Brigitte Rosset primée pour sa capacité à loucher sur l'humour et le théâtre

L’humoriste et comédienne genevoise reçoit jeudi le titre d’«actrice exceptionnelle» dans le cadre des Prix suisses de théâtre. Rencontre.

Brigitte Rosset présentera son quatrième solo, <i>Tiguidou</i>, vendredi 5 juin à la salle Davel à Cully.

Brigitte Rosset présentera son quatrième solo, Tiguidou, vendredi 5 juin à la salle Davel à Cully. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Boire un café à La Bagatelle avec Brigitte Rosset est assez amusant. Après le rendez-vous, elle nous enverra le SMS suivant: «Pas encore de rôle dans un film X mais le patron de la brasserie voulait donc me dire deux mots: dis donc vous, c’est pas la première fois que vous répondez à un journaliste ici, alors vous pourriez QUAND MÊME mentionner ma brasserie dans votre journal!! Sympas ces Genevois.»

Les habitués de ses chroniques dans Le Matin auront peut-être reconnu l’amorce de son style dialogué qui lui sert à restituer les échanges d’ados se disputant sur Racine et Corneille, le cœur et la raison, mais sans les «putain, man» censuré par le quotidien.

La Bagatelle, c’est fait! Oui, sympas ces Genevois, et Brigitte Rosset en est un bon exemplaire avec l’accent caractéristique, mais avec un tout petit peu plus de retenue que la plupart de ses congénères. C’est que l’actrice de 45 ans n’a pas besoin d’en faire trop: elle vient commenter son titre d’«actrice exceptionnelle» à elle distribué ce soir par les Prix suisses de théâtre à Winterthour.

Moqueries enfantines

«Mes enfants se sont bien foutus de moi, c’est une terminologie étonnante, soupire-t-elle avec malice. Cela veut dire que tout doit être exceptionnel maintenant? J’ai la pression! Enfin, ils utilisent aussi parfois le terme de «meilleure» qui ne veut rien dire à part que je pourrais battre n’importe qui au théâtre dans la rue.»

L’humoriste vient de présenter son quatrième solo, Tiguidou, à la Comédie de Genève – une salle peu accoutumée à ce genre de délires, mais où elle avait peu avant interprété la perfide Régane, l’une des trois filles du roi Lear de Shakespeare…

Même si le grand public la connaît pour son travail comique, elle savoure le privilège de pouvoir passer d’un registre à l’autre. «Le jour où je jouerai enfin Bérénice et que tout le monde éclatera de rire quand j’entrerai en scène…» Elle ne finit pas sa phrase, mais elle n’aimerait pas que le rire prenne toute la place, même s’il en a déjà une très grosse. «Derrière tous les rires – de Funès, Le dîner de cons, Feydeau –, il y a toujours une peau de banane, quelque chose de terrible qui tape là où ça fait mal.»

Mal à l'intime

Chez Brigitte Rosset, le truc qui fait mal passe par l’intime, l’observation de son entourage, de soi. Dans le bistrot, elle s’interrompt pour espionner les reparties d’une tablée de contemporains blanchis par les ans. «Vous avez entendu? Il a dit: «Je suis Macintosh depuis 1979!»

Le plus souvent, la Genevoise se sert chez ses proches et dans ses douleurs, racontant dans son précédent show, Smarties, Kleenex et Canada Dry, comment son chagrin d’amour l’a menée deux semaines dans un asile psychiatrique. La scène comme thérapie? «Ça peut l’être. Le rire, la comédie, c’est prendre de la distance. Au moment de l’écriture, on relativise, on analyse le regard que l’on porte sur le monde.»

Elle assure rester très vigilante quant aux risques d’impudeur. «Je sais ce que je raconte et ce que je ne raconterais pas. Il y a un garde-fou, une ligne que je fais attention de ne pas franchir. Les enfants, je les utilise pour des détails de l’école. Je peux aller jusqu’à parler de l’ex de mon ex-mari, mais il y a des limites.» Quand elle les enfreint, il y a ses partenaires, comme Jean-Luc Barbezat, qui veillent au grain. «T’es en train de la dégommer machine. Si elle existe fais gaffe!» Le public test d’avant la première a son utilité aussi.

Sur le milieu du théâtre, elle s’affirme pourtant tendre, assurant jouer la franchise avec les copines et collègues, se félicitant d’avoir eu la chance de ne rencontrer que des metteurs en scène qui «avaient leurs moments de stress, mais restaient humains». On n’ira pas jusqu’à la croire, mais elle est très crédible. Mieux, elle avoue ne pas maîtriser l’humour de la vanne du stand-up, lui préférant le tissage d’histoires, prenant modèle sur Philippe Cohen ou le grand François Silvant.

«J’arrive à l’âge critique pour les comédiennes, mais, heureusement, je n’ai jamais joué les jolies filles, plutôt les mauvaises, les bonnes ou les moches, donc je pourrai jouer les vieilles ou écrire un spectacle sur comment je suis devenue grand-mère.» Avant ça, elle devrait encore pouvoir profiter de quelques moments exceptionnels comme la création de l’Opéra de quat’sous, de Brecht et Weill, dirigée par un Joan Mompart qui lui avait déjà offert le succès de On ne paie pas, on ne paie pas!, de Dario Fo. En attendant, le cinéma voudrait lui offrir un rôle à contre-emploi… Mais quel emploi? Le rire ou les larmes?

Créé: 28.05.2015, 09h24

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