«C’est un musée pour exposer de l’art, pas le talent des architectes»

MCBAExpert en architecture mondialement reconnu, Philip Jodidio signe l'ouvrage sur la réalisation du MCBA. Interview.

D'origine américaine, Philip Jodidio s'est établi en Suisse en 2005. Il vit désormais à Lausanne.

D'origine américaine, Philip Jodidio s'est établi en Suisse en 2005. Il vit désormais à Lausanne. Image: VANESSA CARDOSO

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En Suisse depuis 2005, d’abord à Grimentz avant de revenir à la plus urbaine Lausanne, l’Américain Philip Jodidio aligne depuis de longues années dans sa bibliographie, et avec une avidité impressionnante, les grands noms de l’architecture contemporaine.

Tadao Ando, Renzo Piano, Jean Nouvel, Shigeru Ban, Oscar Niemeyer, Zaha Hadid… Il travaille en ce moment sur l’œuvre de Sir Norman Foster et vient de publier «Musée cantonal des beaux-arts Lausanne». Un ouvrage qui accompagne le projet de nouveau musée tout en remontant à l’origine de l’institution et en donnant la parole aux différents acteurs de Plateforme 10.

Qu’est-ce qui vous a amené à proposer ce livre?
J’ai trouvé intéressant qu’une ville comme Lausanne, qui n’est pas une grande ville, s’offre un, deux, trois musées (voire plus) sur un seul emplacement. Et comme je vis à deux pas, il y a environ deux ans, je me suis inquiété de savoir si une publication autour de cette réalisation était envisagée. La voilà! Éditée par les New-Yorkais Rizzoli Electa – l’ambition était d’avoir une distribution internationale. De leur côté, ils avaient envie de faire quelque chose en Suisse et ils ont été intéressés par le fait que ce soit un nouveau musée avec un élément d’architecture contemporaine. Un élément, peut-être un peu inattendu pour ne pas dire austère, mais que l’on finit par bien aimer.

Vous parlez de votre cheminement?
Au départ, ce qui se tramait me semblait un peu dur. Mais le bâtiment fini vit bien, il vit sa vie avec ses briques grises qui évoluent sous la lumière changeante du ciel lausannois. J’ai également compris que conserver la façade sud aveugle était davantage une nécessité sécuritaire qu’une volonté architecturale. Avec ses salles flexibles, sa belle lumière zénithale, c’est un musée pour exposer de l’art, pas pour exposer le talent des architectes. À Bilbao, Frank Gehry s’est fait plaisir! Un peu moins à la Fondation Vuitton, Bernard Arnault s’est assuré que cela soit aussi un musée. Mais tout dépend: à Abu Dhabi (Louvre) comme à Doha (Musée national), Jean Nouvel était avec des clients recherchant ce geste! Ici, le client, c’est l’État. On dit que Zaha Hadid a été écartée du concours – et je sais que c’est vrai – pour des raisons d’extravagances sur le plan formel et financier. Barozzi & Veiga appartiennent aussi à une autre génération d’architectes.

Celle qui ne se reconnaît plus forcément dans le geste architectural spectaculaire?
À Lausanne, l’ambition était clairement de faire de l’anti-Bilbao et en interrogeant l’ensemble des acteurs pour le livre, j’ai pu constater une communauté d’esprit autour du projet. Ce qui n’est pas souvent le cas! Le résultat s’en ressent, cohérent et en phase avec son époque. On est dans une certaine affirmation de l’austérité, l’ambiance générale impactant également l’architecture.

Un public se déplace sur les routes des architectures marquantes. Viendra-t-il à Lausanne?
Je l’espère. D’autant qu’il y a aussi le site de l’EPFL.

Créé: 05.10.2019, 11h55

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Le musée à travers l'oeil des photographes


C’est la première image que j’ai prise du musée, de manière purement instinctive, juste avant la conférence de presse de l’inauguration. Je l’apparente à une forme de «street photography», avec des correspondances entre formes et couleurs. C’est tout simplement un instant fugace. Je porte aussi un regard ironique sur l’environnement du MCBA, en détournant l’attention ailleurs. Même si cette image peut apparaître comme une critique de la massivité du bâtiment, je trouve celui-ci très beau, avec sa surface de briques, son côté postindustriel, ses volumes…
Florian Cella, photographe «24 heures», 46 ans, «Sans titre»



Je me suis baladé dans le MCBA lors des journées portes ouvertes, avec mon iPhone. Soudain, les perspectives et les personnages me sont apparus étranges. Les plus belles photos apparaissent par surprise. «Ce n’est pas moi qui prends les photos, ce sont elles qui me prennent», disait le photographe Lartigue. J’y vois aussi du théâtre improvisé, avec des acteurs saisis dans l’instant, sans savoir qu’ils jouent. Si de l’extérieur le bâtiment m’indiffère, l’intérieur, avec la ville présente à travers les vitres, me fascine.
Philippe Pache, 58 ans, lauréat du concours «Architectures à aimer», du Groupe Bernard Nicod,
«Plateforme 10»



Travailler avec un objet architectural aussi puissant donne énormément de possibilités au niveau des reliefs et des lumières. J’ai voulu ici m’éloigner de la représentation ordinaire d’un musée. Et la nuit est idéale pour cela, car il faut tout redécouper grâce à l’éclairage artificiel. C’est très ludique de transfigurer l’espace, pour donner un autre impact formel et plastique. Pendant toute la construction, j’ai aussi voulu témoigner de la rationalité et du chaos qui se côtoient. Ce bâtiment est magnifique. Et ce qui me fait sourire, c’est que je le trouve à l’image de notre mentalité protestante.
Matthieu Gafsou, 38 ans, «Sans titre»



Invitée à réaliser la documentation artistique du chantier durant trois ans, j’ai tout de suite éloigné l’idée de photographies d’architecture traditionnelles. Celles que j’ai faites m’ont plutôt renvoyée au musée à venir, comme des invitations à rêver le bâtiment. À la même époque, j’ai eu un enfant. Avec Éric Vautrin (ndlr: son compagnon), nous avons alors imaginé des diptyques, qui mettent en résonance la naissance du musée et la vie qui va, notre enfant mais aussi les réalités autour de nous. Avec la question du legs fait aux générations suivantes. Une interrogation présente au moment du chantier.
Loan Nguyen, 42 ans, «Des fleurs à Malley, printemps 2018»

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