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«Je bavarde souvent avec Shakespeare»

Ian McEwan écrit comme au temps où il était taxé de Ian Macabre et revisite «Hamlet». Interview

Brillantissime romancier qui au gré d’une inspiration fantasque, embarque sous les draps d’une nuit de noces, Sur la plage de Chesire, cultive la névrose citadine un Samedi d’apocalypse ou se condamne à une vie d’Expiation pour un mensonge enfantin. Jouer à la charade s’impose ici, tant son dernier roman, Dans une coque de noix, balance au rythme du pentamètre iambique cher à William Shakespeare. Sans respecter à la lettre la versification en cinq pieds, l’accentuation, subtile, induit une dimension excentrique. Entre comédie baroque et satire féroce, le Britannique, 68 ans, se lâche, tel un Monty Python relisant Hamlet, dont il transforme le prince dépressif en fœtus. Dans un Elsinor retapé en bien immobilier convoité, une Lady Macbeth perfide et enceinte, Trudie, trompe son époux, le barde John, avec un Claude scélérat. L’amant impose ses assauts au génial embryon qui suit les actus à la radio, se saoule au Pinot Noir ou à la piquette, hume le temps. Etre ou ne pas être (né), la question demeure. Jouissive.

Shakespeare se tenait-il sur votre épaule durant la conception?

Oh, c’est plutôt moi qui me tenais sur ses épaules! Isaac Newton affirmait qu’il fallait se hisser sur le dos des géants pour envisager l’avenir, et ça vaut pour les tous les artistes, écrivains, peintres, etc. Chacun de nous a une dette de ce genre.

Mais pourquoi le Barde?

Je bavarde souvent mentalement avec Shakespeare, trait très britannique d’ailleurs. Il est partout chez nous, dans nos expressions, modes de pensées même. Il a sculpté le langage quotidien, introduit ses mots, donné une conscience et une humanité. C’est vraiment un intime, pas une icône intimidante.

Jusqu’à partager un ventre?

Exactement. Le procédé peut paraître peu académique, je tends à ne jamais l’être d’ailleurs. Considérer Hamlet de ce point de vue me permettait surtout de mettre de côté les milliards de mots savants écrits à son sujet. J’avais tant envie d’aller vers ce chef-d’œuvre fondateur. Il date de 1601 environ. Pourtant, il m’apparaît comme le premier personnage de fiction jamais inventé!

En quoi vous fascine-t-il?

Je reconnais son gouffre de doutes, et de manière encore plus significatrice, ce sens de la justice très établi en lui, capital quasi génétique. Quiconque écrit sur la trahison ne peut manquer de penser à Hamlet. Même après quatre siècles.

Vous usez aussi de comique paillard, en rappel festif de la popularité qu’a connu Shakespeare de son vivant?

J’imagine que vous faites allusion aux scènes de sexe et d’ivresse. Ce n’était pas tant prémédité, d’ailleurs. Dans le XVIIe s. élisabéthain, les spectateurs cuvaient plutôt du mauvais Sherry, de la bière. Néanmoins, je tenais à ces éléments de comédie qui rendent le héros plus humain, et donnent chair à cette voix dans la nuit, loin du procédé littéraire. En spéculant aussi sur la perception du monde par un fœtus, j’ai joui à fond d’une formidable liberté sur le terrain du thriller dramatique. J’avoue m’être beaucoup amusé.

Vouliez-vous retrouver la liberté du Ian Macabre de votre jeunesse?

Macabre… c’est exagéré. Mais mes derniers romans, plus réalistes, ont exigé des masses de recherches. Ici, je me suis abandonné à l’extravagance, à la sauvagerie même.

Comme un Graal à la Monty Python?

C’est vous qui le dites. Je me contenterai d’humour noir. Je me devais de délirer et parfois, ce fut au point d’angoisser à l’idée d’en perdre mon objectivité. Quand j’écris, je passe par tous les états, du pur plaisir au doute affreux. Ce que je chéris le plus, ce sont ces jours où je me surprends moi-même, quand après deux heures de travail, je suis arrivé à exprimer ce pourquoi j’écris.

Vous avez imaginé Dans une coque… en partie à Paris, durant les attentats de novembre 2015. Cela a-t-il pesé?

J’ai dû m’interrompre, trop choqué pour poursuivre. Cependant, je ne partage pas le pessimisme de mon Hamlet. Je suis persuadé que monde a besoin de nouvelles forces. Surtout à une époque où le populisme gagne partout. Voyez le Brexit, et l’élection de Donald Trump, notamment avec ses manœuvres anti-écologiques, comme Poutine en Russie d’ailleurs. Cette combinaison, historique de triste mémoire, de stupidité, d’ignorance et d’âpreté au gain. Heureusement, j’avais terminé cette histoire de fœtus qui se demande s’il veut naître ou pas!

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