«En attendant Godot» de Gianni Schneider ne trouve que ses femmes

CritiqueA Lausanne, le classique de Beckett, passé la surprise de ses rôles confiés à des comédiennes, est traité de façon trop conventionnelle

Valeria Bertolotto et Anne-Catherine Savoy forment un tandem Vladimir-Estragon relevé dans un «En attendant Godot» qui ne tient malheureusement pas ses promesses.

Valeria Bertolotto et Anne-Catherine Savoy forment un tandem Vladimir-Estragon relevé dans un «En attendant Godot» qui ne tient malheureusement pas ses promesses. Image: MIKE WOLF/LDD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Rarissimes sont les textes de théâtre d’après-guerre à avoir acquis une telle ampleur symbolique. En attendant Godot (1952, création en 1953), de Samuel Beckett, en est, et fait même figure d’archétype du classique instantané. Le texte et ses indications ont tendance à figer la forme de la pièce dans un horizon d’attente qui ne tolère que peu de variations.

Un peu à la manière de Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra, qui en avaient donné une version avec un Vladimir et un Estragon noirs, le metteur en scène Gianni Schneider surprend en confiant ces mêmes rôles à des comédiennes – une option que réprouvait Beckett. Valeria Bertolotto et Anne-Catherine Savoy forment un beau tandem. La première, en Didi, affûte les affres de la résignation, exsude un réalisme désenchanté mais opiniâtre. La seconde, en Gogo, arrondit les angles, mais divague avec appétit dans la perte de ses repères.

Trouver des femmes là où on imaginait des hommes – c’est aussi le cas de Ponzo (une Céline Nydegger qui n’atteint pas le niveau de ses collègues) et de Lucky (une Malya Roman percutante) – déstabilise avec bonheur. Leur présence scénique renouvelle l’attention aux dialogues, qui y gagnent d’autres résonances.

Mais l’astuce ne bouleverse pas les attentes liées à une pièce qui a presque toujours composé avec un absurde métaphysique mâtiné de burlesque grinçant. La proximité avec la guerre conférait à la pièce une détermination qui est de moins en moins évidente aujourd’hui. Le contexte historique permettait à la déliquescence, à la désolation, à l’amnésie, à l’indifférence dans la cruauté de se passer d’explications.

Même si ces dimensions restent d’actualité, Gianni Schneider n’oriente pas assez sa mise en scène. Ses notes d’intentions faisant vaguement référence à des personnes déplacées ne transparaissent guère. La transformation de l’arbre en lampadaire fleuri de caméras de surveillance ne suffit pas à actualiser le propos. Tout comme l’écran qui transforme le non-lieu de la pièce en joli décor. Trop scolaire, le monument fait grise mine.

Créé: 03.06.2016, 10h26

Articles en relation

Loin de Vidy, Gianni Schneider s’entoure de femmes pour un «Godot» engagé

Scènes Sur la scène de la salle Paderewski, le metteur en scène qui était un habitué du théâtre au bord du lac s’attaque au classique de Beckett avec une distribution audacieuse, entièrement féminine. Plus...

A l'affiche

Lausanne, Casino de Montbenon, salle Paderewski
Jusqu’au di 5 juin
Rens.: 024 543 00 74
www.monbillet.ch

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 8

Paru le 26 février 2020
(Image: Bénédicte) Plus...