile! Sauf que l’addition des noms, jusqu’à cinquante-huit, presque tous des proches, donne le tournis: Giacometti, Picasso, Tal Coat, Hartung, Soulages, Dubuffet, Tobey, Vieira da Silva, Alechinsky, les signatures fusent!

Certaines brillent au firmament de l’histoire de l’art, d’autres ont rejoint les limbes. Mais ensemble, elles disent l’étendue de la constellation Zao Wou-Ki comme sa soif de l’autre et de l’altérité. S’il n’a rencontré Picasso que furtivement, s’il a vu les premiers originaux de Klee onze ans seulement après sa disparition, il a voyagé avec Pierre et Colette Soulages, fréquenté Giacometti en voisin d’atelier et vécu un indéfectible compagnonnage artistique avec Henri Michaux.

Le cercle s’étoffe à New York, en Suisse, dans les périmètres d’influence de ses galeristes. Les œuvres se donnent, s’échangent. Et l’artiste qui répétait «cultiver l’amitié» par «besoin de cette harmonie avec le monde extérieur» finit par amasser une précieuse richesse humaine, en plus d’un témoignage de l’art informel des années 1950-1960. Les alléluias chromatiques du français Alfred Manessier côtoient l’expressionnisme abstrait de l’Américain Norman Bluhm. Les sculptures organiques du Zurichois Robert Müller vivent avec les collages expressifs de l’Italo-Américain Conrad Marca-Relli ou l’abstraction lyrique de l’Allemand Hans Hartung.

Dans la collection de Zao Wou-Ki, un miniformat de Paul Klee, «Alte Inschrift» (1919), 9,5 x 12 cm.

On profite des œuvres, souvent de petits formats sur papier, mais avec cette impression accrue de pénétrer une sphère très privée, aussi personnelle que l’atelier d’un artiste. À la différence que ni violeur ni voyeur, le regard fend ce voile d’intimité avec reconnaissance, l’exposition rendant visible l’intimité des liens entre un homme et ses amis peintres. Dans une atmosphère chargée d’une émulation palpable, on piste les complicités, on suit l’enchevêtrement des intérêts et surtout on vit de la plus belle des manières l’indépendance artistique d’un être qui voulait «peindre ce qui ne se voit pas». Zao Wou-Ki l’a fait en équilibre sur le fil confluent des traditions séculaires chinoises et de la modernité occidentale.

L’homme, l’artiste, son âme

Né à Pékin en 1920, l’étudiant aux beaux-arts de 15 ans va fusionner la maîtrise de la calligraphie, les ressources de la composition orientale et ses aspirations pour les perspectives libertaires. Il était donc écrit que Paris serait sur son chemin! Et c’est avec la bénédiction paternelle – sans imaginer que la révolution maoïste prolongerait son séjour – qu’il s’y installe. L’artiste a 28 ans et les idées bien arrêtées. «Je voulais être un peintre comme tout le monde, confiera-t-il à France Culture. Je ne voulais pas avoir une étiquette de Chinois, donc je ne voulais pas faire de chinoiseries et c’est pourquoi j’ai essayé d’éviter de faire de l’encre de Chine.»

«Sans titre» (1949), huile sur carton (45,3 x 54,5 cm).

Avec la curiosité d’un enfant qui découvre le monde, Zao Wou-Ki balaie large. Il copie Rembrandt au Louvre, succombe au trait tenant à un seul souffle de Matisse, s’envole avec la poésie de Chagall et s’intéresse à la construction spatiale de Cézanne. La peinture le gagne! Cette expérience à vif qui conjugue le geste, la matière et le sensible. Et bientôt le signe, que le signe…

En se détournant de la figuration, son langage pictural ne se dilue pas pour autant dans une abstraction déshumanisée. Au contraire, il s’appuie sur des tensions, des respirations et des éclats pour déployer différents états d’être au monde et convoyer un voyage intérieur. On est au début des années 50, le tournant coïncide avec le début de sa collection exposée à Pully.

Le musée d’art nous a habitués à des choix avertis, il ne déroge pas à ses exigences en brossant un portrait en creux de l’artiste. Centre de l’attention, Zao Wou-Ki ne l’accapare pas. Il ne se défile pas davantage. Il est là en peintre. De très belles pièces aux cimaises avec – cadeau – certains parmi ses derniers tourbillons de signes sur papier. Mais c’est surtout la sensibilité de son âme d’artiste qui plane.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.