Bob Sinclar, à nouveau sur la vague

RencontreRoi des tubes de l’été au milieu des années 2000, le DJ parisien revient à ses premières amours de la French house. Et assume sans complexe son image d’ancienne gloire de l’electro.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il a fait danser le monde entier, trusté le sommet des charts, mixé dans les plus grands clubs du monde. Avec David Guetta, Laurent Garnier ou Martin Solveig, Bob Sinclar a fait partie de cette vague de «DJ stars» venus de la French touch, qui ont redéfini, au milieu des années 2000, l’image de l’electro en épousant la pop. Et permis au métier de disc jockey de sortir de l’ombre. Car Bob Sinclar vient du milieu «underground» des clubs parisiens, de ceux qui tournaient du vinyle dans les caves, à coups de samples funk et de beats à faire craquer les semelles.

Sous les lustres du Lausanne Palace en septembre dernier, tard dans la soirée juste avant de faire transpirer le MAD club, le Français de 50 ans apparaît en veston de costard, coiffure peroxydée de surfeur. Sous ses airs de bobo mondain se cache en réalité un profond passionné, un fou des machines.

Quelle est votre histoire avec le MAD?
C’est vingt ans d’amour. Dans les années 90, le MAD était le club de Suisse incontournable, le temple de la French touch et de la disco house. On mixait encore avec des vinyles! Je venais au moins deux fois par an. Alors bien sûr, je me suis fait des amis ici, comme le DJ lausannois Daniel dB, qui est un grand pote avec qui j’ai gardé contact. Ça faisait dix ans que je n’y étais pas revenu, ce sont de vraies retrouvailles.

Comment ont changé les clubs en dix ans?
Ces derniers temps, l’electro était assez dure, agressive et très masculine. J’en ai un peu souffert, parce que ce n’était pas vraiment ce que je proposais. Aujourd’hui il y a un gros retour de la house mélodique et sexy. À Ibiza, il y a un vrai engouement pour les anciens comme moi. Il y a un cycle tous les vingt ans. Avec la French touch et la house des années 90 on a vécu un recyclage du disco funk. Aujourd’hui, on vit un recyclage du recyclage. Et je ne m’en plains pas.

Votre public est-il recyclé lui aussi?
Pour les jeunes qui découvrent le clubbing, l’electro-pop d’il y a dix ans est devenu ringarde et commerciale. Ils préfèrent s’intéresser à la musique plus ancienne, comme on le faisait en utilisant des samples de morceaux disco qu’écoutaient nos parents. Aujourd’hui les clubs me demandent de refaire les mêmes sets underground que je donnais à Paris il y a vingt ans. Et devinez quoi, ça plaît aussi aux cinquantenaires divorcés qui sortent en club et veulent draguer des jeunes, les coquins (rires)! On vit une vraie rencontre de génération.

Ce recyclage n’est-il pas un aveu que le DJ star que vous représentiez est devenu «ringard», en quelque sorte?
Au contraire, ça montre que je ne vieillis pas! Dans la glace je me vois vieillir mais pas dans les clubs. Au milieu des années 2000, j’ai fait partie de cette vague de DJ qui ont percé dans les charts avec des tubes pop. J’en suis très reconnaissant, et cela a permis au métier d’acquérir une forme de reconnaissance. Mais à la base, ce n’est pas ma culture. Je viens du milieu underground de la house, soul ou funk. Et surtout du sample plutôt que de la composition. Donc je retrouve ma place, en quelque sorte. Même si David Guetta, Martin Solveig, DJ Snake et d’autres sont toujours au top aujourd’hui et remplissent les festivals, je pense qu’on arrive gentiment au bout de cette phase de starification des DJ, un peu surévaluée à mon goût.

Les stars d’aujourd’hui, ce sont les rappeurs.
C’est ce qu’écoutent mes enfants, Raphaël (19 ans) et Paloma (15 ans). Ils m’ont fait découvrir les rappeurs francophones Damso et Niska, j’en suis fan. Surtout Damso, je pense que c’est le meilleur dans son genre. Je l’ai rencontré et j’aimerais beaucoup collaborer avec lui. L’autotune a permis au rap de devenir la nouvelle pop, c’est dément!

Votre dernier disque date de 2013. Les albums, c’est fini?
Pas sûr. Mais la musique ne se vend plus et ne rapporte plus d’argent. Par contre, elle s’écoute, se partage, et se danse surtout. Derrière les platines des clubs, j’ai retrouvé ma vocation initiale de «passeur», celui qui découvre de la musique et qui la transmet. Alors quand un gamin vient me voir et me demande de lui apprendre le métier de DJ, je me dis que j’ai réussi quelque chose.

D’autant plus qu’à l’époque où vous avez commencé, DJ était un métier difficile et assez mal vu.
Quand je disais que j’étais DJ, tout le monde pensait que je me droguais, que je buvais, alors que j’ai toujours eu une hygiène de vie saine et sportive. Et puis on était considéré comme des pousses disques, tapis dans l’ombre, que personne ne regardait. J’ai eu quinze ans d’apprentissage et de galère avant d’être reconnu. Mais je faisais ça par passion. C’est ce qui m’a permis de tenir. Quand je me suis lancé, j’étais prêt à ne pas gagner d’argent.

Comment êtes-vous passé de «passeur» à «faiseur» de tubes?
J’ai toujours fait de la musique par hasard, je ne suis pas musicien de formation. Mais au fil du temps, en remixant des titres, j’ai appris à écrire une ligne de basse et à chanter une mélodie. Un jour, je me suis lancé. Avec quatre accords de guitare, un air entraînant sifflé, l’instrumentale de «Love Generation» est né. Puis, à New York, je rencontre le chanteur jamaïcain Gary Pine et je lui propose le titre. Après ce succès, on me propose de passer d’un producteur de musique de club à un producteur de dance pop. Une nouvelle carrière s’est offerte à moi.

Vous pourriez revenir à des morceaux pop?
Ce n’est plus ma priorité, mais oui, bien sûr. Cette année j’ai publié le titre «Electrico Romantico» avec Robbie Williams. Et je prépare un nouveau single pour 2020, «Rising», avec une chanteuse soul américaine. Mais il ne faut pas que ce soit calculé. Je veux continuer à fonctionner au hasard des rencontres.

Créé: 11.01.2020, 12h58

En dates

10 mai 1969
Christophe Le Friant naît à Paris
1986
Fait tourner ses premières platines
1994
Fonde le label «Yellow Productions» avec son ami DJ Yellow.
1998
Rencontre Thomas Bangalter des Daft Punk. Ce dernier cosignera le premier tube de Bob Sinclar, «Gym Tonic», remixé avec la voix de Jane Fonda
2001
Publie le projet «Africanism» qui fait collaborer des DJ français avec des musiciens africains. Quatre autres volumes suivront.
2005
Le tube mondial «Love Generation» est numéro un en Europe et aux États-Unis. Il devient le générique de la cinquième saison de Star Academy. Suivront les cartons «World, Hold On» et «Rock This Party»
2007
Sacré meilleur DJ français aux NRJ Music Awards, il mixe pour l’investiture du président Nicolas Sarkozy
2012
Son neuvième album «Disco Crash» réunit Snoop Dogg, Sean Paul, Sophie Ellis Bextor ou Pitbull.
2019
Publie le single «Electrico Romantico» avec la star Robbie Williams. A.C.

Le tube idéal.....

Sous la douche:
«The Good Life» de Tony Bennett. Je me prends pour un crooner quand je l’entends

Pour un dîner romantique:
«Never As Good As the First Time» de Sade, parce que rien n’est plus beau qu’une première fois.

En faisant du sport:
J’aime bien les mix complets de DJ. Dernièrement, j’ai beaucoup écouté les Martinez Brothers, ils ont un son très groove et dynamique.

Pour un plaisir coupable: «Sara perche ti amo» de Ricchi et Poveri. C’est à la fois joyeux, ringard et absolument génial.

Avant de dormir:
Je n’écoute pas beaucoup de musique dans mon lit. Je préfère les podcasts de comiques, histoire de me détendre après avoir joué en club. J’adore les chroniques de Benjamin Tranier sur Radio Nova. Et Blanche Gardin aussi.

Pour un DJ:
J’aurais rêvé composer «Music Sounds Better With You» de Stardust. C’est le classique des classiques. Je pense que beaucoup de DJ français répondraient la même chose.

À écouter avec ses enfants:
«God’s Plan» de Drake. Ils sont fans et ils ont bien raison. Drake a vraiment amené quelque chose de fou dans le hip-hop, croisé avec des mélodies chantées pop et RnB.

Pour l’été:
En toute modestie, «Love Generation». Mais celui dont je suis le plus fier est «World, Hold On». C’est la parfaite alchimie entre l’émotion dans les harmonies, le gimmick musical et l’intensité des paroles. Elle est toujours d’actualité car elle parle de spiritualité, de transmission et de la protection des générations futures.

Pour un featuring:
«Electrico Romantico» que j’ai composée pour Robbie Williams. Je mixais à une soirée de charité à Los Angeles, lui était à une table et il s’est levé pour venir me voir. Il m’a dit qu’il adorait «World, Hold On» et qu’il cherchait un DJ pour faire un tube dance. Et on l’a fait en toute simplicité. C’était une de mes plus belles rencontres. AC

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 janvier 2020
(Image: Bénédicte) Plus...