«Je sculpte et je vole en même temps»

ExpositionBex&Arts a pris ses couleurs d’automne, il reste une semaine pour voir les 31 œuvres dont «Lightshape» de Nathalie Delhaye, la dernière arrivée.

Lightshape III» comme toutes les œuvres de Nathalie Delhaye trouve sa genèse dans les eaux de l’Avançon, sa «muse».

Lightshape III» comme toutes les œuvres de Nathalie Delhaye trouve sa genèse dans les eaux de l’Avançon, sa «muse». Image: DR

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«Ça fait bizarre!» Le face-à-face avec la monumentalité de Lightshape III – sa sculpture créée pour Bex & Arts 2017 – l’intimide presque, mais Nathalie Delhaye en dit encore davantage avec ses yeux. Il y a du feu, de l’éclat, il y a cette vibration si singulière venue de l’intérieur, il y a aussi ce lien indicible avec l’œuvre. Les visiteurs passent, nombreux en ce samedi matin dans le parc de Szilassy, ils commentent en ignorant que l’artiste est là. Attentive, elle fait plus qu’écouter. Dans une véritable envie de partage, Nathalie Delhaye entend. «C’est génial, souvent pertinent! L’art, c’est ça, un échange.»

Des quelque 15 000 personnes qui ont déjà suivi le parcours tracé entre les 31 sculptures de la Triennale, Lightshape III a manqué les premiers à l’ouverture, début juin, de cette 13e édition. Arrêt en 3D sur un reflet de lumière flirtant avec le frémissement de l’eau, capture du plus fugace des instants, consécration de l’union sacrée entre les éléments, l’œuvre faite de polystyrène, de résine époxy et de fibre de verre a pris du temps pour sortir de sa chrysalide. Mais plus encore que du temps, elle a épuisé les forces de la sculptrice jusqu’à lui faire frôler les limites de la vie. Les antécédents existent. Intoxiquée par les résines coulant dans les veines de ses Nanas, Niki de Saint Phalle y a laissé la sienne!

Du granit, de l’albâtre et du marbre

«J’ai beaucoup pensé à elle, on est obligé d’œuvrer avec un scaphandre et sous respirateur. Physiquement, c’est extrême et l’infrastructure est très lourde: j’ai dû construire une halle isolante autour de la sculpture, je n’avais que très peu de recul – parfois à peine 50 centimètres. En cours de réalisation, j’ai ajouté un plancher à mi-hauteur mais la visibilité est restée difficile.»

Dans son atelier de Saint-Triphon, l’ancienne infirmière en réanimation, née artiste pour repousser d’autres extrémités que celles de la mort, a l’habitude de travailler la pierre depuis seize ans. Du granit. De l’albâtre. Du marbre. Les blocs lui sont livrés bruts, elle libère leur vibration, réanime leur cœur et exhale leur mystère. La matière vit, elle ne fait pas valoir une idée, n’incarne pas un sentiment! Au contraire, elle inscrit son intégrité dans le temps, installe l’équilibre dans une permanence, et Nathalie Delhaye fait corps avec elle.

Au début, du Sagex et un couteau

L’absolu est sa foi, c’est encore l’essence de son implication en plus d’être un terme récurrent dans sa conversation. Qu’elle évoque l’étonnement «absolu» devant la rivière de l’Avançon, «sa muse», son «générateur spontané de formes» ou «cette lumière qui nous entoure, nous nourrit, devenue à force invisible et qui produit d’autres formes d’une splendeur absolue», le terme balise. Il guide, renforce, mais jamais l’artiste ne l’avait encore confronté à la complexité de Light­shape III, une monumentalité en porte-à-faux total, un devoir de résistance aux éléments, le choix d’une synthèse esthétique de la légèreté. «Cette forme, cette fusion des éléments, je l’ai vraiment vue dans la rivière, j’ai eu cette chance d’une fraction de seconde et je l’ai isolée avec mon appareil photo, mais pour signifier cette autre dimension en sculpture, je devais travailler un nouveau matériau.»

Tout a commencé, un petit couteau à la main, devant 18 m3 de masse brute, soit neuf blocs d’un Sagex ultrasolide. «Et si tout va bien, ajoute-t-elle dans le sourirede l’abnégation, au bout de six semaines, les premières lignes commencent à apparaître! On peut croire que c’est un moulage mais c’est sculpté, puis fendu en deux afin d’insérer l’armature. Ensuite vient la résine qui recouvre, le polissage à la main et… enfin le laquage.» Souvent tu, voire ostracisé pour laisser la primauté au signifiant ou à la finalité esthétique, le faire importe beaucoup dans l’œuvre de Nathalie Delhaye. Il la fonde, la révèle, la porte.

«On ne peut pas entrer en force dans la matière, elle ne vous y autorise pas! Il faut d’abord faire le silence et c’est elle qui vous y oblige pour pouvoir entrer en soi et chercher le bon chemin vers la vérité absolue. Et c’est seulement à ce moment-là, assure l’artiste, que la matière devient une sorte de continuité de soi. Avec Lightshape III, je traque la puissance de la légèreté, j’utilise des techniques propres à l’aéronautique, je sculpte et je vole en même temps. J’adore voler!»


Bex, parc de Szilassy Jusqu’au di 15 octobre. Tlj (10 h-19 h)

Performance sonore de Luciano Zampar pour la clôture di 15 oct (13 h).

Renseingnements: 079 765 27 26 www.bexarts.ch (24 heures)

Créé: 09.10.2017, 12h02

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