La brique manquante de Plateforme10 se fait une toile

LausanneLa Fondation Culture du Bâti organise Écrans urbains. Interview de l’architecte Eligio Novello.

L’architecte Eligio Novello, président du comité de pilotage de la Fondation Culture du Bâti (CUB), dans ses bureaux de Vevey, vendredi.

L’architecte Eligio Novello, président du comité de pilotage de la Fondation Culture du Bâti (CUB), dans ses bureaux de Vevey, vendredi. Image: FLORIAN CELLA

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Si la Fondation Culture du Bâti (CUB) est déjà née formellement fin 2016, le chemin est encore long avant d’espérer investir un troisième bâtiment sur le site de Plateforme10 et en constituer, après ceux des Beaux-Arts, de l’Élysée et du Mudac, la quatrième institution sur l’emplacement de l’actuelle tour de contrôle des CFF.

Fédérant 16 partenaires – des Archives de la construction moderne à l’Union des ingénieurs et architectes vaudois en passant par la Fédération vaudoise des entrepreneurs et Patrimoine suisse section vaudoise – la CUB avait célébré sa création en présentant une exposition monographique sur Hannes Meyer et le concept de design collectif.

La fondation passe désormais la deuxième en organisant Écrans urbains, manifestation consacrée aux films sur la ville, le paysage et l’architecture, qui s’ouvre mardi avec la projection de Blade Runner (lire ci-contre). L’occasion d’élargir sa mission en direction du grand public et d’attirer la lumière. Le point avec l’architecte Eligio Novello, président du comité de pilotage de la CUB.

En bientôt une année d’existence, la CUB trouve-t-elle ses marques? Depuis que le groupe de fondateurs a décidé de s’unir, de dialoguer et de partager ses préoccupations, on se demande plutôt pourquoi cela n’a pas été fait avant. Le paysage qui nous entoure est constitué de domaines disjoints, relevant de métiers de plus en plus pluridisciplinaires. La CUB répond à un réel besoin de questionner, de débattre et de tisser des liens entre ces environnements qui évoluent très rapidement. Pour cette raison, nous mettons l’architecture en arrière-plan pour souligner que la culture du bâti, c’est aussi l’ingénierie, le paysage, la formation… Par exemple, le savoir-faire de l’artisan entrepreneur a été relégué au second plan en regard des pratiques du XXe siècle. Ensuite, il y a aussi la volonté de transmettre au public.

Pour combler un déficit démocratique? Notre domaine est souvent perçu comme élitiste et distant par rapport aux attentes du public. Des projets passent des concours, sont soumis à des jurys, à l’appréciation de groupes qualifiés, puis le couperet du peuple tombe, et c’est l’arrêt. Il faut donc mieux expliquer les démarches, informer, et admettre le débat évidemment. On ne peut pas refuser ce dialogue direct, même avant qu’un projet précis ne se dessine. Sinon, il y a sanction. Plus qu’un musée de l’architecture, la CUB veut créer ce lieu de débat qui manque aujourd’hui, s’exposer et prendre des risques dans l’arène publique et politique pour que public et professionnels puissent mieux se comprendre.

La perspective de s’installer à Plateforme10 a affermi les volontés? En constituant une fondation, notre but était d’en faire une institution. À partir du moment où le politique a admis qu’une place était possible aux côtés de trois des principales institutions muséales de Lausanne et du canton, notre ambition s’est renforcée. À terme, notre objectif est de développer une institution semblable, en renommée et en importance, au pavillon de l’Arsenal à Paris.

Sur le site, la CUB occuperait la place de la tour de contrôle des CFF. Il y a encore des obstacles à lever? Dans la planification, nous devons être optimistes. Tous nos projets commencent par une page blanche! Celui de la CUB devient tangible: un concours d’idées fort d’un crédit de 100 000 francs va être lancé pour réfléchir à l’affectation de ce bâtiment à l’entrée du site. Tout est possible, d’ici à 2023 au plus tôt. Cela va de l’aménagement du bâtiment à sa reconstruction. Il faudra aussi trouver des fonds! Au cœur de la réflexion, il y a le fonctionnement de la CUB, qui servira aussi à présenter des projets au public, à éclairer l’actualité, à lier le local et le global, afin d’éviter les crispations.

La CUB intervient à un moment où Lausanne aborde de nouveaux défis dans son développement? La question de la densification est toujours très sensible, en particulier quand il s’agit de tours – pensez à la tour Taoua –, dans le contexte d’une topographie complexe. Des ensembles de tours sont souvent mieux acceptés que lorsqu’il s’agit d’en construire une seule. La densification ne s’optimise pourtant pas seulement par la verticalité, mais aussi par des compléments du tissu urbain. À Lausanne, le débat s’est focalisé sur des parcelles urbaines, comme le sud-ouest ou le Flon. Une vision plus globale et coordonnée est à dégager. Le non-bâti, le paysage doivent aussi être questionnés à l’échelle de l’agglomération.

À terme, le bâtiment de la CUB abriterait-il aussi ses partenaires? Personnellement, j’opterais pour un rapprochement de certains partenaires à Plateforme10. Mais cette décision doit être engagée par les principaux intéressés. Chacun garderait son identité, recourrait aux infrastructures mutualisées des institutions voisines et profiterait de cette formidable vitrine. Cela demande une réflexion de fond que Genève a faite pour les métiers de la planification, mais que Vaud n’a pas encore entamée. (24 heures)

Créé: 24.02.2018, 14h38

Manifestation




Écrans urbains déploie un éventail de films pour mieux débattre de la ville



L’architecture a ses passionnés, mais sont-ils cinéphiles? Peu importe, la Fondation Culture du Bâti cherche justement à élargir une audience préoccupée de changements urbains. Avec Écrans urbains, sorte de festival de cinéma à édition unique, la jeune fondation promise à Plateforme10 propose, à Lausanne, un voyage autour du monde des villes au gré de projections à suivre dans les différentes salles de la Cinémathèque, du Zinéma, du Forum d’architectures et du Théâtre de Vidy.





Si le film d’ouverture, «Blade Runner» (ma 27 fév., 19 h, Capitole, photo ci-dessus), et sa mégapole anxiogène, fait partie des classiques de la S.-F., la soirée de clôture fait la part belle à l’expérimental avec «Koyaanisqatsi» (sa 3 mars, 20 h, Vidy, entrée libre), documentaire de 1982 sur les alarmes écologiques doublé d’une performance sonore de Groupe RadioMentale. Entre ces deux pôles, la programmation se montre exigeante en incorporant de nombreuses premières suisses et plusieurs rencontres avec les réalisateurs. De Las Vegas («Las Vegas Meditation») à Pékin («Beijing Stories») en passant par Berlin («City for Sale») ou Istanbul («My Fathers’Wings»), le voyage passe par de grandes métropoles, mais aussi par des problématiques insolites, comme la situation économique de la brique espagnole («Bricks») ou des figures de grands architectes, comme Rem Koolhaas vu par son propre fils («Rem»).

Le bâti et le paysage ne sont pas toujours centraux dans ces réalisations, mais une présence même périphérique en dit parfois beaucoup. Une occasion inespérée de multiplier les regards sur la ville, ses environs et ses péripéties sociales. Même les enfants sont les bienvenus dans cette offre assez pointue avec «Le petit fugitif» (me 28 fév., 14 h, Paderewski), suivi d’un atelier d’animation.

Lausanne, divers lieux
Du ma 27 février au di 4 mars
Rens.: 021 614 06 66
www.fondationcub.ch

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