Passer au contenu principal

MusiqueLe cadeau de la RTS fait un couac

Enregistrer gratuitement dans un beau studio? Des musiciens à bout crient à l’exploitation.

Privés de scène depuis deux mois et pour une durée indéterminée que certains prédisent longue, les musiciens professionnels sont sur les dents.
Privés de scène depuis deux mois et pour une durée indéterminée que certains prédisent longue, les musiciens professionnels sont sur les dents.

Nom de code: Tribune libre pour les musiciens romands. But du jeu: sur la base d’un CV et du descriptif de son projet, postuler auprès de la RTS pour, éventuellement, gagner le droit à un enregistrement audio de qualité, en solo ou en ensemble, dans le cadre élégant de la salle Ansermet, à Genève. Conditions: être professionnel, interpréter en acoustique un programme de son cru en format live (mais sans public, corona oblige), céder les droits de diffusion de l’enregistrement durant une année.

Problème: ce que la RTS voyait comme un beau geste n’a pas du tout reçu sur le Net les vivats escomptés. Dans un secteur en détresse où les musiciens sont interdits de concert, donc de revenus, la proposition de venir jouer contre le seul défraiement de ses frais de transport passe mal. Pire: voilà le service public suspecté d’exploiter le désœuvrement des artistes et de gonfler à bon compte ses catalogues et ses grilles de programme!

Missive partagée sur Facebook

La fronde est partie d’une lettre adressée par Marc Perrenoud à Alexandre Barrelet, chef de l’Unité Culture pour la RTS. Le style est aussi jazzy que les appétences musicales du pianiste genevois. «Devant l’avalanche d’insipides Facebook Live réalisés avec les moyens du bord […], vous vous êtes sans doute senti investi d’une mission, certes louable, qui consiste à proposer un «enregistrement professionnel» à tous ces petits oiseaux déplumés mais créatifs. Seulement voilà, une fois n’est pas coutume, aucune rémunération n’est prévue.»

Publiée sur la page Facebook du musicien, relayée par Sonart, l’Association suisse de musique, la missive a été partagée, applaudie et commentée des centaines de fois. Florilège: «Je n’ai pas besoin de visibilité, j’ai besoin de payer mon loyer!» «Repartir avec un bel enregistrement? Avec une bonne béchamel, ça se bouffe!»…

À la RTS, Alexandre Barrelet admet avoir été surpris par le retour de flamme. «J’ai peut-être péché par excès de naïveté mais en aucun cas par une mauvaise appréciation de la gravité de la situation: je la vis tous les jours dans ma fonction, je sais combien la crise est terrible dans le domaine culturel.» Seulement, et il insiste bien, «en principe la RTS ne rétribue jamais les musiciens, elle verse des droits de micro à l’organisateur du concert, à l’exception notable de la Schubertiade, qui est un événement produit par la radio.» Autre malentendu: la cession des droits d’enregistrement signifie permettre à la RTS de diffuser à son gré l’œuvre durant une année. «Mais en cas de diffusion, bien évidemment, les musiciens touchent leurs droits d’auteur ou d’interprète.»

«J’ai peut-être péché par excès de naïveté mais en aucun cas par une mauvaise appréciation de la gravité de la situation»

Marc Perrenoud «ne pensait pas que ça allait buzzer autant». Il reconnaît avoir pris la RTS comme «bouc émissaire», comme la goutte d’eau dans le vase rempli à ras bord d’une angoisse générale, d’un désarroi en partage. «Au téléphone, j’ai dit à Alexandre Barrelet que la RTS n’était pas là pour se substituer à l’effondrement général mais qu’un peu de solidarité autre que symbolique aurait été appréciée.» Dont acte. À situation exceptionnelle, geste d’exception: la RTS offrira un cachet forfaitaire de 500 francs aux ensembles qui se présenteront à sa Tribune libre.

Beau joueur mais pas dupe, le chef de l’Unité Culture parle de «trois gouttes d’arnica versées dans le lac Léman. On a fait nos fonds de tiroir mais tout notre argent est investi dans la production de nos émissions. Cela dit, j’entends et je comprends à 150% l’angoisse des professionnels de la musique, à l’heure où l’on entend des projections qui parlent de plusieurs mois, voire des années sans concerts.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.