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«A 42 ans, mes choix me donnent raison»

Dans «Otez-moi d'un doute», Cécile de France s'affiche sans fard et n'en fait qu'à sa tête. Comme d'habitude.

A force d’opposer à toute contrariété un sourire immuable, Cécile de France pourrait s’afficher désespérante d’équilibre. Si lisse et transparente que rien dans cette comédienne ne semble artificiel. Dans Ôtez-moi d’un doute, la Belge de Namur sort ses chemises de bûcheron et pantalon treillis, déplaçant des montagnes de secrets en Bretonne baroudeuse et solitaire. Premier film de Carine Tardieu, cette chronique d’âge mûrissant brasse adultère, recherche en paternité, inceste potentiel et autres aléas des clans reconstitués. «C’est ce côté «odyssée des Atrides» qui m’a plu, la tragédie qui ne donne pas de réponses, le grand bazar du complexe d’Œdipe. Cette femme blessée, sur la défensive dans ses histoires d’amour.»

Un pur rôle de composition comme elle les aime. Vamp platinée ou voisine de proximité, Sœur sourire ou groupie de chanteur, coiffeuse de banlieue ouvrière à Liège pour les Dardenne ou superhéroïne en plein tsunami existentiel pour Clint Eastwood, homosexuelle indépendante ou courtisane ambiguë… Depuis le début du siècle, Cécile de France affiche toutes les nationalités du cinéma.

Plus de trente films, peu de déchets. Hasard ou pas?

J’écoute assez bien mon instinct. Je vais vers ce qui est plus harmonieux pour ma famille. Par exemple, d’avoir renoncé parfois, ne peut me donner des regrets face à la joie animale de mettre au monde un enfant. Le cinéma, la carrière, ça s’efface devant la priorité de ne pas se rater parent. C’est vital, comme respirer ou manger.

L’anticonformisme de vos parents a-t-il aidé en la matière?

En tout cas, j’essaie de transmettre à mes enfants ce lien à l’art. La liberté d’expression, les pulsions de l’imaginaire, à la maison, c’était évident. L’art permet tant, et la passion qui fait battre le cœur. De là, ça m’étonnerait que mes enfants finissent banquiers.

Sans déflorer Ôtez-moi d’un doute, la passion pourrait déboucher sur un inceste.

Sans que les intéressés le sachent, c’est vrai. Je trouvais très malin que le scénario envisage ainsi une variété de propositions viables à une question universelle, l’identité d’un père. Avec ce ton ni grave, ni léger qui provoque une empathie avec les personnages. Chacun a ses raisons.

Etes-vous aussi conciliante dans la vie?

J’essaie. Et là, sur la question du père, comment trancher entre filiation engendrée ou adoptée, héritage génétique ou éducationnel? Avec un arrière-plan générationnel, puisque de nos jours, les femmes aspirent à plus d’indépendance, réalisant peut-être plus tard qu’un enfant a besoin d’un père. Avec aussi, de l’autre côté, des papas qui s’accrochent.

D’où vient cette plénitude de vieux sage?

J’ai 42 ans, un état d’esprit que je savoure assez bien. Les périodes de construction professionnelle, intime, sont derrière. J’en récolte déjà les fruits et c’est merveilleux de constater que mes décisions, mes doutes, mes réflexions, aboutissent à une vie qui me plaît. Mes choix me donnent raison. Ça rassure comme une moisson qui porte ce qui a été semé.

La sécurité et la création ne s’opposent-elles pas?

Oh, je ne crois pas à ce fantasme de l’artiste maudit, bourrelé d’angoisses, crevé d’incertitudes. A mon sens, c’est une caricature de la création, avec son jargon, «prise de risque», «se mettre en danger»… Toute une mythologie d’une vie qui serait soi-disant dangereuse. Non, moi, je suis persuadée que tout homme a besoin de se poser.

Vous fondez-vous sur l’instinct ou l’expérience?

Je suis mon instinct quand je tends la main à un réalisateur, je me suis rarement étonnée en allant vers quelqu’un qui me déçoive. Parfois je m’emballe à l’idée de pouvoir bouger les lignes, de résonner dans l’esprit des gens. Mais il n’y a pas eu trop de ratés! A posteriori, en optant pour des projets positifs, j’allais vers ce qui me convenait. Si j’ouvre ma porte à l’aventure, j’assume jusqu’au bout. Je ne m’autorise aucun regret. Ce serait mettre la responsabilité sur les autres. Mes choix définissent ce que je suis, comment je fonctionne.

Comment expliquer tous ces changements de coiffure?

(Rire.) C’est comme si je fabriquais la structure artisanale du personnage. Je me souviens que Cédric (Klapisch) était furieux de voir que je m’étais teinte toute seule pour L’auberge espagnole. J’ose, non, j’adore, couper les cheveux des gens… enfin, de ma famille et des amis, pas plus loin. Ils en redemandent, donc ça doit plaire. Et moi, ça me repose la tête.

Comédie (F., 100’, 14/14) Cote: **

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