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Sylvain Croci-Torti, la puissance de la peinture, le geste vers l’infini

Formé à l’ECAL, remarqué parmi la jeune garde suisse, le Vaudois signe une première exposition monographique d’envergure au Manoir de Martigny. À voir, vite!

Avec Sylvain Croci-Torti, la peinture a véritablement pris possession des salles ancestrales du Manoir de Martigny en redessinant l’espace.
Avec Sylvain Croci-Torti, la peinture a véritablement pris possession des salles ancestrales du Manoir de Martigny en redessinant l’espace.
DR

Aucune intention de «spoiler», mais la fin de l’exposition de Sylvain Croci-Torti au Manoir de Martigny – la première monographique d’envergure pour l’artiste qui a grandi à Fenalet-sur-Bex – n’en est pas une! Plus convenu dans son accrochage, peut-être plus sage que les autres si on ne cherche pas les myriades d’éclats trompant sa monochromie, l’immense ovale vert ne peut être un point final. Comme tous les autres grands formats du parcours, il agit en éclaireur, sort du rang pour y retourner, à la fois unique et solidaire d’une boucle infinie.

L’envie est alors rare dans une exposition, mais impérieuse, on ressent cette nécessité de rebrousser chemin vers les horizons vert pale, le labyrinthe rose, l’atmosphère rouge, le double jeu grenat, on veut revivre chacune de ces pièces comme l’indice d’un éternel recommencement. Ou… comme les notes d’une même composition instrumentale. Plutôt pop si l’on s’en tient aux couleurs acidulées de plusieurs toiles ou alors minimaliste si seul le rythme importe. Lancinante et méditative conviendrait également. «Tallahassee», le titre de l’exposition, vient confirmer la possibilité de la filiation. Emprunt à Earth, il résonne des sons graves du groupe de rock expérimental américain. Et l’artiste aussi entérine. Joli hasard, le grand brun taillé dans la puissance, une aménité altruiste dans le regard en contraste, est présent dans les salles du Manoir avec un groupe de visiteurs. «Je n’ai jamais assuré sur les titres, alors que les musiciens en trouvent toujours de si bons. Donc je me sers! La musique fait partie de ma démarche, à l’origine, j’essayais même de la peindre. Erreur. À l’ECAL, un prof m’a fait comprendre que, à l’inverse, je devais peindre… en musicien, et je le fais en écoutant cette musique assez aérée, planante, itérative mais à chaque fois différente. Dans ce mot – Tallahassee – les sonorités portent cette idée de répétition que je souligne aussi avec mes formats.»

Rite de passage

D’immenses châssis avides de grands espaces, des châssis rectangulaires ou ovales. Soudés par ce même désir d’osmose presque sacrée, ils se suivent, se cherchent, se répondent. Les combinaisons en diptyque, triptyque, polyptyque, toutes sont issues du registre des possibles et jouent à se superposer ou à se fondre dans un mouvement d’ensemble. Sylvain Croci-Torti en est l’architecte, avant d’agir en dompteur même si, à l’entendre, à le voir, l’artiste n’est pas un homme de pleins pouvoirs. L’aléatoire, l’indéfini, l’accident l’intéressent, il les favorise même, dans une technique qui lui est propre. «Pour poser la couleur, j’utilise un outil appartenant à la pratique sérigraphique, mon premier métier, mais je l’ai détourné pour en faire une sorte de lissoir. Les œuvres sont divisées en plusieurs parties comme autant de rythmes sur lesquels je peux répéter le mouvement. J’aime l’acte de toucher la toile, le fait de jouer la peinture, la liberté d’avoir ces petits manques.»

Si le geste artistique est affirmé, l’artiste ne le charge pas de contraintes. Il laisse vivre les transparences comme la matérialité de la peinture et, en osant les coulures, en variant la densité des aplats de couleur, en révélant les jointures, c’est comme un rite de passage vers un ailleurs qu’il crée. Hors de la toile. La peinture s’extrait de ses propres limites, affranchie des contingences bidimensionnelles, elle vient sculpter l’espace temps et physique, diffusant ses énergies intimes dans l’environnement. «La meilleure défense, c’est l’attaque, déduit-il de sa confrontation aux ancestrales salles du Manoir de Martigny. J’ai voulu mes peintures plus fortes que ces espaces qui diffèrent d’un «whitecube». Alors j’ai surjoué le fait d’être oppressé en coupant des angles, barrant des portes, resserrant des écartements comme en utilisant planchers et plafonds. C’était très intéressant aussi de se laisser dicter des formats par les lieux tout en restant toujours dans ce rapport de force.»

La peinture l’emporte, déployant toute l’envergure de sa puissance, mais c’est en invitation à la liberté méditative qu’elle se livre. Tous les champs sont ouverts, la perception de l’espace est modifiée, les grands formats conduisent vers une sorte d’infini, là où ni les définitions ni les formes ne viennent grésiller dans l’esprit. Sylvain Croci-Torti abonde: «Il faut être très calme pour faire du monochrome.»

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Martigny, Manoir Jusqu’au 13 mai, du ma au di (14 h-18 h) www.manoir-martigny.ch

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