Le cinéaste qui venait du froid

CinémaÀ 35 ans, au deuxième film, Hlynur Palmason ne craint pas l’opacité glauque du brouillard, dont le cinéaste islandais drape «Un jour si blanc» («A White, White Day»).

Ingimundur (Ingvar E. Sigurosson) et sa petite-fille (Ida Mekkin Hlynsdóttir) dans «Un jour si blanc».

Ingimundur (Ingvar E. Sigurosson) et sa petite-fille (Ida Mekkin Hlynsdóttir) dans «Un jour si blanc». Image: XENIX

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

À 35 ans, au deuxième film, Hlynur Palmason ne craint pas l’opacité glauque du brouillard, dont le cinéaste islandais drape «Un jour si blanc» («A White, White Day») en couches denses. Ancré dans les fjords de l’Est, là où il a grandi, ce mystérieux film noir aux gris désespoirs hante la mémoire. Ingimundur, le héros, après la mort accidentelle de sa femme, suspecte la défunte d’adultère. Officier de police, veuf éploré, grand-père déstabilisé, l’homme blessé se lance dans une ultime quête de vérité. Seule balise dans sa course sur le basalte humide des routes sinueuses, sa petite-fille blonde qui le dévisage de ses yeux clairs. Joint à Höfn, à quelques encablures de la «scène de crime», le réalisateur donne quelques indices sur son étrange entreprise.

Dans quelle mesure le paysage définit-il vos films?
Pour écrire, je pars toujours d’un lieu spécifique, un fjord, une maison, un ciel. Je dois garder la trace de mes toutes premières lectures, moi qui ai grandi sans musée ni cinéma! Mais la culture nordique est très imprégnée d’immanence. Sans voir des fées ou des fantômes partout, je reste très ouvert à ce pouvoir de l’environnement, au poids du cadre, des relations humaines.

Vos aïeux, dites-vous, inspirent le héros à 95%. Pourquoi cet ADN?
Je vole mes histoires à ma propre vie. Mon grand-père s’appelait d’ailleurs Ingimundur. La petite-fille du film, c’est ma propre fille. Je décante mon vécu, mes émotions familiales.

Le film prolonge une série de photos. D’où en est venue la nécessité?
Je bosse toujours sur plusieurs projets en parallèle, film, photos, installations, etc. Je n’ai pas peur de les voir se développer de manière organique sur d’autres supports. Comme cette série de photos «A White Day», qui soudain a émergé de mon subconscient avec des personnages, dialogues, intrigues, etc. Tout à coup, c’était un film! Ce processus stimule ma routine. Même, et surtout, s’il aboutit à une non-résolution, à du mystère.

Même pour vous?
Oui, c’est même au cœur de ma démarche, ce refus d’idées préconçues. Je veux que la matière puisse trouver sa vie propre.

Et ça grouille d’indices, cet homme par exemple, défini par des rôles stéréotypés.
Encore une fois, c’est une piste, c’est là… même si à la base je n’ai pas voulu glisser des messages quant à ces identités, homme, père, mari, etc. Car à mes yeux, les préjugés induisent toujours une inertie qui finit par être fatale à une histoire.

Néanmoins, vous partez d’un genre, le polar. Est-ce un alibi?
Non car cette structure a vite dérivé vers autre chose. Moi, j’essayais d’exprimer le noyau interne d’un être. Je suis parti de l’examen des écorces qui le recouvrent. En détaillant par la nuance le monde d’Ingimundur, je donne une épaisseur, je sculpte sa sphère intime domestique ou professionnelle. Mais paradoxe qui me rattrape toujours, la structure de film policier s’efface aussi à mesure.

Que vouliez-vous dire avec l’ouverture en plans fixes?
Je voulais vraiment matérialiser le temps qui passe, j’ai donc filmé cette maison vue à différentes saisons et heures du jour. Notez, j’aurais pu mettre un sous-titre, «Deux ans plus tard». J’avoue avoir cédé à une impulsion esthétique, métaphorique aussi: l’herbe repousse, le cycle de la vie reprend, le héros se relève. En plus, durant ce laps de temps filmé, j’écrivais. Donc mon travail s’intégrait dans la fabrication.

Que vous apporte le cinéma, vous qui êtes si polyvalent?
Le médium me semble plus propice à inventer du jamais vu, et innover, c’est toujours le rêve arrogant d’un jeune créateur. À tort ou à raison.

Quitte à désemparer, comme l’épilogue?
Ce défilé mémoriel, voulez-vous dire? Là encore, l’idée m’en est venue par pur réflexe émotionnel. Je ne peux pas en expliquer la raison précise, mais la séquence me semblait indispensable dans ce puzzle. Tout comme le tunnel que traverse Ingimundur. En fait, je suis ouvert à toutes les interprétations, mais par respect pour le spectateur, je n’en choisis pas.

N’importe quel psy se délecterait à analyser vos images. Quel diagnostic établirait-il?
Oh, ça!… Je suis en quête de sens, d’objets qui peuvent, à l’occasion, devenir des abstractions. Par exemple, pour suggérer le deuil, je me suis interdit tout flash-back sur la défunte, je montre sa présence en respirant son odeur. Mais ma démarche ne part pas d’un besoin intellectuel, elle s’inscrit dans un souci sensoriel de me connecter au monde qui m’entoure et me définit.


Drame (Isl., 109’, 16/16). Cote: ***

Créé: 19.02.2020, 09h31

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.