BDFIL tient sa revue, Mickey y danse de tout son soûl

Bande dessinéeUn solide cahier prolonge désormais le festival. Ce premier numéro réserve une part de lion à la plus célèbre des souris.

La première planche des nouvelles aventures de Mickey dessinée par le Vaudois Cosey.

La première planche des nouvelles aventures de Mickey dessinée par le Vaudois Cosey. Image: DR

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La Revue Bédéphile court sur près de 300 pages et crépite d’images. Ce numéro un précède et vend le 11e Festival international de bande dessinée de Lausanne (du 10 au 13 septembre). Elle prend du recul aussi, adoubant le 9e art à la pensée savante. Il lui tient à cœur d’inscrire Genève, où Töpffer le créa, et la Suisse dans son environnement planétaire.

Il y est question de patrimoine, de réalités et de nouveautés. Cette publication ambitieuse, qui évoque forcément Les cahiers de la bande dessinée du dernier quart du XXe siècle et 9e Art, la revue du musée d’Angoulême, fait le lien entre le Centre BD de la capitale olympique, le Groupe d’études sur la bande dessinée de son UNIL, les auteurs et le festival. Blutch, invité d’honneur, cette année, ouvre les feux. Mais c’est Mickey Mouse qui dévore un tiers des pages.

Le personnage de Disney s’invite à Lausanne, car l’éditeur Glénat concocte les nouvelles aventures de l’icône aux rondes oreilles. BDFIL dévoilera en primeur les travaux de Cosey, de Régis Loisel, de Tébo et du trio Trondheim-Keramidas-Findakly. La Revue Bédéphile flambe sur le sujet.

Frédéric Maire, de la Cinémathèque, rappelle que la souris a souri sur écran avant de le faire sur papier. Son apparition remonte à Steamboat Willie, tourné en 1928 en noir et blanc. «Pour la première fois, écrit Maire, un personnage de dessin animé parle, siffle, chante. La musique, les bruitages et les effets sonores accompagnent, surlignent, ponctuent l’action. Et comme le personnage parle, c’est Disney en personne qui lui donnera sa voix. Le «cartoon» est né et Mickey devient une star planétaire.»

Mickey perd sa drôlerie

Ub Iwerks lui taille sa première silhouette imprimée en 1930. Deux ans plus tard, l’Italie voit débarquer la publication Topolino et le Journal de Mickey séduit la France dès 1934. Fantasia, le premier long-métrage après 120 films courts, apparaît en 1940. Très vite, Mickey perd sa drôlerie du début et devient rasant. «Dans la famille Disney, je préfère mille fois Donald ou Oncle Picsou», avoue Blutch. Enfant, Poussin le trouvait «comme un rasoir Gillette tellement il était lisse». Pour M.S. Bastian, il est devenu «une sorte d’icône religieuse du néolibéralisme». Toute une palette de «people» liés à la BD, l’art et les sciences se souviennent de leur rencontre avec l’univers de Disney. C’est avec ses personnages que certains ont appris à lire. D’autres ont tremblé lorsqu’ils ont vu la souris en apprenti sorcier dans le film Fantasia.

Une abondante iconographie, de strips en historiettes, permet de comparer les dessins d’Iwerks à ceux de Floyd Gottfredson et de tous les autres croqueurs de Mickey. Les repreneurs d’aujourd’hui dévoilent le futur. Et trente-six artistes suisses ou domiciliés en Suisse accouchent de leur vision du personnage. On passe de la férocité au mépris. On rit. On s’étonne lorsque Barbara Meuli féminise la tribu. On frémit quand Thomas Ott s’en prend à Donald. Côté textes, il revient au journaliste Didier Pasamonik d’évoquer les sombres heures de l’Histoire avec un Mickey dans les camps. Ce petit fascicule a été dessiné, en 1942, par Horst Rosenthal, éliminé dès son arrivée à Auschwitz.

Dominique Radrizzani, directeur de BDFIL, précise les intentions de la nouvelle publication: «A la fois artistique et critique, la Revue Bédéphile s’intéresse aux classiques et aux modernes, aux productions nationale et internationale. S’y découvre la bande dessinée dans tous ses états, depuis le crobard pris sur le vif jusqu’à la planche achevée, depuis ses manifestations les plus populaires jusqu’aux plus confidentielles.»

Un bel hommage au Genevois Pierre Strinati

Pari réussi avec ce copieux numéro qui ne se résume pas à Blutch et Mickey. On y croise même Lévi-Strauss. Si un ou deux textes transpirent l’intellectualisme, l’ensemble est à la portée de tous. Un bel hommage est rendu au travail de pionnier du Genevois Pierre Strinati, dont un article de 1961 poussera Francis Lacassin, Alain Resnais et Pierre Couperie à fonder le Club des bandes dessinées. Moment-clé, il faut le souligner, dans l’histoire de la «bédéphilie». (24 heures)

Créé: 28.08.2015, 23h30

Bédéphile, Revue annuelle
BDFIL et Les Editions Noir sur Blanc, 288 p.
Parution le 3 septembre

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