Blaise Bersinger, plus question d'être «Mauvaise Langue»

RencontreAprès l’incroyable succès à Boulimie en 2018, «La Nouvelle Revue de Lausanne» s’est installée aux Terreaux vendredi. En maniant l’absurde, l’humoriste de 28 ans a réussi son pari de dépoussiérer le genre.

Image: Florian Cella

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Il en fallait du culot et de la persévérance pour prétendre moderniser le genre de la revue. Blaise Bersinger ne manque ni de l’un ni de l’autre. En janvier, l’humoriste lausannois de 28 ans s’est jeté dans la gueule du loup en osant reprendre l’animation de «Mauvaise Langue» une année après son ami Thomas Wiesel. Le talk-show télévisé satirique de la RTS n’a pas su trouver son public et s’est arrêté l'été dernier.

Sur scène, en revanche, celui dont on entend les frasques absurdes sur les ondes de Couleur 3 cartonne. L’hiver dernier, sa «Nouvelle Revue de Lausanne» a joué les prolongations à Boulimie et attiré plus de 12’000 spectateurs. Depuis vendredi, elle a investi les Terreaux, dans une salle deux fois plus grande et avec Joseph Gorgoni, figure marquante de la Revue de Genève, en invité.

Votre revue 2018 a été un succès. Pari réussi? J’ai un peu envie de dire que je suis au bout de ma vie tellement il y a de boulot et de stress. Mais tout est positif. Récemment, votre journal m’a qualifié de coqueluche de l’humour romand. Ce qui me fait rire et peur en même temps. Tout ça ne tient à pas grand-chose. Oui il y a eu un certain succès. Mais remplir les Terreaux est un nouveau défi. On n’est pas à l’abri d’un flop.

On vous sent craintif. Contrairement à l’année passée, j’ai presque tout écrit et décidé tout seul sur cette nouvelle version. Donc si on se plante, c’est entièrement de ma faute. En même temps je l’ai voulu. Il y a aussi le défi d’écrire pour Joseph Gorgoni. Je dois être à la hauteur de son talent et l’intégrer à mon univers. Mais douter fait parti du job, c’est comme ça que l’on avance. J’ai parfois l’impression d’être un imposteur.

Comme lorsque vous succédiez à Thomas Wiesel à la télé? N’était-ce pas risqué pour se forger une réputation? C’est surtout la chaîne qui a pris un risque. Je me suis retrouvé dans un format qui n’était pas le mien, j’ai dû l’adapter à ma sauce et je suis plutôt content du résultat. Même s’il n’y a pas eu le buzz et le retour public escomptés.

Le mot «revue» pourrait appartenir au passé. Comment se l’approprier et le moderniser? À la base, je voulais déringardiser la revue. À Genève, c’est une institution. Il y a un style, une manière de faire. J’ai voulu montrer que c’était possible de l’adapter différemment, sans le côté «frous-frous et femmes à poil». J’ai voulu enlever l’humour raciste, homophobe ou misogyne pour que cela ressemble d’avantage à ma génération.

Votre plume pourrait perdre de son mordant ou de son côté dérangeant? Effectivement, c’est moins grinçant. Mais mon style ne l’a jamais vraiment été, je ne peux pas dire que je suis un provocateur. Parfois, je joue avec l’outrance et l’extrême, mais à dose homéopathique. Et sans verser dans la vulgarité. Il n’y aura pas de blague de cul, par exemple. Sauf avec Marie-Thérèse. Enfin peut-être, vous verrez si elle est dans le spectacle…

Vous commencez à faire de l’humour engagé? Ce n’est pas parce qu’on fait de l’humour absurde qu’il est forcément bête et vide de sens. Alors oui, je ne suis pas comme Thomas Wiesel à clamer que tous les patrons sont des voleurs, mais j’appartiens quand même à cette génération «Greta Thunberg». On sent par exemple que le spectacle est davantage proplanète qu’anticlimat.

La politique n’a-t-elle pas tendance à tuer l’humour? Il faut savoir marier les deux. Soit on fait une morale parce qu’elle est bonne, soit on en fait aucune parce que c’est drôle qu’il n’y en ait pas. Vous suivez?

Quelle limite vous fixez-vous? Il faut que le spectacle ne blesse personne. Même si parfois j’ai l’impression que ce n’est pas possible. Enfin quoique. J’ai l’audace de penser que j’y arrive. Je n’attaque personne de front. Enfin si, par exemple Joseph Gorgoni joue Jacques Dubochet de manière sénile. Donc s’il vient au spectacle il pourrait éventuellement se sentir blessé. Comme les comédiens amateurs de la Fête des Vignerons en fait…

Vous avouez donc que c’est impossible? Oui, d’accord, c’est compliqué. Mais en tout cas j’ai écrit ce spectacle avec les meilleures intentions possibles.

Trop réfléchir pourrait finir par bloquer l’inspiration… et le rire? J’ai déjà trop réfléchi en répondant à vos questions (rires). Il est vrai que l’humour doit sortir de manière instinctive. Et c’est souvent comme ça que je travaille. Je ne réfléchis pas en écrivant mes premières lignes, je ne me censure pas. C’est à la relecture que je fais attention.

Imposer l’absurde sur la scène romande, en voilà un autre défi… Au début il a fallu convaincre. Quand je débarquais vers des producteurs en disant «j’ai un sketch sur un mec qui a perdu son cul», on ne comprenait pas pourquoi il n’avait pas plutôt perdu ses clefs… Aujourd’hui, le défi c’est d’écrire sur l’actualité avec mon humour. Quand j’écris pour moi tout seul, j’invente des voix. Et ce dialogue intérieur devient absurde. C’est plus difficile à faire à plusieurs.

C’est aussi un atout pour vous démarquer. On pense souvent que j’essaye d’être à contre-courant, mais pas du tout. Je participe aussi aux plateaux d’humoristes et j’adore ça. Seulement, moi je fais des bruits de camions qui reculent. Du coup ça demande souvent un temps d’adaptation au public. Aujourd’hui, cette différence est une force.

Créé: 16.11.2019, 13h19

Infos pratiques

Lausanne, Théâtre des Terreaux
Jusqu'au 15 décembre
www.terreaux.org

En dates

14 janvier 1991 Naissance à Sydney en Australie. Il retourne à Lausanne à l’âge de 6 mois.
1998 Apprend la clarinette en mars. Arrête en mai.
2003 Débute l’impro au Collège de l’Elysée.
2007 Premières chroniques sur «Radio Manloud».
2008 Découvre le reste de Lausanne grâce au métro M2.
2010 Quitte ses études de linguistique et français médiéval à l’Université pour se lancer dans l’humour.
2015 Se fait virer de la radio Rouge FM et décide d’écrire un spectacle.
2016 Intègre l’équipe des «Dicodeurs» de la RTS, joue son premier seul-en-scène absurde «Peinture sur Chevaux 2» à Vevey devant 20 personnes.
2017 Fait des blagues à la matinale de Couleur 3.
2018 Lance la nouvelle revue de Lausanne, co-anime l’émission télé «Mauvaise Langue» avec son ami Thomas Wiesel. Il prendra les rênes l’année d’après.
1er février 2020 Joue son spectacle à la Salle Métropole.
2026 Cuite mémorable. Le FC Lausanne-Sport devient champion suisse en battant Bâle 5-2.

Sur le vif...

Ce qui l’agace
Les gens. Ils sont trop nombreux, ils donnent leur avis sur tout, ils font la queue pour n’importe quoi. Il y a aussi l’acte d’enlever une ceinture sur un pantalon déjà enlevé. Ou les olives. Je déteste ça mais tout le monde a l’air d’adorer ça aux apéros. J’ai l’impression de rater quelque chose.

Son plus gros défaut
Je suis très peu empathique. Et aussi très distrait, mon attention est souvent limitée.

Ce qu'il adore
Le football local. Je suis un grand supporter du Lausanne Sport. La Ligue des champions m’ennuie, il y a trop de fric et trop de gens. Même si je ne dirais pas la même chose si Lausanne y était.

Son hobby en vacances
Ne rien faire et m’ennuyer. Ce que je n’ai jamais l’occasion de faire dans ma vie de tous les jours. Je prends toujours des chaussures de sport. Au cas où. Mais je ne les utilise jamais.

L’objet qu'il emporte sur une île déserte

Un crayon pointu. Comme ça si je m’ennuie je peux dessiner ou écrire des trucs. Et si vraiment je suis au bout je peux me tuer avec. (ndlr: il mime un geste brutal en direction de son nez.)

La personne avec qui il n’irait pas en vacances
C’est cliché de choisir un politicien d’extrême droite? Je ne peux quand même pas m’empêcher de dire L’UDC genevois Yves Nidegger.

Sa chanson sous la douche
Souvent j’imite la basse. Ou je chante du Queen.

Son plaisir coupable
Les saucisses de Vienne. J’en ai dans mon sac pour midi, je n’arrête pas d’y penser. Mais j’essaye de manger moins de viande…

Son plat préféré
Les saucisses de Vienne. Non, en fait, j’en ai parlé récemment avec Yoann Provenzano. Lui, c’est le poulet et le riz. Moi la pizza. On est vraiment nul.

Le personnage de fiction qu'il rêve d’incarner
Spider-Man. Mais je suis déjà trop vieux. Ou bien un méchant de James Bond ou de Harry Potter. (ndlr: il essaye un rire maléfique.) Je suis sûr que je ferais un bon méchant.

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