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Yael Bartana entre l’art et l’activisme au MCBA

Pour son avant-dernière exposition à Rumine, le Musée cantonal des beaux-arts poursuit sa revue des artistes engagés.

Le MCBA reçoit Yael Bartana pour sa première exposition monographique en Suisse.
Le MCBA reçoit Yael Bartana pour sa première exposition monographique en Suisse.
ODILE MEYLAN

Ici son nom ne parle pas, ou pas tout de suite. Mais dans le grand brassage des signatures internationales, il est accolé aux institutions offrant une vitrine aventureuse et pointue à l’art contemporain. Le Stedelijk Museum d’Amsterdam, la Documenta de Kassel, la Biennale de Venise – Yael Bartana y a représenté la Pologne en 2011 – le Moderna Museet de Malmö ou encore la Tate Modern à Londres.

En invitant l’artiste israélienne à dresser ses écrans comme on pose un propos, Lausanne et le Musée cantonal des beaux-arts s’ajoutent à la liste. Méconnaissables! L’obscurité est pressante, les sons diffus, les images intenses et, avant même d’accepter d’entrer dans un discours plastique, l’immersion est totale. Miroir… d’une sensibilité qui fait front pour refuser la fuite, la transformation de la réalité comme le mensonge.

A tout juste 47 ans, Yael Bartana a pourtant un long vécu. Et si sa biographie figée sur son activité de photographe et vidéaste ne l’étale pas, il se glisse au détour de rares échappées. «A 18 ans, alors que j’étais soldat, j’ai vécu quelque chose de similaire», souffle-t-elle en évoquant une mêlée humaine entre l’armée et les colons juifs d’où s’échappent des mots comme «traître» ou des phrases comme «retourne d’où tu viens». Ce vécu – ou plutôt celui de ses grands parents juifs polonais – sinue encore dans l’hypothèse «Et si 3,3 millions de juifs rentraient en Pologne…» tramant une autre vidéo comme dans cette tension existentielle portant l’ensemble de l’œuvre. «J’ai commencé à explorer cette idée de l’appartenance, cette façon d’être à l’intérieur en venant de l’extérieur dans les années 2000. Mais au lieu de le faire en Hollande où j’habitais déjà, je l’ai fait de retour chez moi, en Israël. C’est l’auteure américaine Eva Hoffman qui a dit «Dans chaque immigrant, il y a un anthropologue amateur», j’aime cette idée.»

Documentaire dans ses premiers développements avant de servir l’utopie, l’art de Yael Bartana vient d’une nécessité. S’interroger. Interroger. Ne pas se résigner mais accepter le changement comme un possible. Cet art crée des situations, s’incarne dans une parodie de télé-réalité où huit résidents finlandais – toutes origines et croyances confondues – échangent sur la construction d’une identité nationale, il supplée aussi aux carences, ouvertement activiste! «Oui, l’art peut réussir là où la politique échoue, j’en suis persuadée, appuie-t-elle. On ne parle pas forcément de grandes révolutions, mais d’incitations à considérer les choses différemment et, en ce sens, créer une discussion à partir d’une œuvre d’art, c’est déjà le début d’un changement. Mes fictions ne se veulent pas prophétiques, elles posent une probabilité: et si jamais tout cela devenait réalité? Mais si ce sont des brèches que je crée et des poches de résistance, l’art, c’est aussi de la joie.» Yael Bartana ne l’oublie pas – parfois on sourit, c’est vrai – mais c’est avant tout son esthétique d’une certaine fragilité et sa poétique du mouvement qui l’ancrent à l’art.

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