Au Club, Christian Scott donne du «lift» à sa trompette de jazzman

Montreux Jazz FestivalLe musicien de La Nouvelle-Orléans joue ce soir au Montreux Jazz Club dans la foulée de son superbe album «Stretch Music». Interview lors d'un précédent passage à Lausanne.

Christian Scott, l’une des trompettes les plus en vue de cette édition anniversaire, joue lundi au Montreux Jazz Club.

Christian Scott, l’une des trompettes les plus en vue de cette édition anniversaire, joue lundi au Montreux Jazz Club.

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La Nouvelle-Orléans produit aujourd’hui des jazzmen capables de rendre le jazz désirable au-delà du cercle des aficionados. C’est le cas de Trombone Shorty, mais aussi de Christian Scott, trompettiste qui vient lundi pour la première fois au Montreux Jazz Festival, après plusieurs visites au Onze+ de Lausanne. Après Christian aTunde Adjuah, double album ambitieux aux textures sonores très rock de 2012, le musicien de 33 ans arrive avec Stretch Music, nouvel enregistrement qui ouvre le spectre stylistique de ses influences, lustrant de son souffle des éclats latinos ou des résonances electro. Fin 2015, nous discutions avec ce souffleur d'exception.

«Mais je ne pense pas en termes de genres, ni même avec l’idée qu’il faudrait les casser pour les connecter: penser ainsi n’avance à rien», assure l’Américain au téléphone juste avant d’embarquer dans son avion pour l’Europe, où l’attend une tournée automnale effrénée. «Au final, tous les styles sont des formes de musique et relèvent du même langage. C’est un peu comme si l’on disait que parce que vous êtes né au Japon ou que vous avez les yeux bleus et les cheveux blonds vous ne pouvez pas jouer du blues. Je ne pense pas de cette façon. Tout est toujours possible.»

Question raciale

De la même façon, Christian Scott a un point de vue intrépide sur la «question raciale», source de maintes polémiques. «La race existe, mais tout au plus en tant que construction sociale. Par exemple, pour parler du rock, c’est en grande partie une extension de ce que l’on appelait la «race music», du rhythm’n’blues, du blues et donc aussi du jazz. Mais je n’aime pas séparer les cultures, je les travaille ensemble et mes influences viennent de tout ce que j’ai pu écouter depuis mon enfance et pas seulement ce qui a attiré mon attention pendant l’année écoulée.»

Cette aisance à se mouvoir dans la grande constellation de la musique donne à ses propres productions des séductions très ouvertes, sans craindre un «lift» pop trop souvent dédaigné par les jazzmen. Avec des clins d’œil en direction d’une plus jeune génération de mélomanes, alors que les concerts de jazz voient plutôt fleurir les chevelures grises ou blanches. «Rajeunir le public n’est pas ma préoccupation, mais, si c’est le cas, c’est une bonne chose. Cela dit, je n’ai pas tellement l’expérience des cheveux gris lors de mes concerts, mais plutôt celle de jeunes femmes – ce qui est en effet l’opposé d’un public normal de jazz!»

On avait oublié de vous dire que Christian Scott renoue aussi avec la prestance des jazzmen historiques qui jouaient leur musique comme si elle était – et elle l’était! – la plus cool du monde. «Merci beaucoup, même si je n’essaie pas particulièrement d’avoir l’air cool, mais je crois que cela tient aussi beaucoup au fait d’exprimer ce que vous êtes. Beaucoup de jeunes musiciens de jazz tentent de faire plaisir en se conformant à une ancienne manière d’être et ne reflètent pas forcément leur vie actuelle. J’exprime ce que je suis et, avec mes plus de 200 concerts par année, je pense que je peux me dire citoyen du monde.»

Auparavant chez Universal, le trompettiste s’est lancé avec un label indépendant pour sa dernière production rutilante, tout en cherchant à se positionner sur le numérique avec une application qui permet, par exemple, de manipuler la musique, en enlevant des pistes instrumentales pour ceux qui voudraient s’entraîner sur Stretch Music. Par contre, l’album physique se fait rare. «Une bonne raison pour venir au concert: j’en apporterai et je vais les signer!» Avis aux jeunes femmes… et aux autres.

Créé: 29.10.2015, 20h25

Un concert et un album

Montreux Jazz Club
Lundi 11 juillet(20h). A suivre: Bill Evans, Darryl Jones, Dennis Chambers & Dean Brown. Concert annoncé conplet.
www.montreuxjazz.com

«Stretch Music»
Christian Scott
Ropeadope

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