«Camper Bob Dylan ou Hamlet, c’est la même chose»

ThéâtreA Pully vendredi, la troupe de la Comédie-Française recrée l’enregistrement de «Like A Rolling Stone» et interroge les mystères de la création.

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«J ’ai 34 ans, déjà dix de plus que Dylan quand il enregistra Like a Rolling Stone.» Pas de résignation mais une admiration joyeuse dans la voix de Sébastien Pouderoux. Avec sa complice Marie Rémond, le comédien a fait souffler un vent d’insolence sur les murs de la Comédie-Française, où fut créée Comme une pierre qui…, jouée vendredi à Pully. Le pari est audacieux: vivre «de l’intérieur» la séance mythique des 15 et 16 juin 1965 au cours desquelles le chantre du renouveau folk se convertit à l’électricité, atomisant par la même occasion tous les codes de la musique pop avec une chanson de 6 minutes 13 où il est question de «diplomate portant sur ses épaules un chat siamois»!

Lunettes noires, harmonica, guitare (mais le «Zim» a tenu une basse sur cet enregistrement), Sébastien Pouderoux joue un Dylan au sommet de son culte, découvrant presque le groupe réuni ce jour-là. Par ce chaos organisé, débutant sur une valse étrange avant de se fixer dans sa célèbre linéarité entêtante, Like a Rolling Stone est devenu la pierre d’achoppement des exégètes ès Robert Zimmerman, notamment Greil Marcus, universitaire américain dont la somme Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins a inspiré la pièce.

Comment accepte-t-on de jouer Dylan?

Marie a pensé à moi pour la ressemblance et le fait que je sais chanter et jouer de la guitare. Camper Bob Dylan ou Hamlet, c’est pareil, on se définit dans le regard des autres - et j’avais confiance en celui de Marie. Il y a deux ans, je l’avais grimée en Agassi (ndlr: Dans la peau d’André Agassi), elle pouvait bien m’habiller en Dylan!

Etes-vous fan, vous-même?

Oui, surtout de sa période folk, ce qui est paradoxal dans le cadre de la pièce. Mais je suis très loin des «dylanologogues» qui collectionnent tout et n’importe quoi.

Quelle fut leur réaction, justement?

Je reste surpris de ne pas recevoir des pierres! Certains me disent que Dylan n’est pas à son avantage dans cette pièce, j’essaye plutôt de le défendre. Mais c’est vrai qu’il y a toujours cette part de mystère autour de lui, cet aspect mutique qui peut passer pour de l’arrogance. Durant la session, il ne communiquait avec les autres musiciens qu’au travers du guitariste Mike Bloomfield. Ces continuels pas de côté pouvaient mettre mal à l’aise. Quand on l’interrogeait là dessus, Dylan disait un truc très juste, qui vaut pour toute forme d’art: rien ne mérite que l’on soit explicite ou clair.

A cause de ce flou entretenu, comment séparer ce qui fut de la volonté artistique de ce qui releva du hasard et du chaos?

C’est un peu ce que raconte la pièce: qu’est-ce que fabriquer une œuvre? De quelles concessions est-on capable? Quelle est la part d’accident? L’incroyable force de cet enregistrement, c’est que Dylan a renversé la table. Il a alors 24 ans, on le prend plus pour un messie que pour un chanteur, il aurait pu continuer pendant 15 ans à broder de la folk en solo. Mais il décide d’oser le groupe et l’électricité, sans savoir exactement ce qui en sortira. Joan Baez, sa compagne d’alors, disait de lui qu’il était comme une vanne ouverte. Un jour, il s’entendit à la radio sans se reconnaître! Qu’importe son succès, sa vérité d’artiste importait plus. Et il était conscient des risques — on a d’ailleurs vu les foudres que ça a déchaînés.

La pièce recherche-t-elle la vérité historique?

Non, ce n’est pas un biopic. Greil Marcus nous a dit: «vous avez tout inventé mais tout est vrai!» La scène présente les instruments d’époque, les amplis, les cendriers pleins… Les musiciens arrivent les uns après les autres, jouent un peu sans savoir ce que Dylan va leur demander. La pièce déroule toutes les tentatives pour enregistrer la chanson: il y a eu 15 prises en tout, la 9e est celle que nous connaissons. C’est du 50/50 entre musique live et textes, je dirais. L’histoire développe une frustration ludique envers le spectateur, qui suit les essais infructueux jusqu’à la bonne version — on a dû beaucoup s’entraîner à mal jouer!


Pully, Octogone ve 5 mai (20h30) Loc.: 021 721 36 20 www.theatre-octogone.ch (24 heures)

Créé: 04.05.2017, 13h29

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