Barnabé ou Boulimie? Quelle revue choisir

ScèneDépoussiérée et déjantée à Boulimie, improvisée et froufroutée chez Barnabé: les rétrospectives annuelles réussissent leur pari à Lausanne et à Servion. Critiques.

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1. Théâtre Boulimie

On vous prévient, vous ressortirez du Théâtre Boulimie en fredonnant l’hymne du spectacle. Une ode à Lausanne, «capitale romande du deal», cette ville où l’on ne trouve pas de logement sans piston et où les impôts prennent l’ascenseur. Déjantée, décapante et délicieusement cynique, «M3 - La nouvelle revue de Lausanne» passe l’année écoulée à la moulinette à un rythme effréné. Le spectacle cartonne à tel point qu’il franchira le cap du réveillon: des supplémentaires sont fixées jusqu’au 4 février.

Il faut dire que l’univers loufoque et barré de Blaise Bersinger, jeune trublion de la scène romande, colle parfaitement au genre de la revue. Les sketchs, écrits avec la complicité de Sébastien Corthésy, Benjamin Décosterd et Thomas Wiesel, oscillent entre jeux de mots efficaces, boutades piquantes et saillies impertinentes. «Pas de nibards, pas de papelard!» s’exclame Bersinger dans la peau d’un journaliste au matin.ch. De la crise de la presse à l’affaire Melgar (à la sauce «Infrarouge»), le comédien raille – sans dédain ni moquerie crasse – les événements et personnalités qui ont marqué l’année.

Notre coup de cœur? Le sketch sur la Coupe du monde. Avec Frédéric Gérard en arbitre scandant des «Ta gueule, Lichtsteiner!» Simon Romang déclamant des vers dans le costume de l’Avare (homonyme de la VAR, pour les non-connaisseurs) et Blaise Bersinger en journaliste sportif et ventriloque: à son côté, une marionnette répète deux fois chacune de ses phrases convenues. Certaines saynètes sont entrecoupées de touches musicales salées – mais sans froufrous ni paillettes, artifices incontournables chez Barnabé. Ainsi le tube de Julien Clerc se fait ode à Billag: «Ma redevance à moi!» entonnent-ils en chœur. L’incontournable hommage aux personnalités disparues dans l’année (et à la carrière politique de Pierre Maudet) est des plus savoureux: «Qu’il ne manque aucun boulon pour monter ton cercueil», souhaitent-ils à Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea décédé en janvier. Le rythme du spectacle tient dans l’entrelacs de saynètes de quelques minutes et de sketchs flash d’une poignée de secondes. Hilarante, cette danse endiablée et anarchique exécutée par Blaise Bersinger en slip sous des lumières stroboscopiques – publicité pour le Festival de la Cité, souvent taxé d’élitiste.

Cerise sur le gâteau, un invité-surprise apporte chaque soir une touche différente. «Je suis là pour meubler», lançait nonchalamment Nathanaël Rochat, samedi. Avant d’enchaîner avec une boutade sur l’inconfort notoire de la salle de spectacle lausannoise: «Boulimie, j’appelle ça le théâtre easyJet!»


2. Café-théâtre de Servion

Chez Barnabé, la revue se renouvelle doublement. D’abord parce qu’elle avait été reléguée aux oubliettes l’an dernier, au grand dam des habitués de cette institution créée en 1967 par Jean-Claude Pasche, alias Barnabé. Ensuite parce qu’après avoir relevé la barre financière, le nouveau timonier du Café-théâtre de Servion, Noam Perakis, et ses acolytes ont imaginé un show réinventé chaque soir par une poignée d’improvisateurs. Une manière d’allier tradition et modernité. De marier froufrous, paillettes et tableaux musicaux grandiloquents aux fantaisies impromptues de sept comédiens menés à la baguette par le Monsieur Loyal de la soirée, Benjamin Cuche (en alternance avec Sarkis Ohanessian).

Le résultat? Bluffant. Certains sketchs sont si réussis qu’ils semblent écrits et répétés. «Mais! C’est truqué!» s’exclamait vendredi soir un spectateur devant une saynète mettant en scène deux séniors qui, dans leur EMS, tentent de se souvenir de leurs noms. Différents personnages interviennent pour leur donner des indices. «On doit vous faire le signe de Sainte-Croix à chaque fois qu’on vous voit», disait une infirmière à… Broulis. Pourtant, non, rien n’est truqué. Des canevas et contraintes scéniques forment simplement le cadre de chaque numéro: un débat à «Infrarouge», un procès ou encore les dialogues d’un film revisités par les acteurs. Mais c’est le public, et lui seul, qui choisit les thèmes, en fonction de l’actu chaude. «On a dû acheter des gilets jaunes pour compléter nos costumes», sourit Noam Perakis.

Bien sûr, certains passages sont plus léchés que d’autres – c’est le jeu, en impro. Mais on oublie vite les moments un peu plus faibles lorsque surgissent danseurs et chanteurs, revisitant des tubes à la sauce Barnabé. Ainsi le tube de Johnny se mue en «Allumer Servion! Et faire rugir les tigres et les lions». Les comédiennes et danseuses (en petite tenue) abordent habilement le mouvement «#metoo» en exigeant la parité sur le plateau: «On veut aussi des hommes sexys!» Déboulent alors les mâles du show arborant des tenues roses à paillettes et exécutant (tant bien que mal) une chorégraphie en mode burlesque.

Que serait la revue de Servion sans Barnabé? Le vénérable zigomar habille le spectacle de ses intermèdes goguenards. Et nous fait frissonner lorsqu’il entonne un tour de chant accompagné de son célèbre orgue de cinéma-théâtre.

Créé: 17.12.2018, 17h16

Infos pratiques

À Lausanne



«M3 - La nouvelle revue de Lausanne»

Dates: Jusqu’au 31 décembre 2018
Supplémentaires du 4 janvier au 2 février 2019
Conception, écriture et mise en scène: Blaise Bersinger, avec la complicité de Sébastien Corthésy, Benjamin Décosterd et Thomas Wiesel

Sur scène: Blaise Bersinger, Simon Romang, Laura Guerrero, Kaya Güner, Florence Annoni, Frédéric Gérard et un invité-surprise

Renseignements: 021 312 97 00

www.theatreboulimie.com


À Servion



«La grande revue improvisée»

Dates: Jusqu’au 9 février 2019
Soirée spéciale Nouvel-An animée par Benjamin Cuche et Sarkis Ohanessian

Direction artistique: Noam Perakis

Sur scène: Sarkis Ohanessian et Benjamin Cuche (présentateurs); Marion Jenec, Florance Wavre, Xavier Alfonso, Julien Opoix, Dorian Sönmez, Julien Sonjon, Fabrice Semedo et Barnabé (improvisateurs); Clarissa Crivelli, Celia Olive, Loren Munoz, Carole Pihen (danseuses); Tyssa, Didier Coenegracht (chanteurs)

Renseignements: 021 903 09 03

www.barnabe.ch

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