Une vertigineuse escalade de la face humaine

AccrochageLucienne Peiry, ancienne conservatrice de l’Art Brut, noue un «Face à face» à plusieurs entrées dans les couloirs de la HEP Lausanne à partir des œuvres de Curzio di Giovanni.

«Ritratto di Unna Attrice», 2009.

«Ritratto di Unna Attrice», 2009. Image: DR

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Un jour… il a posé le crayon. Fini. Terminé. Dans un film, on dirait même qu’il l’a posé comme il l’avait pris. Mais dans l’intervalle, durant une dizaine voire une quinzaine d’années, assis à la table de l’atelier du Centre hospitalier de la région milanaise où il vit, Curzio di Giovanni a pris le temps d’explorer la face humaine. Ses méandres, ses zones d’ombre, ses reflets, ses émotions ou encore ses intimités parfois bien dissimulées.

Sous son crayon de marginal atteint dans son développement mental, les traits du visage éclatent comme un vaste réseau de sens et recomposent une personnalité troublante. Parfois grinçante ou tourmentée, parfois drôle ou douce. S’il y a des constantes, s’il y a cette singularité qui se réitère d’un portrait à l’autre – on ne parle pas de style –, il n’y a pas de règle autre que le travail d’après modèle. Di Giovanni se sert dans les pages des magazines: des hommes, des femmes, des enfants, des anonymes, des top-modèles, toutes les physionomies l’intéressent et transitent dans sa relecture du monde humain. Campée à la mine de plomb et aux crayons de couleur, sa galerie de portraits, souvent serrés sur le visage, apparaît ample, effeuillant les genres.

Lucienne Peiry s’y est plongée alors qu’elle dirigeait la Collection de l’art brut, présentant l’œuvre plusieurs fois lors d’événements collectifs et enrichissant les fonds lausannois de plusieurs dizaines de pièces signées Curzio di Giovanni. Cette fois, et pour cette première exposition monographique, c’est à partir des tiroirs de la sœur du créateur que l’historienne de l’art a composé la collection de portraits accrochée à la Haute École pédagogique (HEP) de Lausanne. «La famille avait encore une centaine de pièces, avance-t-elle, et j’ai immédiatement pensé que ce travail, facilement accessible, créant à la fois le trouble et l’émerveillement, devait être présenté là où les choses s’enseignent. C’est bien de faire venir des étudiants dans les musées. C’est bien, aussi, de faire la démarche inverse. Voilà pourquoi les humanités déconstruites puis reconstruites par Curzio di Giovanni sont ici, à la HEP.»

Aux murs, plusieurs d’entre elles sont présentées avec l’image source. L’effet de reflet est indéniable: le créateur s’est arrêté sur certaines formes. Un bonnet. Une mèche folle. Une chemise à carreaux et même un port altier. Mais ce qui frappe plus que tout, c’est la pertinence de sa lecture. Jamais, même dans sa course à la distorsion, dans cette urgence de dire autrement, Di Giovanni n’omet le signe particulier de ses modèles. Comme s’il avait percé ce petit quelque chose en plus, ce supplément d’âme. Sachant aussi extraire de leurs yeux un esprit plus qu’un regard.


Lausanne, Haute École pédagogique
Jusqu’au 22 nov., du lu au ve (8 h-19 h)
Conférence et table ronde, ma 30 oct. (18 h)
www.notesartbrut.ch

Créé: 18.10.2018, 21h37

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