Bowie venu des étoiles

DisqueLa lumière noire de «Blackstar» irradie une fin d’année sur tous les fronts pour la plus absente des icônes pop.

Comme pour faire mentir les rumeurs le disant diminué, David Bowie, 68 ans, pose en grand gamin et publie un disque à l’énergie survoltée.

Comme pour faire mentir les rumeurs le disant diminué, David Bowie, 68 ans, pose en grand gamin et publie un disque à l’énergie survoltée.

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Space Oddity l’a découvert, Starman l’a rendu célèbre, Ziggy Stardust n’a pas épuisé toutes les ressources de sa santé mentale. Ce n’est sans doute pas un hasard si David Bowie choisit de revenir à sa bonne étoile: Blackstar fait l’événement discographique de cette fin d’année, annoncé tôt avant sa parution, le 8 janvier prochain, jour où le Britannique fêtera ses 69 ans.

Le lexique spatial sied toujours aussi bien à «l’homme qui venait d’ailleurs», du nom du film qu’il interpréta en 1976. Blackstar (que le coquet orthographie d’une simple ?) a tout de l’astre mystérieux que quelques journalistes ont pu découvrir par avance, en une unique et religieuse écoute à travers le monde. Sous nos climats, le point de chute de la masse sonore a eu lieu au-dessus de Montreux, dans le salon de feu Claude Nobs, chalet où David Bowie promena souvent ses semelles – la dernière fois en 2002, lors de son concert au Jazz. Il n’est pas superflu d’évoquer le cadre: écouter sa musique dans un lieu familier du chanteur rend encore plus palpable l’ambiguïté de son exil volontaire. Rarement absent n’a été aussi présent, et de cette manière.

Car Bowie a été partout cette année, sous toutes les formes. Expo, beau livre, comédie musicale, réédition de son jeune catalogue… En se retirant du cirque musical en 2006, refusant toute interview depuis lors, il savait que son œuvre seule parlerait désormais pour lui. Il se doutait aussi, sans doute, que son effacement rendrait plus spectaculaire chacun de ses gestes. Ce fut le cas il y a deux ans avec l’inespéré The Next Day, succès critique et carton public. Blackstar surprendra plus encore son monde.

La voix de l’ermite s’élève dans la pièce, si familière et peu abîmée par le temps. Le disque débute avec la chanson-titre, déjà disponible via un minifilm adapté à son ambiance (l’ancien mime y apparaît en goule aveugle puis en imprécateur maniaque) et à sa longueur: 9 minutes et 57 secondes! Trois de plus, et iTunes aurait refusé de vendre la chanson en single, ceci expliquant cela. Dans cette odyssée tourmentée en trois parties palpite le cœur et l’âme de l’album. Esotérisme des paroles, singularité du format, virtuosité free et agressive des musiciens. L’adepte des chansons couplet-refrains, que Bowie sut composer mieux que personne, se verra aspirer dans le vide gravitationnel de cet amas stellaire particulièrement inhospitalier.

Curiosité insatiable

L’âge n’a rendu le chanteur que plus désireux de démontrer la vigueur de son insatiable curiosité. Et la puissance de ses muscles. De fait, cinq des sept morceaux de l’album déploient cet appétit pour la rupture et le transgenre. Bowie trouva ses médiums à New York, au fond d’un club de jazz contemporain, selon le producteur Tony Visconti. Un quartette mené par le sax ténor Donny McCaslin, qui colorie chaque morceau et signe le retour de cet instrument dont Bowie (ab)usa durant les eighties. Le batteur Mark Guiliana tient le premier rôle, giflant sa caisse claire en mode épileptique et sur des tempos impairs, en une frappe à la fois sèche et mouillée d’effets électroniques, calant les chansons dans un cadre étrange entre dubstep, hip-hop et jazz. Clavier et basse complètent le tableau, où le leader de LSD Soundsystem apporta quelques touches de peinture.

«Nous écoutions énormément le rap de Kendrick Lamar, raconte Visconti. Nous adorions l’idée qu’il y jette de tout, c’est exactement ce que nous cherchions. Nous voulions faire tout sauf un disque rock’n’roll.» Réussi. Le producteur parle de «dark jazz», à défaut de mieux. L’improvisation est factice, la direction cohérente, le résultat exigeant et parfois éprouvant. Comme dans Tis a Pity she Was a Whore, où la voix haute de Bowie se faufile sous une attaque de grêle avant de se figer dans les guitares glacées de Lazarus, sur un rythme dub. Ce titre compose le second single, dont le clip sort aujourd’hui.

La masse de cette étoile noire se veut surpuissante, sombre, évoquant parfois le metal de Tool ou les désespoirs gelés du Cure de Seventeen Seconds. Les phases de répit se déposent sur des nappes synthétiques aux saveurs eighties, qui ferment le disque dans un semblant de confort.

On ressort plus secoué que véritablement séduit par ce court voyage, si riche en sensations qu’il réclame des écoutes répétées. Rêvant de retrouver un jour la voix de Bowie sur des formats plus souples, on le salue pourtant bien bas d’oser se remettre ainsi en jeu plutôt que de roucouler des standards du jazz à la façon d’un Rod Stewart ou de mimer du rock à la manière des Stones. Ils seront en tournée l’an prochain. David Bowie, lui, sera ailleurs.

«Blackstar» David Bowie Sony Music (sortie le 8 janvier)

Créé: 18.12.2015, 09h55

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