«Une chanson, ça se malaxe!»

MusiqueBlues jusqu’à l’os, The Two injecte toute son âme dans un second disque très attendu. Reportage en studio.

Thierry Jaccard et Yannick Nanette, les deux moitiés de The Two, en enregistrement dans les studios de Flon, Lausanne.

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Deux étages sous le sol suffisent à isoler des bruits de la ville le son des guitares, mais ils ne peuvent rien contre un éclat de rire de Yannick Nanette. Un cri joyeux sorti du ventre et de la gorge. Une libération, satisfaction et frustration mêlées, après quelques instants suspendus où seules existaient les notes que lui et son camarade Thierry Jaccard enchâssaient délicatement. Et puis, parce que leur commune respiration s’est essoufflée, ce rire pour revenir sur terre. Ou plutôt sous terre.

Mi-décembre, The Two a installé ses guitares dans les studios du Flon. Le duo lausannois avait à sa disposition une dizaine de jours pour enregistrer autant de chansons qui feront son deuxième album, à paraître début février. A l’heure des disques décomposés en fichiers numériques que les producteurs transforment ensuite façon puzzle, instrument par instrument, octet par octet, le pari technique et artistique «des deux» a de quoi faire plaisir. Assis face à face avec sur leurs genoux leurs guitares argentées en imitation moins onéreuses de la marque National, ils déroulent en prises uniques leurs nouvelles compositions, musique et chant liés. Pas d’ajouts, pas de coupe. Une erreur, une imperfection ou (surtout) l’impression «que c’est pas encore ça», et le duo reprend au début. «Pas par volonté de faire vintage en jouant à tout prix comme dans les années 1940, détaille Thierry Jaccard. C’est juste une évidence par rapport à notre musique: elle se trouve dans notre communion et dans un instant unique où la chanson nous semblera au plus proche de ce que l’on ressent. La prise parfaite n’existe pas.»

En novembre, la paire s’était d’ailleurs essayée à une configuration inédite, en une première session de studio infructueuse qui tentait un relatif empilement de pistes de guitares et de voix, pour un son plus large et clinquant. «Ce n’était pas nous, résume Yannick Nanette. On nous a mis un peu la pression pour essayer de rapprocher notre son des exigences radio. Laisse tomber…» Au-delà de sa vérité artistique, l’aventure révèle les grandes attentes derrière The Two, parmi les très rares groupes romands, voire nationaux, à connaître un succès assez solide pour écumer les scènes européennes, après avoir visité la Suisse en long et en large depuis sa formation en 2013. Mais on ne change pas une recette qui gagne: The Two se cuisine en live et en direct, dans ses blues tonitruants comme dans son groove soupiré et fragile.

Ce vendredi d’avant Noël, la seconde option est en cours. Yannick et Thierry se sont installés dans la pièce d’enregistrement, séparés de la «control room» par une large vitre. À la table de mixage, l’ingénieur du son Greg Dubuis et son assistant Guillaume Spitz laissent tourner l’enregistreur numérique. Ils ont eu plus de boulot en amont, pour sélectionner les bons micros et les meilleurs réglages d’amplis. Là encore, un seul credo: saisir un son brut, ne rien dénaturer. Jambes croisées, Yannick Nanette gratte quelques accords. Puis sa voix remplit la pièce, profonde. «Stone after stone, hill after hill»… le lexique vagabond du blues que le musicien chantait déjà dans son île Maurice natale, avant qu’il ne rejoigne la Suisse pour des études en art visuel. Face à lui, Thierry colorie à la slide ces territoires de spleen magnifique et sombre, parmi la dizaine de nouvelles compositions que la paire porte dans sa besace. La chanson va à son terme mais les deux repartent immédiatement à l’assaut. Une douzaine de prises plus tard, ils s’offrent une pause clope et thé froid, satisfaits mais pas comblés - de fait, «la bonne» sera cueillie quelques jours plus tard. «C’est très relatif, comment Greg Dubuis. Je donne mon avis mais ils se retrouvent en général sur la version qui a fait tilt.» «Une chanson, ça se malaxe, métaphorise Yannick. Encore et encore.»

Cet après-midi-là, la vibration était impérieuse et lente. Bonne. Ce ne sera pas toujours le cas, et chaque session de studio restera subordonnée à l’élan commun, vital, entre les deux amis. «Nous n’avons jamais de grosses prises de tête. Parfois un peu de frustration, car on n’arrive pas à mettre en mots ce que l’on joue, et «expliquer» à l’autre.» Thierry en convient, et illustre la pensée de son compère. «Ce matin, j’étais en mode «up» et toi en mode «down», nos énergies ne se rencontraient pas, on ne respirait pas ensemble.» Ils repartiront sur un swing chaloupé de calypso, marque de fabrique de leur musique métisse qui doit au blues avant tout son authenticité. «Depuis la première partie de Johnny Hallyday à l’Arena, on sait qu’on peut jouer devant 10 000 personnes aussi bien que dans le salon d’un pote.»

Si les énergies de Thierry et Yannick sont restées sur la même vague, leur disque portera haut les espoirs entrevus dans le premier. Il a déjà un titre: CrossedSouls. Âmes croisées.

Vernissage aux Docks, Lausanne
Di 4 février (portes 17 h 30, concert 18 h)
Loc.: Starticket, Fnac, Petzi.ch
www.the-two.ch
(24 heures)

Créé: 03.01.2018, 15h16

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