La Bâtie, 40 ans et toutes ses dents

Festival A l’image du dentifrice tricolore qu’il s’est choisi pour logo, le rendez-vous culturel de septembre amalgame les genres.

Le metteur en scène syrien Omar Abusaada raconte le coma dans lequel son pays est plongé dans "Alors que j'attendais".


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Alors que les jubilés ont partout la cote, La Bâtie – Festival de Genève n’a prévu ni publication fastueuse, ni feux d’artifice, ni bamboula particulière pour célébrer ses 40 ans. «Je n’aime pas spécialement les commémorations, a déclaré mardi sa directrice, Alya Stürenburg Rossi, lors de la conférence de presse qu’elle donnait avec son programmateur musical Philippe Pellaud à la Bibliothèque de la Cité. Pour le Festival, l’heure est à l’avancée plutôt qu’à la rétrospection.»

Parmi les nouveautés qui incitent à aller de l’avant, on relève notamment que La Bâtie d’âge mûr renonce à classer ses spectacles par disciplines. «On avait des cases, elles n’étaient pas bonnes, on les a abandonnées au profit de l’hybride!» Si le marquage par couleurs vous aidait par le passé à vous orienter dans le programme entre musique, danse et théâtre, tous trois s’imbriquent donc désormais, comme les vertus trois-en-un d’un dentifrice contemporain!

Shéhérazade pour muse

Pour cette édition dominée par la figure tutélaire de Shéhérazade, pas question que le festival se détourne des thématiques dans l’air du temps. La Syrie (avec Alors que j’attendais d’Omar Abusaada), les attentats terroristes (avec la Danse de nuit donnée en première mondiale par Boris Charmatz), les nouvelles technologies (via le casque audio distribué aux participants du Remote Libellules du collectif Rimini Protokoll), les réfugiés (du chorégraphe burkinabé Salia Sanou dans Du désir d’horizon) ou la pédophilie (quand le Five Easy Pieces de Milo Rau fait parler des enfants belges sur l’affaire Dutroux), tous auront droit de cité. Qu’ils soient abordés par le biais de la parole, du geste ou de l’instrument – y compris les différentes combinaisons possibles des trois. Le principal, comme pour l’héroïne des Mille et une nuits, consistant surtout à changer le cours des choses. Pour rappel, la jeune épouse du sultan Shahryar échappait chaque matin à la mort promise en le tenant en haleine grâce à ses contes à dormir debout. A la fois «victime de la cruauté et icône du courage» – selon les termes d’Alya Stürenburg –, Shéhérazade devrait étendre ses dons à La Bâtie, et maintenir Genève éveillée nuit après nuit, même par des récits horrifiants.

John Adams pour parrain

Autre parrain pour l’édition qui s’annonce, le compositeur John Adams, invité d’honneur. Autour de ce chef de file de la musique minimaliste américaine (avec Steve Reich et Philip Glass) s’articuleront plusieurs propositions transdisciplinaires – film, danse, remix electro comme concerts. Même Toshiki Okada, qui nous revient avec Time’s Journey Through a Room, mêlera les genres en sondant un Japon post-Fukushima. Tandis que le Belge Alain Platel tressera dans Nicht schlafen les Lieder de Mahler, la virtuosité de ses danseurs et les sculptures de la plasticienne Berlinde De Bruyckere…

Les puristes amateurs de pâte dentifrice monochrome ne seront pas floués pour autant. Le chorégraphe Guilherme Botelho présentera sans ambages une étude dansée du lien avec autrui, Islands. La Belge Lisbeth Gruwetz explorera la réaction primale de la peur par le seul mouvement du corps dans We’re pretty fuckin’far from okay. Et le duo genevois formé de Laurence Yadi et Nicolas Cantillon poursuivra sa transe dans le style «fuittfuitt» avec Shooting Stars. Quant au théâtre stricto sensu, c’est du cinéaste chilien Pablo Larraín qu’on recevra une gifle textuelle avec Acceso, le terrible récit d’une enfance en marge de la société. Pour le reste, à 40 ans, on abat les cloisons.

Créé: 14.06.2016, 21h46

Pratique

La Bâtie – Festival de Genève Du 2 au 17 septembre, prog. et billetterie sur www.batie.ch

Cat Power, Beak > & Cie


Pour sa 40e édition, La Bâtie met les petits plats dans les grands, côté musique. Et le menu des concerts de prendre une allure plus événementielle que d’ordinaire. Quatre rendez-vous majeurs sortent du lot cette année. A commencer par John Adams, à la baguette de l’Orchestre de la Suisse romande dans un programme dédié aux propres œuvres du compositeur nord-américain, notamment son Shaker Loops, partition fameuse du minimalisme. A suivre au Victoria Hall, vendredi 2 septembre. Parmi les têtes d’affiche réunies par le programmateur de La Bâtie Philippe Pellaud, on compte également sur la venue de Cat Power, chanteuse folk oscillant entre noirceur d’âme et lumineuse embellie du cœur, lundi 5 septembre à l’Alhambra. Ainsi que la spectaculaire Peaches, chanteuse originaire du Canada, trublion scénique mêlant références électroniques, pop, punk et cabaret. Pour l’admirer, il faudra se rendre à Lausanne, aux Docks, vendredi 9 septembre. Avec Cat Power et Peaches, le public retrouvera ainsi deux artistes précieuses, vues dans le cadre de cet autre grand festival local qu’est Antigel, respectivement en 2012 et 2013. Mais s’il y a un groupe en particulier qui attirera l’attention, celle des connaisseurs en tout cas, il s’agit de Beak >, formation électrique d’avant-garde parmi les projets parallèles du leader de Portishead, Geoff Barrow. Rendez-vous est pris mardi 6 septembre dans la toute petite, toute cosy salle de la Cave 12.


Les chansons à (dé)boire de Miossec, le rock acidulé de Fat White Family, ainsi que Tahiti 80 pour la pop complètent une affiche résolument éclectique. Avec, côté Genevois, Contrechamps, Eklekto, POL et Aisha Devi. Entre autres.


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