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«Ce ballet, c’est tout l’univers festif de Maurice»

Vingt ans après la création de «Casse Noisette» à Turin, le Béjart Ballet Lausanne reprend cette féerie pour sept représentations à Beaulieu.

Gil Roman, directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne n’oublie jamais de rappeler à sa compagnie, l’importance du plaisir de faire, comme de vivre la chorégraphie.
Gil Roman, directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne n’oublie jamais de rappeler à sa compagnie, l’importance du plaisir de faire, comme de vivre la chorégraphie.
FLORIAN CELLA

Bientôt vingt ans que l’immense sculpture joue à la Belle au bois dormant dans un dépôt de la région, sans l’assurance d’en sortir un jour! Tout dépend des projets en cours, des envies, des singularités qui vont et viennent pour composer la très organique compagnie du Béjart Ballet Lausanne. Projection d’un amour qu’un enfant aurait juré «gros comme ça» à sa mère autant que montagne d’amour, la figure maternelle n’était pas sûre non plus de retrouver une porte laissant passer toute son envergure.

«Comme une évidence»

Mais le baiser du juste moment est arrivé et la très botticellienne beauté sera sur le plateau de Beaulieu du 18 au 23 décembre pour couver la fantaisie onirique de «Casse-Noisette», premier classique relu par Béjart. Tchaïkovski toujours à la musique, la trame toujours décorée des flocons et guirlandes de Noël, le conte s’ouvre sur une page plus personnelle.

Autobiographique même. Le gosse habite Marseille, la magie de la fête brille dans ses yeux jusqu’au jour où sa mère meurt. Il a 7 ans, Noël n’aura plus jamais le goût de l’amour, sauf dans ses rêves les plus fous, dans ces notes d’accordéon jouées par sa marraine – une bonne fée incarnée par Yvette Horner – ou dans ses bouffées de tendresse qui vont l’aider à devenir un homme. Un danseur. En 1998, pour la création au Teatro Regio de Turin, ce danseur, c’est Damas Thijs (Bim). Gil Roman, lui, est M… (pour Marius Petipa, Mephisto et M…).

«Un rôle à la fois très exigeant techniquement et très engageant, en plus d’être un véritable défi: il m’avait mis en collant, à 40 ans… Il fallait oser! confie-t-il. Au-delà, ce ballet, c’est tout l’univers de Maurice que je connais, festif. J’ai pris du plaisir quand il l’a réglé, on s’amusait, ça m’amusait. L’envie de le reprendre s’est imposée comme une évidence quand je l’ai vu, répété, par le Tokyo Ballet. J’ai ressenti la qualité de cette œuvre qui renvoie à Maurice; on baigne dans sa voix, dans ses émotions. C’était le bon moment! En plus, j’ai les danseurs pour le faire, ce qui n’est pas toujours le cas. Une compagnie, ça bouge, ce n’est pas toujours facile à accepter, mais aujourd’hui je me suis habitué à ce mouvement, il m’inspire.»

«Cette chanson me faisait pleurer quand j’étais gosse»

Dans le tourbillon des souvenirs surgissent aussi ceux liés à Yvette Horner. «Maurice a toujours aimé Yvette, il avait eu cette idée et, tout d’un coup, on l’a vue arriver. Un personnage, une icône populaire et touchante. Je me souviens d’un soir en particulier, dans la série des représentations données à Lyon, elle nous avait entraînés à un bal populaire et les deux heures de «Casse-Noisette» ne l’ont pas empêchée de jouer encore et encore, toute la nuit.» Dans la salle de répétition du «Presbytère», quelques minutes plus tôt, le temps s’était arrêté. Une fois.

Alors que les notes nostalgiques des «Roses blanches» résonnaient et que les lèvres de Gil Roman suivaient le mouvement: «Cette chanson me faisait pleurer quand j’étais gosse, elle fait partie de ces airs qui passent d’une génération à l’autre, toujours aussi bouleversants.»

Le temps s’arrêtera une seconde fois, figé sur le souffle d’un danseur. Il recommence, reprend le mouvement du pied, celui de la main, et recommence. Sur les côtés, au sol, à l’échauffement, toutes les énergies se concentrent sur lui, plus personne ne bouge: la Compagnie s’est immobilisée dans un silence solidaire de son effort vers la perfection. Gil Roman l’accompagne, l’élève, il temporise aussi. «Ça va? Essaie de finir net, mais il faut que tu puisses prendre du plaisir.» L’empreinte du BBL! «Même s’il y a certaines choses très techniques, qu’il faut enfiler les pas d’une certaine manière, ça reste un conte, explique le directeur artistique en coulisses.

«Avec des explications, on risque de bloquer le corps; c’est fragile un corps qui danse».

Il faut pouvoir se glisser dans les yeux de l’écolier qui regarde tomber la neige, il faut trouver ce parfum de la magie de Noël.» Mais à chacun de le faire et de le composer. «Je leur laisse la découverte, c’est le plus important. Si on explique trop les choses, si on part de ce qui a déjà été fait, on perd l’interprétation, on se perd. Ce qui m’intéresse, c’est ce que le danseur va faire de ce parfum. Or, avec des explications, on risque de bloquer le corps; c’est fragile un corps qui danse.»

Plus encore qu’à l’habitude, Gil Roman doit balayer extralarge pour chasser le détail et peaufiner l’extrême précision. «Casse-Noisette» n’est pas un ballet comme les autres, fantasmagorie et kaléidoscope d’une enfance butinant entre les rêves, les souvenirs, les désirs.

Il s’y passe mille choses à la fois un peu comme dans une symphonie. Pour régler ces voix multiples, pour être dans le seul bonheur de danser, à son retour à Lausanne après une tournée passant par Bulle (du 2 au 4 novembre), Bonn, Stuttgart et Lugano, il restera trois petites semaines au BBL.

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