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Le BBL dansera sous le regard du Maître

Pour sa production d’hiver, la compagnie promet une fresque visuelle créée par Marc Hollogne, chantre du Cinéma-Théâtre et ancien assistant de Béjart.

Le cinéaste Marc Hollogne prépare un spectacle nourri d'images et de réel qui mettre les danseurs du BBL sous le regard ravivé de Maurice Béjart.
Le cinéaste Marc Hollogne prépare un spectacle nourri d'images et de réel qui mettre les danseurs du BBL sous le regard ravivé de Maurice Béjart.
DR

Dix ans après la disparition du maître, le Béjart Ballet Lausanne (BBL) ne baisse pas la garde. Alors que Gil Roman et ses danseurs s’apprêtent à faire revivre, dès le 14 juin, les pas imaginés par le célèbre chorégraphe pour sa Flûte enchantée autant féerique que passionnelle, un voile se lève déjà sur la production d’hiver. Pour la première fois, un créateur s’immergera dans l’œuvre de Maurice Béjart afin de tirer d’archives et du matériau chorégraphique un spectacle original, véritable fresque visuelle qui mélangera les danseurs du BBL à des projections cinématographiques. Un projet qui devrait boucler en beauté cette année jubilaire, marquée par les 30 ans de la compagnie lausannoise qui est dirigée, depuis 2007, par Gil Roman, fils spirituel et gardien du répertoire de Béjart.

Aux commandes de cette fresque audacieuse? Marc Hollogne, homme-orchestre et touche-à-tout qui – de la musique à la réalisation, en passant par la mise en scène –, a fusionné ses talents autour de la technique du Cinéma-théâtre, un dispositif avec lequel il marie, sur scène, des artistes en chair et en os à des projections cinématographiques. «Je vais tenter d’honorer l’univers de Maurice Béjart au travers d’un spectacle qui plongera le public dans ce qui pourrait s’appeler l’antichambre de la création, explique-t-il en avant-première à 24 heures. Qu’est-ce que l’inspiration? D’où vient-elle? Comment pénétrer un imaginaire aussi foisonnant, puissant, universel?»

En remontant des ballets du maître, des chorégraphes du monde entier tentent de retrouver son génie. Quand ce ne sont pas des documentaristes qui mènent l’enquête pour percer les mystères d’une œuvre qui a marqué l’histoire de la danse. Marc Hollogne, lui, s’y attellera avec sa poésie et… ses souvenirs. Car, à la fin des années 1980, le Belge a côtoyé de très près Béjart. Les deux artistes se sont rencontrés quand Hollogne jouait les prolongations, à l’Octogone de Pully, avec son spectacle Manoë. Quelques mois plus tard, il deviendra même l’assistant de Béjart sur 1789, le spectacle événement joué à Paris à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française. Durant plus d’une année, le cinéaste a ainsi connu de l’intérieur – et, surtout, caméra au poing – la petite vie de la compagnie et les grands chantiers du chorégraphe. Jusqu’à son dernier assistanat sur Nijinsky, clown de dieu, ultime spectacle de Jorge Donne, danseur star.

«A cette époque, je filmais absolument tout, confie Marc Hollogne. Maurice avait accepté la présence quasi omniprésente et complice de mon objectif. Dans ces images, on perçoit comment les idées fusaient dans son esprit, comment il nourrissait, sans frontières, son travail d’une immense culture afin de saisir l’humain, l’humanité dans sa globalité.»

Confrontations d’extraits filmés, pas de deux qui débuteront sur un écran pour se poursuivre sur scène, voyage à travers les succès du Béjart… En décembre, des trésors issus des archives se retrouveront mêlés à certaines images exclusives signées Hollogne. Remontées et cadrées pour replacer les interprètes sous la direction du maître. Pour rendre hommage, aussi, au travail réalisé par Gil Roman. «Ce que Gil accomplit avec le BBL est invraisemblable. Il fait bien plus que maintenir en vie l’œuvre de Maurice. C’est un véritable second souffle qu’il offre à son répertoire, en lui rendant son esprit original, l’essence des gestes et des mouvements. Sans parler de la finesse et la légèreté pleine d’humour de ses propres créations.»

Une collaboration qui surprend

«Les choses sont encore vagues mais Hollogne veut montrer la compagnie telle qu’elle est, nourrie autant de Maurice Béjart que de nos créations, se réjouit Gil Roman. Notre collaboration surprend certains. Mais j’aime attraper les choses qui passent, j’aime les rencontres et celle-ci avait pas mal d’arguments à son actif. Marc a vu mes ballets, j’ai vu ses images.»

Qui ne connaît pas Marc Hollogne peut aller découvrir, ces jours-ci, son univers original au théâtre 2.21. L’hyperactif y présente sa dernière création, Marciel et le bonheur oblique de la conférence intérieure, une proposition sincère et bien barrée dans laquelle l’artiste dialogue avec son double obscur, s’indigne du mal fait aux femmes, donne la réplique à une série de guest stars tout en cherchant les failles qui traversent notre société. Avec son «projet Béjart» – qui multipliera les écrans et les artistes sur scène – on devrait être assez loin du spectacle joué jusqu’au 10 juin au Vallon. Mais on y retrouvera, c’est sûr, ce sens du détail et cette inventivité un peu folle. A Beaulieu, le public pourra ainsi apprécier le savoir-faire de celui qui brouille comme personne les réalités et affiche, en trente-cinq ans d’activité, 45 spectacles – dont certains ont tourné aux quatre coins du monde.

A travers ce jeu permanent entre 2D et 3D, les grandes heures des compagnies de Béjart s’inviteront à Beaulieu, celles du temps où il réunissait jusqu’à 80 danseurs sous l’égide des Ballets de l’Étoile ou celui du XXe siècle. «J’en suis encore à l’écriture, mais une chose est sûre, une succession d’extraits de ballets ou d’archives n’intéressent ni Gil, ni moi.» Pas question, non plus, d’en appeler aux dernières technologies pour redonner une vie virtuelle à Béjart: «Le ressusciter avec un hologramme serait vulgaire, pense Marc Hollogne. Je fais confiance au charme d’évocation du cinéma pour réussir à refléter le passé.»

Et Marc Hollogne de conclure: «Sans trahir le plaisir des connaisseurs, l’ambition ultime serait que le public de 2017 – celui qui n’a peut-être jamais vu un ballet de Béjart – puisse ressentir le même frisson que celui qui traversait l’audience à la fin des années 1950, quand Maurice révolutionnait la danse contemporaine et rendait populaire une discipline jusqu’à alors réservée à une élite.»

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