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A Yverdon, le corps multiplié à l’infini devient maison

Voisins d’atelier, les trois artistes invités par le Centre d’art contemporain n’avaient jamais œuvré ensemble. Zimoun, Marco Delgado et Nadine Fuchs le font dans une exposition tout en texture et en mouvement.

Le motif du corps n'est pas immédiatement perceptible, mais c'est lui qui structure et ordonne l'ensemble de l'installation présentée au Centre d'art contemporain d'Yverdon.
Le motif du corps n'est pas immédiatement perceptible, mais c'est lui qui structure et ordonne l'ensemble de l'installation présentée au Centre d'art contemporain d'Yverdon.
DR

Le motif se répète, confortant. Et… à la fois si troublant! Posé sur un papier peint qui renvoie au temps des turbulences baroques, il s’impose, envahissant, pour ne laisser aucun répit. On le retrouve dans la lumière sur une ronde de lampadaires, en déséquilibre sur un sofa, en mouvement perpétuel à l’assaut de l’architecture voûtée comme de l’atmosphère. Le langage est usuel, quotidien. Presque caricaturalement commun. Des chaises. Des lampes. Un sofa. Pourtant l’hésitation n’a encore jamais été aussi forte, une fois passée la porte du Centre d’art contemporain d’Yverdon (CACY).

Qui en a pris possession? Un tentacule du troisième type? L’invasion orchestrée d’un bataillon de forces organiques? L’impression d’ensemble tient à la fois du plafond d’un palazzo du XVIe siècle grouillant de putti volants, comme d’une proposition design plutôt intimiste et minimaliste: c’est le grand écart des possibles! Sauf que le vocabulaire de l’habitat s’impose en constante, et que le corps en est l’élément constitutif.

L’œil doit le débusquer, minuscule, presque abstrait. Un homme. Une femme. Clonés à l’infini dans une rythmique de la redondance, ils impriment de leur empreinte charnelle les murs, les plafonds, les sols, les objets du quotidien comme le mouvement. Leurs traces s’aimantent et se désolidarisent, se fondent et se reforment dans une chaîne humaine déployée comme un espoir sans fin.

Le corps est tessiture autant qu’architecture, c’est lui qui bâtit la maison, lui qui anime et fait vivre le mobilier, comme si un ensemblier autocrate avait décidé de livrer l’intérieur et l’extérieur à un seul leitmotiv. Alors… il est de tous les incontournables d’une maison, passant à télé, mécanique, subversif et même parfois loufoque, ou se laissant encadrer dans un amas de tableaux. Il est encore tissu pour s’inscrire dans l’épaisseur, ou fluidité traversant l’atmosphère. C’est lui qui fait la maison, qui la définit, l’ordonne et l’habite, mais sans pour autant avoir – comme souvent – valeur de refuge ou de questionnement. Il est juste là! Invitant à vivre l’expérience visuelle de son énergie, à s’abandonner à sa transe allitérative et à se laisser cerner par sa force solidaire.

Plus sensorielle que cérébrale, l’immersion est signée par un plasticien et un duo de danseurs-chorégraphes qui, à l’origine, n’ont pas d’atome artistique commun. Zimoun, le Bernois, débusque les équilibres invisibles pour ordonner l’espace et met en musique le vide pour lui offrir un volume sonore, alors que les Lausannois Nadine Fuchs et Marco Delgado dissèquent le mouvement de la vie. Sa sensualité. Ses automatismes. Ses désinvoltures comme ses absurdités.

«Tous les trois se sont rencontrés à Berne, raconte la directrice du CACY Karine Tissot, travaillant dans le même haut lieu culturel qu’est le Progr, ils se rendaient de petits services artistiques, se côtoyaient entre curiosité et retenue jusqu’à ce que vienne un premier projet commun, montré ici à Yverdon en 2013 dans une exposition collective.» Ils sont revenus, fusionnels, sans oublier une subtile dose de dérision accrochée au titre de leur installation croisant les arts visuels et performatifs: «Some Days – A normal working day».

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