Bjarke Ingels, l'architecte audacieux et impertinent

ArchitectureDerrière le rêve architectural d’Audemars-Piguet prévu au Brassus, il y a le bureau BIG, créé par le jeune «stararchitecte» danois qui ambitionne de recadrer l’architecture vers plus d’humanité. Portrait.

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Quand Bjarke Ingels et les architectes, ingénieurs ou designers de son collectif BIG – pour Bjarke Ingels Group – doivent rénover une centrale électrique à Copenhague, ils en profitent pour installer une piste de ski sur le toit et un mur de grimpe sur la façade. «Logique», selon eux: le bâtiment se situait dans une zone industrielle déjà détournée par les amateurs de sports extrêmes. Quand les mêmes doivent imaginer un building coincé sur une étroite parcelle triangulaire entre des autoroutes à Vancouver, ils s’amusent à plier les façades pour réussir à offrir à chaque locataire une perspective intéressante. Ou, comme à Kuala Lumpur, à carrément renverser le modèle traditionnel du gratte-ciel (avec sa pyramide sociale) pour limiter la consommation d’air conditionné grâce à une ombre et permettre à un maximum de monde d’habiter les étages lumineux avec vue dégagée.

Un révolutionnaire, Bjarke Ingels? L’architecte danois fait ce que d’autres font. Mais contrairement à beaucoup de ses confrères, celui qui s’est formé chez le Néerlandais Rem Koolhaas et n’affiche que 40 ans au compteur sait le dire. Haut et fort! A coups de conférences TED comme de monographies-manifestes branchées. Et quand certains attendent d’avoir accumulé assez d’expérience pour oser se frotter aux grands noms, le Danois multiplie très tôt les participations à des concours d’envergure. A tel point que son audace, ses gestes créatifs ostentatoires et son sens extrême de la communication en font aujourd’hui, nonobstant le peu de réalisations effectivement terminées, l’un des créateurs les plus en vue. En 2011, le Wall Street Journal l’a d’ailleurs sacré, dans son domaine, innovateur de l’année. Actuellement, le National Building Museum de Washington dédie une grande exposition aux travaux de son bureau, ouvert à Copenhague en 2005 puis à New York cinq ans plus tard.

Il n’y a pas un mois sans que Bjarke Ingels ne fasse parler de lui. La Petite Sirène en voyage à Shanghai lors de la dernière Exposition universelle de 2010, c’était lui. Le futur quartier général sous bulles de Google à la Silicon Valley, toujours lui. La liste des projets en cours de développement impressionne: au Danemark, BIG prépare un zoo sans cage, entre autres nombreuses constructions comme le nouveau musée Lego composé de gros cubes empilés. Aux Etats-Unis, il planche sur une sécurisation de Manhattan contre les inondations avec 16 km de digue composée d’espaces verts. BIG est actif du continent américain à la Chine, de la France aux pays du Nord et, plus près de nous, à la vallée de Joux avec la future Maison des Fondateurs, une spirale de verre et de béton que la manufacture horlogère Audemars-Piguet développe actuellement au Brassus.

L’an dernier, l’«architeco-communiquant» a remporté le premier prix du concours lancé sur invitation. D’ici 2018, 2400 m2 d’espace d’exposition seront dédiés notamment au musée de la marque et à 4 ateliers d’horlogerie traditionnelle, baignés de lumière naturelle. «Notre but en soi n’était pas de créer un bâtiment star avec l’un des architectes les plus en vue. Mais nous avons été impressionnés par la profondeur de l’approche, à la fois respectueuse du bâti historique, en dialogue avec le paysage et d’une modernité stupéfiante!» observe Sebastian Vivas, directeur du Musée et Patrimoine de la marque de luxe.

Développement durable
Pour réaliser le petit bijou du Brassus, les défis techniques et esthétiques seront très nombreux à résoudre, dans un environnement climatique «hostile». Des challenges qui s’annoncent à un tel point stimulants que «le créateur de BIG a décidé de s’investir personnellement» dans cette réalisation. Cette Maison des Fondateurs condense de nombreuses préoccupations de Bjarke Ingels, qui place les questions écologiques et sociales au cœur de son travail. Il défend une architecture utopique et pragmatique «qui se doit d’exploser le cadre normatif actuel» car Ingels en est persuadé: le développement durable stimule la créativité. Et quand on pense bâtiment, il faut penser individu, écologie, ville. «L’architecture ne se produit jamais dans les conditions cliniques d’un laboratoire, rabâche celui qui fustige l’esthétique contemporaine à la recherche de belles façades. L’architecture répond toujours à une série de conditions existantes – le contexte, la culture, le paysage, le climat.» Son credo? Fuir le consensus qui finit inévitablement par affaiblir tout génie.

Créé: 08.03.2015, 10h39

Une architecture qui s'inspire du chaud et du froid

Deux monographies en seulement une décennie d’activités et avec à peine 16 réalisations vraiment terminées! Quatre ans à peine après avoir créé BIG, son collectif d’architectes, de designers
et d’urbanistes, Bjarke Ingels publiait en 2009 Yes is more, l’un des ouvrages d’architecture les plus vendus à ce jour. Dans cette monographie (ce manifeste?) imaginée sous la forme d’une bande dessinée, le Danois se mettait en scène pour présenter, pas après pas, la conception de ses projets et sa philosophie qui en appelle à l’humour. Il y lançait un grand oui à la culture populaire, à l’audace, à la nécessité d’imaginer une architecture susceptible de sublimer les contraintes pour construire une ville meilleure, un monde meilleur, et ne plus voir un building comme une simple unité de stockage de personnes. Aujourd’hui, place au plus classique Hot to cold , an odyssey of architectural adaptation, nourri d’une foison d’illustrations et de commentaires. Dans ce nouveau pavé de 711 pages – publié en anglais chez Taschen et dédié à des objets réalisés (ou non) ces six dernières années –, le «stararchitecte» réclame une révolution de l’architecture, qui se suffirait trop de jolies façades et doit favoriser un développement urbain en phase avec la société. «Ce n’est plus à l’individu de s’adapter au design des buildings mais à ceux-ci de s’ajuster à nos besoins», écrit-il. Pourquoi s’évertuer à remplir les bâtiments d’éclairage et de machinerie afin de chauffer ou de refroidir l’air, quand il suffit de travailler sa forme, son orientation? En explorant les attributs spécifiques de chaque projet, Bjarke Ingels montre comment les concepts et les solutions développés sont toujours définis par leur contexte culturel et climatique, sans crainte d’affronter de face un problème plutôt que de le contourner. Très graphique, ce voyage se réalise comme un périple à travers la planète, des zones les plus chaudes (les pages bordées de rouge) aux plus froides (en bleu). Cette profession de foi consacrée au génie autoproclamé de BIG s’avère ludique et très instructive.

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