Bienvenue au (Culture) Club de Zermatt, où Boy George est devenu grand

CritiqueRevenu de tout, le chanteur de 57 ans a brillé jeudi sous le Cervin, rappelant ce que la nouvelle garde pop doit à son vibrato voilé.

Boy George s'est produit à Zermatt, jeudi soir.

Boy George s'est produit à Zermatt, jeudi soir. Image: Mauro Pinterowitsch

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Qu’attendre de Culture Club sur scène en 2019? La question, qui pouvait déjà se poser en 1983 lorsque le groupe était au sommet de sa force commerciale, flotte quelques secondes en l’air, jeudi sous le chapiteau du centre de Zermatt. Puis s’évapore, souffletée par les larges pans multicolores de l’espèce de manteau que porte Boy George, lui aussi très improbable rescapé du grand n’importe quoi des eighties. «Ici, c’est la paix», affirme-t-il tout en chapeau et en sourire face aux spectateurs assis. Il n’aurait pas goûté aux questions des journalistes, avant le concert. Démago? Peut-être que le chanteur de 57 ans, ex-bête médiatique et proie à scandales judiciaires, se sent réellement lui-même en compagnie de ses huit musiciens, de ses chansons et des fantômes soul et rock - Nina Simone et T. Rex, par exemple, dont il fera les reprises.

Pour l’heure, le collectif strictement acoustique (fait rare) en dehors de la basse de l’originel Mikey Craig lance un épais groove reggae que le Boy embrasse en connaisseur. Dans un son chaud et coloré, «Let Somebody Love you» cajole la salle, l’emporte vers des ambiances bien éloignées du strass pailleté dont souffrent les tubes de Culture Club, produits eighties jusqu’à la caricature. Ils seront d’ailleurs ventilés avec parcimonie, sans effet Best Of, le groupe préférant un tout bien équilibré, assurant dans ses percussions un ronflement confortable et virtuose entre reggae, soul, rock steady et quelques incursions vers des classiques comme «Walk on the Wild Side» de Lou Reed ou «You Can’t Always Get What You Want» des Stones.

Et Boy George? Emporté sur ces pulsations bienveillantes, il laisse flotter sa voix vers les cimes, rappelant à quel point son vibrato voilé fut l’une des plus belles signatures de la pop anglaise (et combien lui doit Sam Smith, pour ne citer que lui). Épais Irlandais riant fort entre les chansons, il devient diva androgyne quand il les interprète. Sans voler la vedette à ses musiciens, il s’amuse de ses propres limites sur l’intro haut perchée de «Do You Really Want To Hurt Me». Le chapiteau était déjà debout dès le deuxième morceau du concert, mais il gronde plus encore sur le tempo de ce hit indémodable. Dosant sa voix comme ses effets, George descend affectueusement de scène pour se promener dans le public, en «boy» devenu grand. Son répertoire solo, moins connu, n’a pas moins de saveur que «Karma Chameleon», qu’il joue d’autant plus volontiers «qu’elle lui a payé quelques maisons.» Et autant de galurins? Chapeau bas, en tout cas.


Zermatt, jusqu’au sa 13 avril
www.zermatt-unplugged.ch

Créé: 12.04.2019, 14h18

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