C’est la Suisse qui régale

ExpositionConfooderatio Helvetica a choisi le pouvoir du geste pour se distinguer à l’Expo universelle de Milan.

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Prêt ou pas prêt? La rumeur puis l’évidence du pavillon italien, qui, toujours en travaux, a raté l’ouverture hier matin à 10 heures, ont fini par répondre à la question qui agitait une Italie peu enthousiaste pour son Expo universelle, événement voulu par Berlusconi. Mais si tous les pays ne répondaient pas encore présent, laissant quelques portes closes, si la Belgique s’excusait de ne pas encore être prête à montrer son ingénieux cycle utilisant les excréments de poisson comme engrais, les grues ont quitté le chantier de tous les retards comme les milliers d’ouvriers encore à l’œuvre la veille. Une course contre la montre qui n’a épargné personne. Au pied des quatre tours silos du pavillon suisse, le boss, Nicolas Bideau, ne s’en cache pas: «Les derniers détails se sont réglés cette nuit.»

Mais l’autre question, le vrai enjeu – l’utilité et surtout la portée d’une Exposition universelle –, est-elle réglée? Longtemps faire-valoir des savoirs nationaux et course à l’innovation, ces expos ont depuis passé en mode débat sur l’avenir des populations et de leur environnement. Expo Milano 2015 y ajoute un nouveau chapitre: «Nourrir la planète, énergie pour la vie.» Un chapitre crucial pour lequel l’actualité du Népal, en situation d’urgence alimentaire, a fourni malgré elle un cas d’école. Mais dans l’autoproclamé plus grand restaurant du monde, le Népal semble bien seul avec son appel aux dons au pied de son pavillon qui, inachevé, n’a pas pu ouvrir.

«Créer des émotions»

Dans cette immense caisse de résonance alternant l’offre fast-food, 150 points de restauration et les appels à la consommation responsable, la Suisse a aussi essuyé son lot de critiques, la presse engagée n’oubliant pas de rappeler qu’une partie du financement de Confooderatio Helvetica (ndlr: 9,5 millions de francs) provient de l’économie privée et des multinationales. «C’était un vœu du parlement, qui a signé pour une enveloppe de 23 millions de francs pour la construction et la communication du pavillon», rétorque Nicolas Bideau.

Fier du résultat, l’ambassadeur de Présence Suisse ne se lassait pas hier de faire le tour du propriétaire. «Notre concept jouant sur la gratuité et la responsabilité est sérieux, mais nous ne voulons pas être moralisateurs. On souhaite donner une info, montrer par l’exemple que chacun est responsable de sa consommation et de ce qu’il laisse aux autres, mais on a surtout envie de créer des émotions.»

A l’intérieur des quatre tours gorgées de café en poudre, de sel, de pommes séchées et d’eau qui diminueront au fur et à mesure de la consommation, c’est la Suisse qui régale. Les guides poussent à la consommation: «Allez-y, c’est gratis. Prenez, servez-vous.» Et ça marche! Rares sont les réfractaires. «Si quelqu’un ressort sans s’être servi? Oui, c’est raté pour nous, assure Nicolas Bideau. Nous ne sommes pas là pour punir. La consommation est un plaisir, mais un plaisir qui peut s’assortir d’une dimension durable.» A la sortie de l’une des seules enclaves nationales à miser sur un contenu plus que sur la mise en scène de ses richesses naturelles, les avis sont très tranchés. «Trop austère, trop froid», regrettent deux Italiens. «Vraiment cool, inédit et instructif», lance un jeune couple d’Allemands pendant que des compatriotes butent sur l’architecture «trop simple qui en fait préfigure l’intérieur, trop simple aussi».

Séduire le visiteur

C’est que, le long des 1,6 km du Decumano – avenue qui fait de l’Expo une ville sortie de nulle part –, il faut attirer le visiteur. Un peu en retrait, la Suisse a mis sur le coup quatre mascottes: Sylvie la pomme, Philippe la salière, Christina la goutte d’eau, Daniele le grain de café. D’autres ont choisi l’atout musical. Ainsi, de l’Irlande à Oman, les fantaisies se succèdent au risque de faire basculer l’Expo dans une ambiance parc d’attractions.

A l’intérieur des pavillons, le gaspillage des marchandises – 1,3 milliard de tonnes par année à l’échelle mondiale – ou les 30% de la population qui souffrent de malnutrition passent souvent au second plan. Certains font entrer les visiteurs par leur boutique. D’autres, comme les Etats-Unis, en imposent plus par la surface que par le contenu. D’autres encore, comme la Russie, brossent leur portrait tout en superlatifs. En choisissant le pouvoir du geste, la Suisse a réussi à se singulariser dans cette grand-messe de l’alimentation, comme l’ont fait l’Autriche et sa forêt de senteurs avec le pouvoir de l’odorat ou le Koweït en misant sur la magie de l’image.

Mais la course n’est pas que celle de la séduction. Expo Milano 2015 le rappelle, le monde doit augmenter sa production de 60% s’il veut couvrir les besoins de la population d’ici à 2050. En espérant convaincre 20 millions de visiteurs – 10 millions de billets ont déjà trouvé preneur –, l’Expo va devoir vivre avec ce paradoxe pendant cent huitante-quatre jours .

Créé: 02.05.2015, 09h02

«J’aimerais entendre: on va chez les Suisses, c’est fun!»

La dernière nuit avant l’ouverture a été courte.Ambassadeur de Présence Suisse, Nicolas Bideau ne le cache pas. «J’ai rêvé que plus rien ne fonctionnait.» L’angoisse passée, il se prépare à gérer l’Expo sur la longueur.

- Confooderatio Helvetica s’attend à voir défiler 2 millions de visiteurs. A-t-il été pensé pour séduire ses hôtes étrangers ou pour les Suisses qui viennent voir comment l’image de leur pays est véhiculée à l’étranger?
- Mon job, c’est de vendre la Suisse à l’étranger sous des angles très précis, comme l’économie, la technologie, le savoir-faire. Mais on attend aussi les Suisses qui viennent voir l’idée que le pays donne de lui. Une Expo, c’est un match à l’extérieur avec ce double enjeu. Mais je crois que le ricochet économique sur le marché suisse est plus important encore pour nos partenaires. Pour les paysans et les producteurs, la logique est connue, quand on voit qu’un produit marche à l’extérieur, on adhère plus facilement.

- Une Expo, c’est aussi une compétition entre les pays?
- Il y a une concurrence, c’est sûr. C’est aussi le but des Expos. Nous ne cherchons pas à être le meilleur pavillon, ce n’est pas dans notre mentalité. Mais si nous devions affirmer notre suprématie, c’est dans l’éducation. J’aimerais entendre: on va chez les Suisses parce que c’est le plus fun.

- Une Expo, c’est aussi une grande foire, n’est-ce pas utopique de croire qu’on peut faire passer un message?
- Je ne sais pas si c’est utopique, mais on est déjà 145 pavillons à croire qu’on peut le faire. Alors oui, c’est une question récurrente, mais je crois qu’il y a un retour à la mode des rencontres physiques. On a de nouveau besoin de prendre le temps pour réfléchir aux enjeux fondamentaux comme l’alimentation, c’est une belle thématique.

Pratique

Y aller: Trois trains circulent chaque jour au départ de Lausanne (6 h 17/7 h 18/8 h 18, environ 3 heures de trajet), direction la gare de Rho Fiera, à 200 mètres du parc des expositions. Rho Fiera se trouve à 15 kilomètres du centre historique de Milan, à 47 minutes en transports publics. Plusieurs hôtels sont situés près du site.
Y entrer: L’expo a imaginé plusieurs types de billets à commander en ligne sur son site Internet (1 jour, 2 jours consécutifs, 2 ou 3 jours non consécutifs). Pour 1 jour, un adulte (14-64 ans) paie 27 euros, un senior 20 euros et une famille entre 34,50 et 67 euros suivant le nombre de personnes.

Milan, Rho Fiera
Jusqu’au sa 31 oct,
tlj (10 h-23 h)
www.expo2015.org

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