Avec «Le chemisier», Bastien Vivès séduit sans éblouir

Roman graphiqueL'auteur d'"Une soeur" joue sur ses points forts, les relations hommes-femmes et l’expression du désir.

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Forcément, la barre était placée haut. L’an dernier, Bastien Vivès réussissait l’album parfait avec «Une sœur». L’auteur de «Polina» revient avec un nouveau roman graphique attendu comme l’un des événements de la rentrée. Tout aussi dense, «Le chemisier» séduit sans éblouir.

Pourtant, son héroïne ne manque pas de charme. Étudiante en lettres, Séverine Armand avance dans l’existence sans déranger son monde. Le genre timide et ça se voit. Au début du récit, Vivès fait ressortir subtilement le langage corporel de la demoiselle: bras croisé sur la poitrine, dos légèrement voûté, épaules affaissées. Personne ne prête vraiment attention à cette jolie effacée.

Mais attention, ça ne va pas durer. Car un jour, Séverine passe bien malgré elle du look anonyme T-shirt-jaquette à une allure nettement plus glamour. Un chemisier de soie couleur perle met en valeur sa taille fine et sa poitrine avantageuse. Brusquement, on la remarque, et elle le remarque. Les hommes l’abordent, à commencer par son professeur de fac, qu’elle allume un peu, et qui s’enflamme.

Un simple vêtement peut-il changer quelqu’un en profondeur? Le chemisier qu’elle porte rend Séverine aventureuse. Désormais désinhibée, elle assume sa sensualité, sans trop savoir ce qu’elle est en train de faire. Comme s’il possédait un caractère fantastique, l’habit la révèle, la réveille aussi, dévoilant en elle une personnalité insoupçonnée. «On m’avait parlé il y a longtemps d’un film, un genre de «giallo» italien. Au début, un homme achète un pistolet dans une brocante et décide de le porter sur lui en permanence. Le fait d’avoir cet objet le transforme complètement. Il a plus d’assurance, il se sent mieux dans sa peau, il arrive à affronter les choses de la vie… Je me suis souvenu de cette idée et, avec cette image du chemisier, ça a fait un déclic», explique Vivès dans le dossier de presse qui accompagne l’album.

Avec un trait moins épuré que dans ses précédents livres, mais toujours en nuances de gris, le coauteur de la série «Lastman» joue sur ses points forts, les relations hommes-femmes et l’expression du désir. Lui qui suggérait volontiers se montre ici graphiquement plus explicite. Presque trop. Fallait-il glisser une scène limite porno dans un récit qui aurait pu jouer sur une séduction trouble? Très cinématographique, «Le chemisier» attire mais dégage moins d’émotions qu’«Une sœur». On ne peut pas toujours être en état de grâce.

«Le chemisier», par Bastien Vivès. Ed. Casterman, 208 p. (24 heures)

Créé: 13.09.2018, 10h31

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