Passer au contenu principal

Les Brizzi swinguent avec Boris Vian

Après avoir exploré Céline, les jumeaux surdoués s’entichent d’un galopin de Saint-Germain-des-Prés. De quoi passer «Un automne à Pékin» mais pas en Chine.

Champions du film d’animation, les Brizzi se royaument dans le roman graphique. Avec La cavale du Dr Destouche, les jumeaux surdoués matérialisaient les sombres errances de Céline. Le «delirium tremens» ne s’arrange pas avec Un automne à Pékin, joyeuse dérive dans l’imaginaire de Boris Vian. «On pourrait croire que rien ne rapproche ces écrivains. Pas d’accord! Déboutés par l’intelligentsia de leur époque, ils en gardent une rancune tenace. Leurs épouses respectives sont des danseuses classiques. Les deux sont des empêcheurs de tourner en rond. Des «trouble makers» diraient les Américains.»

Gaëtan Brizzi habite seul, dans le XVIIe arrondissement de Paris, mais il travaille en osmose avec son jumeau Paul, basé à Altadena, Los Angeles, avec femme, enfants et petits-enfants. «Nous élaborons ensemble l’adaptation, le scénario. Des dialogues seront ajoutés, une fois les protagonistes posés en situation, en fonction de leur personnalité. Nous nous partageons les séquences et enfin, au moment de l’exécution des dessins définitifs, Paul prend les personnages, je m’occupe des décors.» Ce savant «jeu de passe-passe» à travers les continents, vise «une homogénéité parfaite autant que faire se peut» et relève du secret de famille.

«Notre parcours, souvent délocalisé, n’appartient qu’à nous, guidés par la seule intuition, l’ambition de qualité.»

Céline, et aujourd’hui Boris Vian, ces chers «fouteurs de m…», ont beaucoup fait voyager les frangins. «Notre parcours, souvent délocalisé, n’appartient qu’à nous, guidés par la seule intuition, l’ambition de qualité.» Les icônes du siècle passent entre leurs mains, pirouettes d’Astérix ou clips de Mick Jagger, facéties de Winnie ou rêves de Moby Dick. Quitte à provoquer de cruelles déceptions à la hauteur de la baleine de Melville. «Ce sujet nous tenait à cœur, nous avons produit un travail phénoménal avec une foi sans réserve avant de l’abandonner.» En faire une BD? «Non! Il faut de la musique, des voix, du bruit, des effets spéciaux!»

Pour s’aventurer chez Vian, il suffit juste de garder un esprit souple, tant le galopin de Saint-Germain-des-Prés invite à une gymnastique artistique et spirituelle. Dans Un automne à Pékin, qui ne se situe ni en automne ni à Pékin, l’adepte du mot-valise, calé en intrigue policière sous le pseudo de Vernon Sullivan, se révèle acquis à un comique absurde aussi grinçant que les sables de l’Exopotamie. De quoi gripper les rouages de la compréhension face à la grande machine de l’Eternel. Pas pour les frères Brizzi.

Libre de contraintes financières

Il y a 5 ans, ils projetaient d’en tirer un long-métrage d’animation. «Trop typé français, pas assez grand public, le film n’a pu être financé. Comme notre Céline avait eu du succès, nous avons repensé une BD.» Loin d’un compromis faiblard, la réalisation étincelle. «En fait, les trente-neuf premières pages sont purement et simplement le story-board de départ. Profondeur de champs, éclairage, ellipses et raccords de plans caractérisent notre style d’image.»

Libérée des contraintes financières, la mise en scène autorise les folies suggérées par l’auteur, ces trous d’air narratifs incongrus, sauts dans l’espace et autres «parachutages» fantaisistes de la logique. «L’œuvre, dense, est multidirectionnelle», ajoute Gaëtan Brizzi. La réédition chez Pauvert prouve d’ailleurs une multitude allumée de niveaux de lecture qui clignotent sans cesse. «Notre souci premier a été de trier, ramener un peu de rationnel pour ne pas lasser le lecteur de cette construction délirante. Le but était de rendre cette histoire crédible.» Et d’ironiser: «Finalement, voyez! Un automne à Pékin, ce n’était pas si inadaptable que ça!»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.