«Il n’y a que les Belges pour inventer ça»

LittératureRomancier, essayiste, poète, Jean-Baptiste Baronian a défriché son «Dictionnaire amoureux de la Belgique» sur le terrain.

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Jean-Baptiste Baronian avoue qu’il aimerait tant que son Dictionnaire de la Belgique serve un peu d’antidote à l’aura maudite qui plane sur le Plat Pays depuis les attentats du 22 mars. «Comme le Paris est une fête , de Hemingway, que soudain, les gens se sont mis à relire après les drames du 13 novembre.» L’argument pourrait choquer. Mais cet esprit d’à propos qui chez d’autres, semblerait une stratégie commerciale déplacée, trouve ici un écho d’une justesse sensible. «Le Belge entretient un rapport curieux avec la réalité. Il se montre à la fois très pragmatique mais garde toujours une forme d’insolence. Son matérialisme se nuance d’autodérision, et vice versa. Ainsi, cette réalité qui l’enracine comme une terre porteuse de mystère, provoque aussi en lui des envies contestataires de magie, de dépassement par l’imaginaire.»

Coïncidence de l’actualité

Coïncidence de l’actualité, la Belgique a été spécialement scrutée ces dernières semaines. Et souvent, souligne Baronian, les commentaires des observateurs étrangers quant à la spécificité soi-disant locale de quartiers communautaires comme Molenbeek, mériteraient d’être nuancés. «La Belgique, pays de liberté et refuge des francs-tireurs, a accueilli dès le 19e s. les Pierre-Joseph Proudhon, Victor Hugo et autres polémistes. Au nom d’une tolérance sans doute naïve, d’une utopie même, s’est développé un libéralisme extrême. Mais je me garderais néanmoins d’accabler et d’accuser de laxisme nos politiciens. Car c’est dans l’air du temps en Occident d’accueillir l’autre, quelles que soient sa culture ou religion.»

Les pieds enfoncés dans les plages du Nord, le regard tendu vers l’Atomium de l’Expo 58, ce poète lance encore: «En même temps, le jeudi à Molenbeek se tient un marché aux légumes très vivant. A cause des immigrés du Maghreb, de l’ex-Yougoslavie etc.» Baronian insiste encore sur la capacité de résilience, spécialité belge «perceptible dans tous les domaines et fort utile face à une indéniable violence extrême, récurrente».

Intarissable sur les vertus antagonistes qui bataillent sous le crâne de ses valeureux compatriotes, il renâcle à l’idée de réduire la belgitude à une loufoquerie surréaliste. Le pêcheur d’anecdotes développe ainsi l’art de la pataphonie, cette pratique de la musique avec à peu près n’importe quoi. «Il n’y a que les Belges pour inventer ça!» Mais le passionné de Rimbaud sait aussi redescendre parmi les mortels. «Prenez les débats sociaux qui ont agité la France, le mariage pour tous par exemple. Chez nous, en une séance à la Chambre, c’est passé comme une lettre à la poste.» Evidemment, cette efficacité se vérifie surtout dans les périodes où le Royaume a un gouvernement.

Une identité va se forger

Au-delà, l’ouvrage, subjectif plus qu’exhaustif, brasse les surprises moussantes, du tapis vert du billard à la griserie des crevettes grises. Et ceci: «Pendant des décennies, les créateurs belges refusaient de se situer par rapport à un pays qui à leurs yeux, n’existait pas.» L’après-guerre, vers 1950-60, voit se définir une attitude plus détachée, quand les Belges quêtent l’approbation du grand frère français. «Etre refusé par des maisons d’édition parisiennes par exemple, vous valait d’être classé second choix.» Une identité va se forger, parfois même sur le paradoxe. «Une langue chatoyante naît grâce notamment, à la culture flamande. Prenez un type comme l’Anversois Max Elkamp, qui produit des bizarreries syntaxiques et grammaticales, et écrit avec des expressions décalquées du flamand, voire du patois. En fait, il écrit belge, ce qu’il a sous les yeux.»

Créé: 11.04.2016, 08h40

«Une Belgique buissonnière»

Anversois de naissance, Bruxellois d’adoption et Wallon de plume, Jean-Baptiste Baronian, 74 ans, reconnaît que son «Dictionnaire amoureux de la Belgique» finit par tenir de l’autoportrait. «Je n’ai pas établi de quotas quant aux régions linguistiques, j’ai choisi mes entrées en toute liberté. Il m’importait surtout de trouver un équilibre entre figures imposées et sujets plus pointus.» Dans ce registre, il faut ainsi s’initier aux Agathopèdes, cercle de joyeux drilles fondé en 1896, «société de bons pieds» car «amis comme cochons», allusion au pied de cochon. Dans les passages prévisibles, l’auteur ne paresse pas. Il s’attarde ainsi sur «C’est arrivé près de chez vous» plutôt que sur la psyché poelvoordienne, rigole avec Hergé en visite chez le roi Baudouin, ne cède pas à la vulgarisation ou au copié collé Wikipedia. Son style «reporter du petit vingtième» enthousiasme. Qu’il conte la chute à vélo d’un jeune Eddy Merckx, flâne au jardin des 2000 rosiers du graveur Félicien Rops ou s’émerveille de trouver une reproduction du Manneken-Pis lors d’une étape du Tour de Flandres à Grammont, ce Terrien charnel se révèle alors… si belge.

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