Passer au contenu principal

Le sexe faible muscle sa visibilité artistique

L’actualité donne raison aux plus patientes: musées, galeries et marché de l’art s’appliquent à mettre de plus en plus d’artistes femmes dans la lumière.

Le Musée Camille Claudel ouvrira le 26 mars à Nogent-sur-Seine sur les terres de jeunesse de l'artiste avec dans ses collections, l'une des versions de «La Valse» (1889-1905).
Le Musée Camille Claudel ouvrira le 26 mars à Nogent-sur-Seine sur les terres de jeunesse de l'artiste avec dans ses collections, l'une des versions de «La Valse» (1889-1905).
MARCO ILLUMINATI

Déjà cent quatre ans que Camille Claudel entrait en enfer émotionnel et mental, laissant sa latitude créative à la porte de cet asile où sa famille venait de l’enfermer. Folle? Plutôt sacrifiée! Alors… la sculptrice résiste, elle refuse de poursuivre son œuvre dans ces conditions parce que continuer, c’était accepter. Alors… envoyée aux confins de la folie par la jalouse emprise d’un homme – Rodin – sur son génie, elle préfère le faire taire. Seul le temps le fera sortir de sa réserve. Beaucoup de temps. Mais voilà que dans quelque vingt jours, Camille Claudel sera l’une des rares femmes à avoir SON musée. Ironie d’un épilogue, il ouvre à Nogent-sur-Seine, sur les terres de sa jeunesse, l’année du centenaire de la mort d’Auguste Rodin.

Des artistes asphyxiées

Cette histoire inscrite dans le temps, celle d’un ascendant asphyxiant les esprits féminins précurseurs, c’est celle de la surdouée de la sculpture Camille Claudel (1864-1943), de la scandaleuse Artemisia Gentileschi (1593-1652), «redécouverte» par Paris l’année dernière et par Rome en ce moment, ou encore de la discrète «Tintoretta» (1554-1590), fille du maître.

«Les récentes relectures de l’histoire de l’art font effectivement ressurgir des noms peu ou pas connus»

C’est aussi celle de la Vaudoise Emily Chapalay, dont le tort a été de se rêver artiste vers 1880, époque où les Académies fanfaronnaient en bastion viril, et dont les études sont exposées pour la première fois jusqu’au 23 avril au Musée cantonal des beaux-arts à Lausanne. «Les récentes relectures de l’histoire de l’art font effectivement ressurgir des noms peu ou pas connus, témoigne sa commissaire, Catherine Lepdor. Des noms qui contribuent à retracer une lutte pour la reconnaissance incarnée dans le canton de Vaud par une figure comme Alice Bailly.»

Mais combien n’ont pas encore eu la chance d’un éclairage? Assez pour assurer un accrochage monographique régulier pendant les vingt prochaines années! Sûr de lui et de la richesse de ses propres collections, le directeur du Musée des Offices à Florence l’a affirmé et… passe à l’acte. Certes un peu aidé par une suggestion du collectif activiste Guerrilla Girls et par les fonds de The Advancing Women Artists Foundation. Mais la première exposition, dédiée à Suor Plautilla Nelli (1524-1588), religieuse et première femme peintre de la Renaissance, est vernie symboliquement aujourd’hui, Journée internationale de la femme.

La flamme des femmes

Mais l’intention de rallumer la flamme des expositions qui ont fait date dans les années 70, depuis la pionnière «Women Artists, 1550-1950», en 1976 à Los Angeles, ne suffit pas à rivaliser en termes de succès! En 2015, Diego Velázquez et ses portraits de cour réunissaient près de 479 000 visiteurs au Grand Palais à Paris, pendant que son alter ego Elisabeth Louise Vigée Le Brun n’en comptabilisait que… 236 000 la même année, au même endroit.

Impitoyable, le déséquilibre se retrouve aussi au hit-parade du marché de l’art. Si les deux vahinés peintes par Paul Gauguin dans Quand te maries-tu? valent 300 millions de dollars – l’œuvre la plus chère de l’histoire à ce jour –, inutile de chercher une consonance féminine parmi les trente premiers noms de cette course aux records. Et pour cause: avec un coup de marteau à 44,4 millions de dollars pour la figurative américaine Giorgia O’Keeffe, les écarts de prix obligent encore les femmes à faire chambres séparées dans les classements du marché de l’art.

«A Londres, avec la Tate Modern, on est déjà dans une situation de quasi-parité sur le front des expositions»

L’espoir d’un vrai changement tangible vient de la scène contemporaine. Nicole Schweizer, conservatrice dans ce champ pour le Musée cantonal des beaux-arts à Lausanne, le voit venir. «A Londres, avec la Tate Modern, on est déjà dans une situation de quasi-parité sur le front des expositions. Ici et comme féministe, j’essaie aussi de tenir l’équilibre, sans y penser comme à un dogme, mais comme une réalité.»

Les Guerrilla Girls dénoncent des faits depuis une trentaine d’années. En 2012, ces activistes épinglaient la faible présence de femmes aux cimaises modernes du Met à New York (4%) alors que dans le même musée 76% des nus sont féminins.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.