Charles Aznavour continue de rêver

ChansonA 90 ans, le chanteur reste hyperactif: il sera vendredi à l’Arena, avant la parution d’un nouvel album.

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Un disque de reprises en hommage à sa jeunesse, la réédition intégrale de sa discographie, un nouvel album au mois de novembre, plus l’écriture de ses Mémoires au long cours. Et encore de la scène, dont un concert à l’Arena le 10 octobre… A 90 ans, Charles Aznavour enchaîne les projets «pour ne jamais rester inactif», dit-il. Ecrivain aussi bien que chanteur, il couche chaque jour ses notes et pensées sur l’écran de son ordinateur. Et c’est par le biais de sa boîte mail qu’il répond à nos questions, depuis les Etats-Unis. Rencontre virtuelle, par claviers interposés, avec le dernier géant de la chanson française…

90 ans, ça fait quel âge, mentalement?
Un amalgame entre l’âge des artères et celui du comportement. Je pense qu’il faut toujours garder en soi, et parfaitement vivants, le vocabulaire et le langage de l’enfance.

Vous avez fixé la date de vos adieux à la scène pour le 22 mai 2024, jour de vos 100 ans. L’ironie, est-ce donc cela, la sagesse des «vieux»?
Il faut toujours savoir se servir de ce qui peut encore être: être, c’est continuer à rêver, à refouler la vieillesse, tout en sachant que l’on prend de l’âge.

Vous pétillez de projet: vos journées sont-elles entièrement consacrées au travail?
Mon travail a toujours été ma maîtresse. D’ailleurs, je n’en ai jamais eu d’autres. J’ai connu des mariages et des aventures mais pas de maîtresses attitrées. Et, comme disent mes amis, ça coûte moins cher…

Quel est le premier déclic, l’origine profonde, qui pousse à l’écriture d’une nouvelle chanson?
Le texte vient de la vision des choses, des comportements de mes contemporains, de ce que la presse me fait connaître, de même que la télévision. Ce que d’autres appellent l’imagination est pour moi l’observation des gens, des événements et des choses. Curieux de nature, je suis ouvert sur tout.

On murmure que vous enregistrez des duos, avec Zaz et Stromae: ces deux-là, que représentent-ils à vos yeux, et à vos oreilles?
Ce que l’on murmure est parfaitement exact pour Zaz. Quant à Stromae, que j’apprécie autant sans l’avoir personnellement rencontré, ça n’est encore qu’une rumeur. Si cela devait être le cas, j’avoue, j’ai le sujet. Il serait aussi bon et profond que Je voyage, que je chante avec ma fille, Katia.

Etes-vous amateur de rap? D’electro?
Je suis amateur de toutes bonnes formes de musique. Je dirais encore une fois qu’il n’existe pas trois sortes de musique mais deux seulement, la bonne et la mauvaise.

Vous vous êtes installé à Saint-Sulpice, après Genève. Est-ce une retraite, au sens géographique?
Je ne prends pas de retraite, mais je découvre de plus en plus le bonheur de vivre loin des villes, plus près de la nature et des bonnes gens.

Vous travaillez à la suite de vos Mémoires: est-ce important?
Je ne travaille pas à la suite de mes Mémoires, j’écris ce qui vient sous ma plume. Aussi, je n’appelle pas ça travailler mais aller vers mon bonheur d’écrire, bien ou mal, à garder ou à déchirer, à imprimer ou à oublier, qu’importe. Ce qui compte avant tout, pour moi, c’est de ne pas rester inactif .

La mémoire, justement: on dit souvent des Européens qu’ils jugent une réputation plus sur le passé, la «carrière», que sur le présent. Est-ce bien vrai?
On dit souvent beaucoup de choses et trop souvent trop de choses. Je n’ai pas pour habitude de juger ou imposer des idées qui ne me préoccupent pas. En général, lorsque je lis ce que l’on dit savoir sur moi, je me rends compte que ces beaux parleurs sont souvent à côté de la plaque. Je ne suis ni un intello ni un beau parleur. Je suis plus discret que l’on peut le croire. Ce qui est à l’avant dans mon aventure artistique, c’est mon travail, non pas mes discours ou ma vie privée. Je me méfie de ceux qui savent tout et sur toutes choses.

L’actrice Micheline Dax s’est éteinte ce printemps à 90 ans. Comment cela vous a-t-il touché?
Avec Micheline, nous avons vécu la grande aventure Piaf, ce qui a fait de nous des camarades, et puis la vie et nos carrières ont mis une distance entre elle et moi, mais nous avons gardé l’un et l’autre et l’un pour l’autre beaucoup d’admiration et d’estime. Car la vie sépare ceux qui s’aiment tout doucement, sans faire de bruit. Et l’on perd en cours de route nombre de ces gens que l’on aime, mais que l’on oublie jamais.

Aujourd’hui, que reste-t-il de votre Arménie personnelle, intérieure?
Mon Arménie, c’est un retour à ma famille, à mes parents disparus, à un peuple qui souffre abandonné de tous, à une situation difficile dans un petit pays le plus souvent montré du bout du canon de l’arme. N’avons-nous pas assez connu le malheur? D’un côté comme de l’autre, que l’on apprenne à haïr pour les uns et à mentir pour les autres, quoi qu’il en soit et qu’on le pense de part et d’autre, je suis pour le dialogue, pour la main dans la main, créer un chemin d’entente et d’amitié. Adieu les malins négationnistes qui savent que chez nos voisins il y a de l’argent à prendre!

Enfin, cette chanson sur la Suisse tient-elle toujours?
Ma chanson sur la Suisse n’est pas facile à écrire, je m’applique. Et, après tout, il n’y a pas le feu au lac. J’espère en fin de compte réussir presque aussi bien que mon confrère Pierre Dudan avec son café au lait au lit. Mais pour cela il faut de la patience.

(24 heures)

Créé: 08.10.2014, 10h49

Infos pratiques

Genève, Arena
vendredi 10 octobre (20 h)
Rens.: 022 365 11 60
www.opus-one.ch

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