«C’est un show entre théâtre et concert de rock»

EvénementLe Blue Man Group débarque en janvier à Lausanne. Interview lors de leur escale à Zurich.

Pendant une heure et demie, les Blue Men déploient une énergie folle. Le show éclabousse les premiers rangs, surnommés «splash zone».

Pendant une heure et demie, les Blue Men déploient une énergie folle. Le show éclabousse les premiers rangs, surnommés «splash zone». Image: DR

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Trois humanoïdes peinturlurés d’indigo déboulent sur scène dans un fracas de percussions aux résonances tribales. Dans la salle zurichoise du Theater 11, en ce soir d’octobre, les fauteuils trémulent. Les spectateurs des premiers rangs (la «splash zone») ont enfilé des pèlerines non sans une certaine appréhension. Le show du Blue Man Group est du pur entertainment à l’américaine: ça éclabousse, ça exulte et ça en jette. Ce phénomène mondial, né en 1991 de l’imaginaire d’un trio de potes new-yorkais (lire encadré), fera escale au Théâtre de Beaulieu, à Lausanne, du 10 au 21 janvier 2018.

Sur scène, ils déploient une énergie folle, écarquillent leurs orbites, vous déstabilisent par leur regard perçant qui cherche constamment le vôtre. Ils vous embarquent tantôt dans une fantaisie d’espièglerie en se goinfrant de marshmallows, tantôt dans un concert à la Stomp où rugissent d’improbables instruments inventés et bricolés dans un atelier new-yorkais. En somme, de grands gamins qui s’amusent. Avec le public, surtout, qui en prend pour son grade. On ne vous en dira pas plus…

En coulisses, les trois Blue Men du soir (ils sont quatre à assurer un tournus pour cette tournée mondiale) sont décontractés et farceurs. Méconnaissables. Une photo? C’est niet. Histoire de cultiver le mystère… Mais Joe Woolmer, Barney Haas et Thom Rackett ont accepté de se prêter au jeu de l’interview quelques minutes avant de se glisser dans la peau de leurs Blue Men.

Comment décririez-vous le show du Blue Man Group?

Joe Woolmer: Drôle. Il y a beaucoup de comédie, de comédie physique.
Thom Rackett: C’est quelque chose entre le spectacle de théâtre et le concert de rock!
Barney Haas: Ça parle à vos sens. Il y a une musique puissante, notamment grâce au groupe des musiciens qui joue derrière nous. C’est très tribal. On essaie de rendre le son visuel, par exemple en utilisant de la peinture avec les percussions. C’est un délice visuel.

Qui sont les Blue Men?

B.H.: Parfois on nous compare à des aliens, venus d’une autre planète. Mais c’est plutôt un être que nous avons à l’intérieur de nous. Cette partie de nous qui veut jouer, s’exprimer, interagir et se connecter aux autres.
J.W.: C’est un être innocent, un peu comme un enfant qui s’émerveille. Il n’émet pas de jugement et n’a pas d’idées préconçues.
T.R.: Chacun des Blue Men est différent. On apporte nos caractéristiques individuelles aux personnages.

Quelle est votre principale caractéristique à vous, Thomas?

T.R. Hum c’est une question difficile… (rires).
J.W. Peut-être que je peux le décrire. Thom est un performeur très physique, il est très fort. Et il est en contact avec le côté sombre du personnage. Je ne l’ai jamais vu rire sur scène, alors que Barney et moi, il nous arrive souvent de rigoler pendant le show.
B.H. Oui, nous sommes un peu des filous. Mais chacun de nous doit pouvoir interpréter les trois personnages Blue Man, qui ont des personnalités différentes. La façon dont on va influencer le show va être différente selon que l’on incarne celui de gauche, celui du centre ou celui de droite.

Comment faites vous évoluer vos personnages de show en show?

J.W. Si vous essayez d’être le Blue Man parfait, c’est impossible. Il faut apprendre à composer avec les choses qui se passent sur scène, notamment les imprévus.
T.R. On ne peut pas toujours planifier ce qu’on va apporter au personnage. Parfois, on prend quelque chose de notre personnalité, et on l’amène sur scène.

Vous ne parlez pas dans le spectacle. Comment interagissez-vous entre vous et avec le public?

J.W. En nous regardant et en fixant les spectateurs droit dans les yeux. L’aspect le plus important du spectacle est la connexion. Entre nous bien sûr, mais on cherche aussi à ce que le public se connecte aux Blue Men. La fin du spectacle est une grande célébration.
B.H. La musique fait partie du langage des Blue Men. On communique à travers les instruments et les sons.
J.W. On veut apporter cette connexion et ce langage dans chaque pays. C’est drôle de remarquer que les Blue Men ont un effet similaire sur tous les publics qu’on rencontre durant la tournée mondiale.
B.H. C’est une belle expérience pour nous que d’être en tournée mondiale et de voir comment tous ces différents publics apprécient le show. Le spectacle est universel, il peut toucher tous les groupes d’âges et les gens de cultures très différentes. On essaie aussi d’apporter sur scène un peu de musique locale de chaque lieu où on va jouer, car les Blue Men essaient de se connecter au public individuellement.

Vous avez essayé le yodel pour la Suisse?

B.H. (Rires). Non, parce que les Blue Men ne chantent pas. Mais si vous avez une suggestion pour Lausanne…

Quelles sont vos influences? Cinéma, littérature, musique…

B.H. En fait, il est difficile de dire ce qui ne nous influence pas! On apporte tout dans le show. Nos vies personnelles, évidemment. Un nouveau groupe ou quelque chose qui nous fascine peut avoir un impact sur notre façon de jouer des percussions, un film inspirant peut influencer notre interaction avec les autres membres du groupe.
T.R. Lors de nos voyages dans des pays très différents, on absorbe les ambiances. Ça a une grande influence sur nos performances.
J.W. C’est le cas avec la Suisse. On a pu s’imprégner de la beauté des paysages, de la nature.

Après le show, vous êtes toujours des Blue Men?

T.R. C’est tellement intense, il faut du temps pour que l’adrénaline retombe et pour quitter le personnage… Pendant le spectacle, le maquillage bleu fait ressortir nos yeux et on essaie de regarder tout le monde dans le public. Il m’est arrivé, après une représentation, de regarder les gens de la même manière et de me dire «Ah non, je ne suis plus en bleu. Ça, c’est mon Blue Man, ce n’est pas Thom» (rires).

Quelle est la caractéristique d’un bon Blue Man? B.H. Être absolument présent sur le moment, peu importe ce qui se passe, malgré tout ce qui peut mal se dérouler pendant le show.
J.W. Il faut être ouvert d’esprit et honnête, se sentir comme faisant partie d’une équipe. On ne peut pas avoir un ego trop fort!
T.R. On dit «tous pour un!» comme les trois mousquetaires.


Lausanne, Théâtre de Beaulieu
Du 10 au 21 janvier 2018
Rens. 022 365 11 60
www.opus-one.ch
www.blueman.com

Créé: 09.12.2017, 11h26

«Il y a du maquillage partout!»

Après une séance de soundcheck tonitruante, nos trois Blue Men regagnent leur loge pour opérer leur métamorphose.



Peter Gibbon, le manager de la tournée – qui se décrit comme une «figure paternelle» –, profite de ces instants de répit pour nous emmener en coulisses. Derrière la scène, une intrigante petite étagère, équipée d’un miroir où l’on a fixé des photos souvenirs. Peter Gibbon sourit: C’est là que le trio se remaquille pendant le show. «Le maquillage est humide. C’est comme avoir du rouge à lèvres bleu sur la tête! Ils doivent se nettoyer le visage pendant le spectacle. Cela demande beaucoup d’entretien. Du coup, il y a de la peinture bleue partout, sur la scène et en coulisses.» Non contents d’être grimés d’indigo, les artistes portent une prothèse en plastique sur le crâne. Car les Blue Men ont beau être de grands gamins, ils n’ont pas un poil sur le caillou. «Ils n’entendent rien avec les prothèses! Quand ils parlent, ils parlent très fort.»



Tout est rodé. Le matériel (transporté dans sept camions) est impeccablement rangé à l’arrière-scène. Les régisseurs sont prêts à dégainer leur éventail de lumières bigarrées. Le public n’a plus qu’à entrer. Et se laisser entraîner dans cette fête perpétuelle et euphorique lancée en 1991 par Chris Wink, Phil Stanton et Matt Goldman, les trois amis new-yorkais à l’origine de ce phénomène planétaire. En plus de vingt-cinq ans, le spectacle a été vu par 35 millions de personnes dans vingt pays différents. Véritable machine de divertissement, le Blue Man Group évolue aujourd’hui dans huit productions permanentes: à New York, Las Vegas, Boston, Chicago, Orlando, Berlin, et bien sûr la tournée mondiale. «Ça demande beaucoup de logistique, pour les réservations d’hôtels, les consultations chez le docteur, le physio, confie Peter Gibbon. C’est beaucoup de travail pour tout le monde. Mais on fonctionne comme une grande famille.»

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