Aussi remuant que pertinent, le CACY a su se faire un nom

PublicationLe Centre d'art contemporain d'Yverdon fait la preuve que la force des propositions l’emporte sur la situation géographique. Ce succès dure depuis 2013, il se raconte dans un ouvrage.

"From here to ear", l'installation de Céleste Boursier Mougenot a attiré quelque 10 000 personnes au Centre d'art contemporain d'Yverdon. Image: Dominic Favre

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L’habitude est prise et Karine Tissot s’en fait très volontiers une raison: depuis bientôt cinq ans, plus personne ne lui demande comment elle va, mais comment se porte le Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-Bains. Un ovni qui ne l’est plus, un défi – celui de cette passionnée remuante – passé dans le camp des succès prometteurs avec tous les arguments pour lui. Curieux et… connaisseur de l’art en train de se faire, littéralement surprenant avec ses approches renouvelées à chaque accrochage, chasseur et surtout rassembleur de talents divers, le CACY s’est fait un nom. Comme une place remarquée dans le périmètre de l’art contemporain en Suisse romande quadrillé par Circuit (Lausanne), la Ferme-Asile (Sion), Fri Art (Fribourg) ou encore le CAN (Neuchâtel). «Yverdon avait déjà eu l’audace de Blur, le nuage d’Expo.02, le Canton avançait sur Plateforme 10, alors plutôt que de réagir, il fallait agir», note la directrice. Vingt expositions plus tard, le CACY vient de boucler sa quatrième année sur une fréquentation de 18'000 visiteurs, un record qui doit beaucoup aux vols et envols musicaux des drôles d’oiseaux de Céleste Boursier-Mougenot mais qui dit aussi ses ambitions – l’artiste français faisait, en même temps, l’unanimité à la Biennale d’art contemporain de Lyon.

2018 encore naissant, plusieurs cartes ont déjà été abattues, dont l’imposante publication rétrospective CACY [KAKI], n.m., 2013-2017, vernie sur les 40 m2 de son stand parmi les invités d’artgenève. La suite? Des expositions ici et ailleurs avec la capitale française en ligne de mire. En avril, Karine Tissot, la curatrice, y orchestrera la carte blanche offerte à la Suisse par Art Paris Art Fair avec, pour la faire vivre, nombre d’artistes vus au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Ville d’Yverdon. Ce marché aux grains en jachère depuis des siècles, cette architecture récalcitrante aux accrochages pour un lieu qui fait la différence! Sa tête pensante en est convaincue: «C’est une structure à taille humaine, j’y suis arrivée à la suite d’une procédure de concours, confiante et dans le but de faire des expositions qui rassemblent. Avec le recul, je me rends compte que c’était aussi gonflé. Ce «yellow cube», soit on le subit, soit on joue avec.»

C’est dit! Tour à tour écrans, supports, simples parois ou actrices, les voûtes en pierres jaunes du XVIIIe en ont vu de toutes les couleurs, ralliées derrière un premier mot d’ordre: l’inédit. Et un deuxième: le souci d’une métamorphose permanente. Un troisième enfin, à la mode: l’inclusion. La belle idée implique les écoles, prend le temps de la pause de midi au musée, rassemble d’autres acteurs culturels et va jusqu’aux portes d’un calendrier de l’Avent qui s’ouvrent sur les ateliers d’artistes régionaux. L’effet d’ensemble d’un centre d’art contemporain qui tient son rôle s’est remarqué, renforçant dans la foulée la démonstration d’une culture facteur de cohésion et de visibilité. «Le CACY, comme la Maison d’Ailleurs, fait partie de ces étapes culturelles qui engagent les gens à venir à Yverdon, un lieu avec lequel les autres acteurs souhaitent collaborer tant il est cette promesse d’une énergie démultipliant les potentiels. Mais, avoue Carmen Tanner, municipale en charge de la Culture et de l’Agenda 21, avant d’occuper ce poste, si je connaissais le centre, je n’avais pas pleinement conscience de ce qu’il faisait. Peut-être doit-il encore mieux communiquer sur ses terres.»

À suivre

Les cercles artistiques et médiatiques rapidement convaincus de cette nouvelle force de proposition, l’espace yverdonnois a dû embarquer les politiques et la population dans une nouvelle «manière de faire». L’allusion renvoie à une autre aventure artistique, les trois décennies de la Galerie de l’Hôtel de Ville sous ces mêmes voûtes. Karine Tissot avait imaginé deux ans pour installer la lisibilité de son concept et cinq pour que ça roule. «On y est, même avec un petit peu d’avance, se réjouit la directrice. Tout est parti d’une volonté politique de modifier l’image d’Yverdon en s’appuyant sur son offre culturelle, il n’y avait peut-être pas de gros moyens (ndlr: 250'000 francs pour le budget du CACY) mais un désir réel. Aujourd’hui, il y a ce sentiment d’y avoir participé, c’est chouette.» Et, promis, ce ne sont pas les mots de la fin. L’historienne de l’art file six mois à Londres, bénéficiaire d’une résidence. Mais le désir de continuer l’aventure CACY est intact, des «projets plein les poches». (24 heures)

Créé: 11.02.2018, 18h03

Un chapitre, 200 pages

Le CACY a fait de la pluralité – des disciplines et des expressions – sa marque de fabrique. Dans l’ouvrage qui le rappelle en parcourant à la fois sa jeune existence et sa longue liste d’expositions et d’artistes exposés, l’esprit est respecté. Les signatures critiques et les regards – dont certains publiés dans ces colonnes – croisent les textes écrits par la directrice, Karine Tissot, pour accompagner la vingtaine d’événements qui se revisitent, atmosphère et images à l’appui. Une vitrine tout à son image, un reflet complet – et bilingue –, le CACY a eu bien raison d’imprimer ce premier chapitre de son histoire afin de ne rien laisser perdre de son foisonnement.
G.CO.

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