Un siècle d'art contemporain dans un écrin industriel

Arts plastiquesA Bâle, le Schaulager ouvre la collection Emanuel Hoffmann et invite à grimper dans les étages.

C’est en 1980 qu’Andy Warhol immortalise la première présidente de la Fondation Emanuel Hoffmann dans «Maja (Maja Sacher-Stehlin)».

C’est en 1980 qu’Andy Warhol immortalise la première présidente de la Fondation Emanuel Hoffmann dans «Maja (Maja Sacher-Stehlin)». Image: Schaulager

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Rien que pour une poignée de Hans Arp et de Max Ernst, deux Dalí, dont la Girafe en feu , la fameuse Tour Eiffel de Delaunay ou la Place sculptée par Giacometti, le déplacement à Bâle vaut la peine. Ce ne sont pourtant que les amuse-gueules d’un vrai gueuleton d’art contemporain. Classiques aussi, la vociférante et cinétique Pop, Hop, Op & Co., sculpture griffée Tinguely, et une machine à écrire ébouriffée et en chocolat de Dieter Roth? La question appartient à chacun. Le Schaulager, puisant dans l’impressionnante Fondation Emanuel Hoffmann (fils du fondateur de Hoffmann-La Roche), propose un raccourci saisissant, une promenade buissonnière, à travers les forêts de la création du XXe siècle à nos jours.

Ouvert en 2003, l’édifice conçu par Herzog & de Meuron a été pensé comme lieu de conservation – il abrite les pièces de la Fondation Hoffmann – et d’exposition. A raison d’une rétrospective par année, le Schaulager a mis en avant des artistes comme Jeff Wall, Steve McQueen ou Robert Gober. «Future Present» rassemble, au contraire, un grand nombre de créateurs et, nouveauté, autorise une visite contrôlée dans les trois étages supérieurs, là où les œuvres «dorment». Ce parcours à travers un musée bâti comme une œuvre d’art approche nombre de matériaux: toiles, objets (des robes notamment), sculptures, dessins, installations, photographies, films et vidéos.

«Depuis quatre-vingts ans, la Fondation est dirigée par des femmes: la veuve d’Emanuel Hoffmann, sa fille et sa petite-fille, note la cocommissaire Isabel Friedli. Quelqu’un qui s’intéresse à l’art trouvera ici tout ce qui concerne le contemporain. Nous avons procédé à quelques insonorisations dans les étages de manière à ce que le son de certaines vidéos ne gêne pas. Nous proposons des audioguides pour une meilleure compréhension des œuvres, c’est une première.»

Le feutre de Beuys

Pour notre hôte, l’expo commence vraiment avec Joseph Beuys. Schneefall (chute de neige) date de 1965: trois menus troncs d’arbre sont disposés en étoile sur le sol, recouverts par quelques plaques de feutre. «On se retrouve dans une clairière, décrypte-t-elle, des arbres sont tombés, la neige les recouvre à l’image d’une couverture. A partir de matériaux simples et quotidiens, l’artiste va beaucoup plus loin que ce qu’on voit.»

Si les premiers pas de l’art conceptuel américain vous laissent froid, les peintures démesurées, réaction à cette dématérialisation, d’un Francesco Clemente ou du «jeune sauvage» Rainer Fetting pourraient vous plaire. Une salle et deux annexes montrent la diversité des premiers travaux de Bruce Nauman. L’installation Tisch, des Suisses Fischli et Weiss, peut se lire comme une ode au travail, car tous les objets qu’ils choisissent de montrer sont des copies minutieusement reconstituées. Plus loin, les grands tirages de Jeff Wall jouent à faire croire que ce sont des instantanés. Les photographies provocantes, grotesques et baroques de Cindy Sherman ne laissent pas de glace. Assez froids formellement, les travaux de Katharina Fritsch!

En attirant notre attention sur un poulpe orange emprisonnant un petit scaphandrier noir dans un de ses tentacules, Isabel Friedli précise: «Nous accordons une grande importance à la relation avec les artistes. Maja Oeri (ndlr: à la tête de la Fondation) et Katharina Fritsch sont des copines. Oktopus, plaisantent-elles, donne l’échelle de notre relation: l’artiste prise au piège de la collectionneuse.»

Et que faut-il voir dans les étages? Une installation complexe et cacophonique de Matthew Barney, des vidéos hors du temps de Bill Viola, les peintures à l’huile «autouroutières» de Jean-Frédéric Schnyder, ou cette installation matricielle de l’Ukrainien Ilya Kabakov, qui se visite à la lampe de poche. Enfin, pour le repos, car on peut s’y asseoir, rien de tel que l’espace de Mark Wallinger, qui regroupe cent fauteuils, tous différents, regardant une pièce d’Oscar Wilde projetée sur écran en espéranto.

Bâle, Schaulager
Jusqu’au dimanche 31 janvier 2016
www.schaulager.org
(24 heures)

Créé: 04.08.2015, 09h59

Katharina Fritsch a conçu «Oktopus» entre 2006 et 2009

«Configuration (Nombril, chemise et tête)», de Hans Arp, date de 1927-1928.

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