Passer au contenu principal

Stéphane Guiran inscrit sa poésie dans la lumière du cristal

Arrivé à la fin d’un cycle avec le métal, le sculpteur français revient transcendé dans une deuxième exposition à la Galerie Alice Pauli à Lausanne.

L’imperceptible devient présence avec le travail de Stéphane Guiran présenté chez Alice Pauli à Lausanne.
L’imperceptible devient présence avec le travail de Stéphane Guiran présenté chez Alice Pauli à Lausanne.
GALERIE PAULI

On dirait presque un pays merveilleux! Cristallin. Aérien. Si pur, si blanc. Une féerie distincte qui aurait discrètement pris le pouvoir, comme elle le fait ces jours à la Galerie Alice Pauli alors que Stéphane Guiran y dépose son travail de sculpteur, cet œuvre d’électron discordant dans une scène privilégiant les répliques polémiques ou les ardeurs véhémentes en réponse aux crispations du monde. Lui se range chez les poètes, un art en pleine renaissance à l’écrit. Il le pratique dans «Les jardins rêvés», un recueil accompagnant l’exposition, il le matérialise aussi dans l’espace. Et quand on lui fait remarquer sa voix si étrangement douce au milieu d’un concert autrement plus pesant, le sculpteur français ne cille pas. «La poésie n’est désuète que si elle ne se réinvente pas, plaide-t-il. Or, elle évolue, changeante, partout autour de nous, et se renouvelle au quotidien. On peut voir le monde avec cynisme. Ou… se demander où est la lumière, celle qui emplit: la vie est plus cool comme ça.»

«La poésie n’est désuète que si elle ne se réinvente pas. Or elle évolue, changeante, partout autour de nous»

Stéphane Guiran ose la résistance par cette forme d’euphorie – à voir Eygalières, le village d’artistes des Alpilles où il crée, on le comprend. Mais il ose aussi tout court! C’est dire que le terrain est prêt lorsque, à l’issue de sa première exposition chez Alice Pauli, la galeriste le pousse à réfléchir à d’autres chemins que le métal, qu’il travaille depuis une dizaine d’années. Même si le verdict l’ébranle, l’écoute est respectueuse, signe d’une révérence née il y a trente ans sur un stand de la FIAC, foire d’art contemporain de Paris. «J’avais 20 ans et venais de vivre une émotion intense devant un Julius Bissier. Alice Pauli l’a perçue et, alors que je m’apprêtais à poursuivre mon chemin, elle m’a rappelé pour m’offrir un catalogue.» L’homme qui voulait sculpter n’est pas encore artiste, leurs routes se recroisent en 2012 au moment de monter une première exposition et, depuis, la galeriste lausannoise le présente chaque année à Art Basel. «Lorsque Alice m’a incité à me remettre en question, à aller plus loin, des choses étaient déjà là, mais je n’avais pas franchi le pas, il a fallu une maturation de quelques années, il a fallu aller chercher à l’intérieur.»

Sur la forme et le fond, le virage est radical. Pareil pour le matériau. Sorti de son compagnonnage monumental avec le métal – qu’il n’abandonne pas totalement, sa présence importe encore, en soutien, en tension –, l’artiste s’est laissé envoûter par les transparences du cristal. Et… ses multiples. «Il m’a amené à décliner un autre univers, plus organique, plus végétal.»

Dans l’entre-deux

Longtemps, Stéphane Guiran s’est appuyé sur le geste, il maîtrisait sa forme et sa vivacité, l’inscrivant, calligraphique et funambule, dans l’espace. Désormais, il scrute la mémoire des choses, laisse éclore les sens et favorise la présence. Un éveil. Une efflorescence. Une cascade. Un champ. Les apparences renvoient à la nature mais, entre ses mains de sculpteur, elle naît autre, par la force de la poésie qui la recompose. «L’œuvre est un miroir. À chacun de s’y voir, de s’y lire, c’est cette leçon d’humilité qui m’intéresse dans la poésie, il n’y a pas à dire les choses, juste à les suggérer.»

Ces évanescences s’incarnent désormais sur papier photo, sur toile et dans le cristal. Le Français en travaille deux types, celui que la nature marocaine offre, celui que l’homme façonne: le calcin. «Ce sont des déchets d’industrie que je récupère afin de les transformer. Ils sont cuits à nouveau, retravaillés, mais conservent leur caractère. Et, au-delà de l’exécution, c’est la renaissance d’un matériau industriel qui m’intéresse, le cristal est comme une éponge, il reçoit les émotions comme il les répercute. On est toujours entre deux états, à la limite de l’abstraction et de la figuration. Un caractère, des propriétés qui m’amènent à sortir des cases.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.