Campiche se met sur son trente et un

EditionL’éditeur d’Orbe réunit bientôt ses auteurs à Yverdon pour un grand raout à la gloire de ses trente ans d’activité. Entretien.

Bernard Campiche, hier dans l’antre de sa maison d’édition
à Orbe, d’où il tisse la fidélité avec ses auteurs.

Bernard Campiche, hier dans l’antre de sa maison d’édition à Orbe, d’où il tisse la fidélité avec ses auteurs. Image: CHANTAL DERVEY

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Les anniversaires pleuvent sur l’édition romande. L’Age d’Homme prévoit de fêter son demi-siècle en novembre, Zoé triche un peu en prolongeant symboliquement ses 40 ans jusqu’en 2016 (lire ci-contre) et les Editions d’En Bas ont déjà arrêté la date du 1er octobre pour célébrer à Lausanne leurs 40 ans de textes militants. Parmi les maisons historiques, seule L’Aire doit encore patienter jusqu’en 2018 pour atteindre ce même compteur de 40. Mais, dans l’immédiat, c’est au tour de Bernard Campiche de boucler trois décennies au service du livre avec un grand rendez-vous autour de ses auteurs, le samedi 18 juin à Yverdon-les-Bains (lire ci-contre).

«Je suis toujours un jeune éditeur romand. J’ai encore de beaux jours devant moi!»

«Je suis toujours un jeune éditeur romand, lance en préambule le tout frais sexagénaire. J’ai encore de beaux jours devant moi!» Les années n’ont en tout cas pas émoussé l’appétit de livres de l’Urbigène, qui compte bien encore poursuivre dix ans avant de remettre son enseigne. «Au fond de moi, il y a toujours la passion pour ce métier. Mais les choses évoluent aussi et trop souvent dans le mauvais sens…» Et Bernard Campiche de se lancer dans une énumération de soucis dont il a le secret: les subventions qui tardent, Pro Helvetia qui demande de remplir des formulaires en anglais, les aides octroyées sous conditions draconiennes… «On passe presque pour quelqu’un qui voudrait s’enfuir à l’île Maurice pour s’y acheter une maison. Si on parlait de 100'000 francs, je comprendrais, mais quand il s’agit de 2000 francs!»

«Le livre se vend moins»

Cette ère du soupçon peu «sarrautienne» a des répercussions sur les liens que tisse l’éditeur avec ses auteurs. «Avant, je pouvais leur garantir la prochaine rentrée. Maintenant, je ne peux plus.» Cette détérioration de ses conditions de travail – qui n’est pas due aux seules chicaneries des instances subventionnantes, mais aussi, selon lui, au fait que «le livre se vend moins» – le chagrine, car l’ancien bibliothécaire a placé la fidélité au cœur de son dévouement à la chose imprimée – quelque 350 ouvrages à ce jour en comptant les poches.

«Mon option a toujours été la fidélité. Je publie facilement 5, 6, 7, voire même plus de 10 livres d’un auteur.» A son attachement à ses écrivains répond d’ailleurs celui des lecteurs à sa maison d’édition. «C’est net, très net. Ça me tient. Et cela n’a rien à voir avec le niveau d’attention de la presse: je peux avoir zéro articles sur un livre et très bien le vendre – la fidélité de la critique appartient d’ailleurs au passé! Souvent, mes livres qui reçoivent un prix marchent déjà très bien avant de le recevoir. Un lieu sans raison d’Anne-Claire Decorvet, par exemple. Un livre paru il y a plus d’un an et que personne n’a vu venir et qui rafle les prix.»

Les années 1980, moment clé

Devenu éditeur par «hasard pur» après une expérience au service de la revue Ecriture, Bernard Campiche prétend avoir surtout bénéficié d’un manque de l’époque. «Les années 1980 ont été un moment clé. Bertil Galland avait arrêté en 1982 et j’ai commencé en 1986, mais il n’avait pas été remplacé – et il ne l’est toujours pas. Il y avait L’Age d’Homme, L’Aire et Zoé, mais personne ne travaillait comme lui, en association étroite avec les auteurs – et sans faire beaucoup de fautes! Dès 1987, le succès arrive avec La parole volée de Michel Bühler.»

A mesurer le chemin parcouru, celui qui revendique le soin de ses confections éditoriales ne peut s’empêcher de citer l’«incontournable» Anne Cuneo, à qui il doit ses plus fameux best-sellers. «Personne ne voulait l’éditer et nous avons réalisé 30 livres ensemble.» Son compagnonnage avec Jacques-Etienne Bovard l’émeut aussi. «Il a désormais arrêté, mais j’ai presque tout publié dans un rapport de complicité assez rare.» Et il n’a pas raté le commandeur des lettres vaudoises du dernier demi-siècle. «Jacques Chessex fait partie de mon tableau de chasse avec 9 publications dont L’Imparfait, un livre majeur qu’il m’a dédié. Avant que Paris ne lui refuse plus rien, j’étais le plus grand éditeur de la planète. Après, j’étais un régionaliste de Goumoens-le-Jux!»

Au moment d’accueillir ses auteurs à Yverdon – «ils viennent tous», exagère-t-il –, Bernard Campiche confesse la surprise que lui procure cet anniversaire. «Je n’ai jamais pensé que je serais là 30 ans plus tard. C’est peut-être parce que je n’ai jamais fait ce que je n’aimais pas.»

Créé: 06.06.2016, 21h30

L'anniversaire

Yverdon-les-Bains, L’Echandole
Samedi 18 juin (dès 13h)
Entretien: Bernard Campiche discute avec Jean-Dominique Humbert (14h).
Atelier d’écriture: Animé par Sonia Baechler (15h15). Sur inscription.
Lectures d’auteurs: Jacques Probst, Sonia Baechler, Antonin Moeri, Janine Massard, Daniel Abimi, Claire Genoux, Philippe Campiche, Marina Salzmann, Nicolas Verdan, Michel Bühler, Eric Masserey, Stéphane Blok, Julien Burri, Silvia Härri, Anne-Claire Decorvet, Sylviane Roche, Jacques-Etienne Bovard, Nadine Richon.
Concerts: Alain Petitmermet Quartet (15h05), Stéphane Blok et Michel
Bühler (20h30).
A noter: Soirées prévues les ve 16 et sa 17 septembre à Lausanne, au Théâtre 2.21.

Rens.: 024 441 08 18 et info@campiche.ch

www.campiche.ch

40 ans chez Zoé

A la tête de Zoé, Caroline Coutau triche un peu sur l’âge de sa maison d’édition

«Nous entrons dans la quarantaine», assure, sans forfanterie mais plutôt avec humour, Caroline Coutau, directrice des Editions Zoé depuis 2011. La maison fondée en 1975 par Marlyse Pietri ne devrait pourtant pas, en toute précision, fêter ses 40 ans en 2016. «Pourquoi pas? Gallimard a bien fêté ses 100 ans pendant deux années successives. L’an dernier, j’ai surtout cherché à marquer le coup dans les librairies françaises. Aujourd’hui, j’attire l’attention sur l’épaisseur de notre catalogue.»

Estampillée «40 ans», ladite brochure – seule manifestation du jubilé – permet donc de revenir sur les quelque 900 titres de Zoé, source éditoriale la plus fertile de Suisse romande basée à Genève. «Au début, la ligne était moins littéraire. La première publication était d’ailleurs un fascicule anarchiste sur la situation sociale des étudiants. Tout a ensuite démarré avec «Pipes de terre et pipes de porcelaine», récit de vie d’une femme de chambre d’une famille genevoise, qui a été beaucoup lu. Mais Zoé était encore positionnée sur une approche militante, documentaire ou journalistique et publiait par exemple les ouvrages du journaliste suisse allemand Nicolas Meienberg. Il a fallu attendre Jean-Marc Lovay et Catherine Safonoff pour que la ligne devienne à proprement parler littéraire.»

L’offre s’étoffe, depuis les années 1980. «Ma mission est toujours de publier ce qui s’écrit ici, avec, pour défi, de passer la frontière en France, qui demeure une énorme caisse de résonance. Pas seulement des auteurs romands, mais aussi des traductions d’Alémaniques.» Zoé donne aussi un peu d’espoir aux jeunes auteurs. «En deux ans, je pense avoir publié 5-6 premiers romans. Il y a une nouvelle génération, curieuse, bosseuse, qui s’accroche.» Mais la maison d’édition genevoise demeure sensible à l’appel du large de la littérature étrangère. «Avec la collection «Ecrits d’ailleurs», je m’intéresse beaucoup aux auteurs anglophones du Commonwealth – d’Afrique du Sud, du Zimbabwe, du Nigeria. Des écrivains de pays colonisés qui ont la particularité de posséder plusieurs langues, ce qui leur confère une inventivité langagière particulière. La Suisse peut se retrouver dans ces logiques.» Un anniversaire sans bougies donc, mais à la page.

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